■■■■■
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
■■■■■
N° 79
■■■■■
40
La Rochelle
sent, il nous est loisible de vous observer.» Car cesentiment d’être observé je vais en effet l’éprouvertout au long de ma visite : c’est que cette présenceanimale est puissante. Ces milliers d’animaux rassem-blés et exposés semblent tirer de ce regroupement uneforce quasi surnaturelle. On comprend tout à coup quel’on puisse parler de règne animal. Lorsque vous voyezces centaines de papillons alignés dans leurs boîtes,tous ces reptiles dans leur vitrine, ces variétés innom-brables d’oiseaux ou de coquillages, et ce troupeaude mammifères tous différents qui semblent traverserau pas de charge et en bon ordre la grande salle dezoologie, vous vous demandez qui de Cuvier, deLinné, de Darwin ou de Dieu peut bien posséder «laclef de cette parade sauvage». Le petit indri noir aucul blanc qui tourne sa tête vers vous en plantant dansalors à éprouver un respect infini pour les hommesqui ont su si bien recueillir, observer, rassembler, clas-ser, conserver tous ces animaux et tous ces objets. Onsalue leur mémoire : celle de Clément Lafaille, mem-bre de la Société d’agriculture, qui dès 1762 s’inté-ressa à l’histoire naturelle des pays d’Aunis et légua àla ville son si beau cabinet de curiosités – à présententièrement restauré –, celle de Louis-BenjaminFleuriau de Bellevue qui créa le jardin botanique et laSociété des sciences naturelles de la Charente-Infé-rieure. On pense aussi à Charles-Marie Dessalinesd’Orbigny, à Aimé Bonpland ou Nicolas Baudin, et àbien d’autres encore, tous ces amateurs éclairés ouaventuriers grâce auxquels les collections se sont en-richies jusqu’à s’ouvrir, à partir du
XX
e
siècle, à l’eth-nographie. Et là, il nous faut bien sûr évoquer la fi-les vôtres ses yeux ronds évoque immanquablement,par sa coiffure et son air éberlué, l’acteur Jean-PaulFarré. On a beau les avoir disposés sur des soclesimitant des branchages, tous les toucans, aras, perro-quets et autres perruches aux bleus, rouges, jaunes etverts si intenses semblent être allés prélever leurs plu-mages sur les coiffes de chefs indiens que l’on peutvoir au 2
e
étage. Quelque chose d’humain s’emparede toutes ces bêtes du simple fait qu’elles se trouventainsi regroupées et nommées. Le grand ara hyacinthebleu indigo du Brésil a pris modèle de son maquillageau 3
e
étage, sur la figure bleue d’une «marotte» (têtede marionnette) utilisée par les Kuyus du Congo pourgure du docteur Etienne Loppé qui fut conservateurdu muséum de 1919 à 1954. C’est à ce bon docteurLoppé que fut confié le masque à cornes kwélé quel’on peut voir au 3
e
étage et qui doit sa notoriété aufait d’avoir été choisi pour orner la jaquette du livrede Michel Leiris et Jacqueline Delange
Afrique Noire
.Alexandre Petit-Renaud était vendéen d’origine. Audébut du
XX
e
siècle, il était employé dans la compa-gnie des frères Tréchot (un nom prédestiné à l’Afri-que) qui trafiquaient l’ivoire et le caoutchouc au finfond du Congo. Cet Alexandre Petit-Renaud fut aucours d’une campagne laissé pour mort par ses cama-rades et recueilli par une dame africaine qui le soi-gna, le guérit et le surnomma «l’homme qui ne meurt jamais». C’est lui qui rapporta en France ce magnifi-que masque et le remit au docteur Loppé.Cette histoire, je l’ai recopiée pour vous sur l’un descartels du musée. Car en plus de celle de la girafe deCharles X ou de l’orang-outan de Joséphine de Beau-harnais, il y a plein d’histoires à découvrir au muséumde La Rochelle. Il suffit pour cela de se pencher sur lescartels ou sur les étiquettes. D’ailleurs, on a eu la bonne
Jean-Jacques Salgon enseignela physique à l’IUT de La Rochelle.Il a obtenu le prix du livre en Poitou-Charentes 2005 pour
Les Sources du Nil.Chroniques rochelaises
(éd. L’Escampette).A paraître :
Le Roi des Zoulous
(éd. Verdier, mars 2008) et
Papa fume la pipe
(L’Escampette, mai 2008).
le culte du Djo et la danse du Kébé-Kébé. L’ibis rouge d’Amérique duSud a, quant à lui, copié sa couleursur celle de cette poupée rouge vif de l’ethnie Bembé qui lève le brasvers nous et nous tend sa barbichettefaite de vrais poils humains.Face à cette époustouflante variétéde formes et de couleurs, on se prend
Le jaguar, un desspécimensrencontrés par levoyageur naturalisteAlcide d’Orbigny lorsde son expédition enAmérique du Sudau
XIX
e
siècle.A droite :Cette vitrine illustreune des activitéshumainestraditionnelles desmarais littoraux, lapêche.
Actu79.pmd 11/01/2008, 15:1040