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Basarab Nicolescu, René Berger et la joie de la connaissance transdisciplinaire

Basarab Nicolescu, René Berger et la joie de la connaissance transdisciplinaire

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Published by Basarab Nicolescu
Ce qui m'a frappé aussi chez René Berger, ce fut son intérêt authentique pour la science de pointe. Il m'était clair que cet intérêt était motivé non pas par une recherche d'honorabilité mais par l'identification d'un axe solide de réflexion intellectuelle. Dans un entretien qu'il a accordé pendant le colloque à Sven Ortoli et qui fut publié par la suite dans un livre collectif, René Berger disait : « ... cette physique quantique m'émerveille et m'émeut. Tout comme je suis émerveillé devant Carpaccio et sa « Légende de Sainte Ursule »... Je ne distingue pas entre une émotion de type scientifique et une émotion de type esthétique. Elles ont une racine commune, qui est précisément cette dimension esthétique »
Un an plus tard, René se trouvait tout naturellement parmi les cinquante-deux personnalités que j'ai sollicitées comme membres fondateurs du Centre International de Recherches et Etudes Transdisciplinaires (CIRET) , à côté de Peter Brook, Lima de Freitas, Gilbert Durand, Edgar Morin, René Huyghe, Stéphane Lupasco et bien d'autres. Ainsi a commencé une amitié rare, fondée sur une extrême exigence.
Ce qui m'a frappé aussi chez René Berger, ce fut son intérêt authentique pour la science de pointe. Il m'était clair que cet intérêt était motivé non pas par une recherche d'honorabilité mais par l'identification d'un axe solide de réflexion intellectuelle. Dans un entretien qu'il a accordé pendant le colloque à Sven Ortoli et qui fut publié par la suite dans un livre collectif, René Berger disait : « ... cette physique quantique m'émerveille et m'émeut. Tout comme je suis émerveillé devant Carpaccio et sa « Légende de Sainte Ursule »... Je ne distingue pas entre une émotion de type scientifique et une émotion de type esthétique. Elles ont une racine commune, qui est précisément cette dimension esthétique »
Un an plus tard, René se trouvait tout naturellement parmi les cinquante-deux personnalités que j'ai sollicitées comme membres fondateurs du Centre International de Recherches et Etudes Transdisciplinaires (CIRET) , à côté de Peter Brook, Lima de Freitas, Gilbert Durand, Edgar Morin, René Huyghe, Stéphane Lupasco et bien d'autres. Ainsi a commencé une amitié rare, fondée sur une extrême exigence.

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Published by: Basarab Nicolescu on Oct 16, 2010
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René Berger et la joie de la connaissance transdisciplinaire
Tout a commencé entre nous par des coïncidences.En 1986, après la lecture de mon livre
 Nous, la particule et le monde
, un ami physicien,Elliot Leader, professeur à l'Université de Londres, m'a suggéré d'en envoyer un exemplaire àun critique d'art suisse, René Berger. Il l'avait rencontré à une école internationale de physique, à Erice, en Sicile et pressentait qu'un contact fécond pourrait s'établir entre nous.L'enthousiasme sans réserves de mon ami m'a déterminé de suivre aussitôt sa suggestion.Le 8 juillet 1985, je recevais la première lettre de René Berger :
" Cher Monsieur, Illustration métaphorique du principe de non-séparabilité : Elliot Leader vous parle de moicomme d'un "lecteur idéal" ; je parle de votre livre à mon ami Michel Thévoz, conservateur de la collection de l'Art Brut à Lausanne, qui est justement en train de vous lire... Je terminevotre ouvrage en retrouvant, c'est le cas de le dire, Stéphane Lupasco que j'avais rencontréautrefois à plusieurs reprises chez Suzanne de Conninck à la Galerie de Beaune... ".
Ilfinissait sa lettre en écrivant
: " J'aime, moi aussi, rôder dans la Vallée de l'Etonnement, souvent en compagnie de mon cheval, Astronome... ".
 Peu de temps après, en mars 1986, la vie allait nous offrir l'occasion de nous rencontrer dans un lieu magique, à Venise, lors du colloque
 La science face aux confins de laconnaissance - Le prologue de notre passé culturel 
, organisé par l'UNESCO en collaborationavec la Fondation Cini.De la place qui était la mienne - celle de l'animateur du colloque - j'ai observé avecgrand intérêt comment René Berger s'est intégré immédiatement au noyau agissant qui seforme au début de tout colloque relativement restreint. Je fus intrigué par ce que je ressentaisalors comme une violence cachée. Avec un charmant sourire, avec des mots d'esprit quiémaillaient sans cesse ses interventions et comme protégé par ses vénérables cheveux blancs,René Berger énonçait de dures vérités qui normalement auraient dû faire sursauter sesinterlocuteurs. Pourtant ceux-ci l'écoutaient avec ravissement. Je me suis demandé d'où venaitcette violence cachée. Etait-elle la manifestation d'une volonté de domination ou, tout au
 
