portaient toutes des tissus aux couleurs éclatantes se déclinant en une multitude de motifs. Drapéesde leur
melehfa
, voile imitant la soie, elles préparaient le thé, devisaient ou battaient le mil dans desgrands pots de terre cuite. Et de cette rumeur joyeuse, de ce chatoiement, montait comme un mur-mure indicible venant soulager notre fatigue et nos corps endoloris. En Afrique, les enfants ne sont jamais bien loin des femmes. J'en aperçus quelques-uns qui couraient après une vieille jarre qu'ilsfaisaient rouler sur elle-même, tandis que d'autres – plus petits – solidement arrimés dans le dos deleur mère, menaçaient de sombrer dans une somnolence bienfaitrice, bercés par les mouvements in-cessants du pilon venant heurter le mortier à une régularité de métronome. Tous suspendaient leursgestes, leurs occupations, pour nous regarder passer. Je leur adressais un salut amical de la main.À mesure que nous approchions du cœur du campement, surgissait sous nos yeux une imposantetente en forme de pyramide dépassant en taille et en envergure tout ce qui l'entourait. Nous nous ga-râmes à proximité. Lorsque j'ouvris la portière, un air sec et brûlant me prit à la gorge et me lacérala figure. Le souffle de l'
Harmatan
nous rappelait que nous étions encore à la saison la plus chaudede l'année. La tente,
khayma
pour les Maures, était faite en cuir de chameaux et devait bien pos-séder un rayon de 30 mètres. Son volume était un marqueur de la fortune des bédouins.Trois hommes apparurent dans l'ouverture et se dirigèrent vers nous.« Salam aleikoum, dis-je au plus proche lorsqu'il se tint à mes côtés.
–
Aleikoum salam, me répondit-il avec un bref salut de la tête. »Et ils nous invitèrent à les suivre, après s'être déchaussés au préalable.La khayma était compartimentée en de grands espaces par des palissades d'osier. On avait jetésur le sol des tapis orientaux qui étalaient leur vives couleurs avec impudence, et conféraient un air chaleureux à l'ensemble. De cette platitude émergeaient quelques coffres renfermant des effets aisé-ment transportables dont l'incontournable service à thé. Les fines cannelures des mâts supportant latoile ainsi que leur décoration, délicatement ouvragée, parachevaient l'impression de munificence palpable qui se dégageait de cet endroit. Nous pénétrâmes dans la pièce la plus vaste. Une trentaine d'hommes, enveloppés dans leur boubou traditionnel en coton bleu, nous attendait sagement assis à même le sol. Le chef de la tribu,Dade ould Muhammad, déplia son corps et se leva. C'était un homme aux épaules massives, taillédans un tronc de baobab. Son regard était sans détours et se plantait en vous comme deux sagaiesdans le ventre d'une gazelle. Il nous broya la main en guise de bienvenue puis désigna d'un gestel'assemblée, avec satisfaction. Il était fier de nous recevoir en son fief. Bernard et moi nous assîmesde part et d'autre de ce colosse et la conversation s'engagea.C'était maintenant qu'il nous fallait jouer tout en nuances. Les Maures n'apprécient guère qu'onleur pose sans ambages les questions qui nous trottent dans la tête. La tradition d'hospitalité veutque les échanges portent d'abord sur la vie et son cours. Alors nous parlâmes du désert, de la beauté
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