Psychotropes
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Frédérick BOIS-MARIAGE
Localement, cela peut s’illustrer en contrastant les actions concernantl’ayahuasca engagées par différentes institutions ou instances administrativesfrançaises durant la décennie 1990-1999.D’un côté, plusieurs organismes officiels, dont la DGLDT (DélégationGénérale à la Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie)
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, ont, au total, accordéplus de 230000
€
(1508701FF) de subventions pour la création du centre
Takiwasi
par le médecin français Jacques Mabit à Tarapoto au Pérou
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. Or laraison d’être de ce centre est l’utilisation ritualisée de l’ayahuasca
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, à la manièredont les tradipraticiens de cette région de la Haute-Amazonie y sont initiés
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,pour la «réhabilitation» de personnes – principalement venues des environs – dépendantes pour la plupart de l’abondante pâte-base de cocaïne locale
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.De l’autre, la brigade des stupéfiants a procédé à une vague d’arrestations,perquisitions et saisies au mois de novembre 1999 dans les deux branches duculte catholico-syncrétique du Santo Daime présentes en France
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. Or là encore,une pratique codifiée de l’ayahuasca est la raison d’être de ces églises ougroupes cultuels qui s’originent de l’Amazonie brésilienne dans les années
4Devenue MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie;site web:
http ://www.drogues.gouv.fr
) en 1996 (décret n
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96-350 du 24 avril 1996).5M. Mabit (1996).6Saunders & Dashwood (1997).7J. Mabit (1988).8Mabit
et al
. (1995).9Ces arrestations venaient s’ajouter à celles qu’avaient connues quelques semainesauparavant les daimistes allemands et néerlandais, et précédaient l’interpellation dedeux leaders daimistes brésiliens en Espagne au printemps 2000. Malgré les apparen-ces, il n’est pas certain que ces arrestations procèdent d’une action policière concertéeà l’échelle européenne à la suite de pressions états-uniennes comme l’avance AymericLongi (2000). D’après Arno Adelaars (2000, correspondance personnelle) il s’agiraitplutôt d’une coïncidence, les arrestations ayant débuté en Allemagne après qu’uneéglise du Santo Daime locale se soit livrée à un prosélytisme irresponsable et tapageur.D’autre part rien de tel ne s’est produit en Italie, et en France une instruction judiciaireétait – et est toujours – en cours depuis plusieurs années. Quoi qu’il en soit, cesarrestations ont eu comme conséquences somme toute assez prévisibles de 1)resserrer voire créer des liens entre les différents groupes daimistes européens quicoordonnent désormais leur défense à l’échelle européenne, 2) rapprocher fortementces groupes de leurs «maisons-mères» brésiliennes, conférant ainsi à ces dernières unrôle et un pouvoir
politique
grandissant d’organisations internationales. Cerise (amère?)sur le gâteau pour les polices et justices européennes, au Brésil, après enquête sanitaireet sociale, l’usage de l’ayahuasca dans un cadre traditionnel ou religieux (Indiens,nébuleuse du Santo Daime, UDV) a été reconnu et protégé par… la Constitution. En plusdu Brésil, son utilisation est libre dans les pays dont les territoires recouvrent l’Amazonieoccidentale: la Bolivie, la Colombie, l’Équateur, le Pérou et le Vénézuela.
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