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contraire, était-elle le signe d'une orientation intérieure inflexible ? Je devais trouver laréponse beaucoup plus tard, en 1991.Ce qui m'a frappé aussi chez René Berger, ce fut son intérêt authentique pour la sciencede pointe. Il m'était clair que cet intérêt était motivé non pas par une recherche d'honorabilitémais par l'identification d'un axe solide de réflexion intellectuelle. Dans un entretien qu'il aaccordé pendant le colloque à Sven Ortoli et qui fut publié par la suite dans un livre collectif,René Berger disait : « ...
cette physique quantique m'émerveille et m'émeut. Tout comme je suis émerveillé devant Carpaccio et sa « Légende de Sainte Ursule »... Je ne distingue pasentre une émotion de type scientifique et une émotion de type esthétique. Elles ont une racinecommune, qui est précisément cette dimension esthétique
»
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 Un an plus tard, René se trouvait tout naturellement parmi les cinquante-deux personnalités que j'ai sollicitées comme membres fondateurs du Centre International deRecherches et Etudes Transdisciplinaires (CIRET)
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, à côté de Peter Brook, Lima de Freitas,Gilbert Durand, Edgar Morin, René Huyghe, Stéphane Lupasco et bien d'autres. Ainsi acommencé une amitié rare, fondée sur une extrême exigence. Il nous est arrivé d'entrer enconflit, à propos de tel point de théorie ou de tel point d'action, mais chaque fois notre amitiésortait renforcée.Ensuite, René m'a introduit dans son temple - le colloque de Locarno, organisé enmarge du Festival de Vidéo-Art de notre ami, le
" magicien " 
Rinaldo Bianda. Au début, jefus dérouté par le discours militant de René Berger sur le rôle des nouvelles technologies dansl'art d'aujourd'hui. Je ne voyais pas la finalité de ce discours et son optimisme débordant mesemblait quelque peu naïf. Mais, en même temps, j'étais attiré par l'atmosphère de ce colloque,engendrée par la
 présence
de René. Je ressentais ce colloque comme une musique de chambredans le concert international de recherche de ce qui est à la fois nouveau et durable à notreépoque. René m'a invité à m'exprimer sur différents sujets - les niveaux de Réalité, lesnouvelles logiques, la création d'une université à caractère transdisciplinaire et bien d¶autresthèmes - et je fus ravi de constater l'approfondissement progressif du caractère
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Sven Ortoli, Entretiens de France-Culture avec la participation de René Berger, Nicolo Dallaporta, JeanDausset, Gilbert Durand et Basarab Nicolescu, in
 La science face aux confins de la connaissance - La Déclaration de Venise
, Editions du Félin, 1987. L¶entretien avec René Berger se trouve p. 135-148.Pour les documents photographiques voir http://basarab.nicolescu.perso.sfr.fr/ciret/GALERIE/Galerie_Venise.html
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http://basarab.nicolescu.perso.sfr.fr/ciret/
 
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transdisciplinaire du colloque de Locarno
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. Au cours des années j'ai découvert enfin ce queRené cherchait : une dimension verticale qui, à la fois, est en accord avec notre temps et quidonne sens à notre temps, dimension verticale qu'on peut dénommer, sans aucune connotationreligieuse,
le sacré.
 L'épreuve que nous avons vécu tous les deux en décembre 1991 nous a rapprochésencore plus. Nous participions au congrès "Science et Tradition: perspectives transdisciplinaires,ouvertures vers le 21
e
siècle", qui à eu lieu au siège central de l'UNESCO, à Paris. Cecongrès, financé en partie par une association d¶ingénieurs, était menacé d'insignifiance par lemélange de niveaux extrêmement différents. J'ai vécu alors une expérience inoubliable. Envéritable
maître de maïeutique
, René m'a donné un conseil concret, précis et très précieux, quim'a aidé à introduire un certain ordre dans ce colloque un peu chaotique. Dans une longuediscussion intime (au cours de laquelle il m¶a avoué aussi ses liens, de par sa mère, avec laRoumanie), René m'a fait comprendre la nature de ce qu'il appelait, de ses propres mots, sa
violence rentrée
, attitude qui m'avait tant frappé en 1986. Un chercheur de vérité est toujoursfragile, car il se remet continuellement en cause, tout en gardant toujours la même orientationintérieure, liée à la dimension verticale du sacré. La violence rentrée m'est apparue alorscomme une manière d'être dans ce monde, qui protège cette orientation, qui la garde vivante.Tout a été sauvé par le Communiqué final de ce congrès. René a fait partie du Comité deRédaction
 ,
à côté de Lima de Freitas, Michel Cazenave, Roberto Juarroz et moi-même. CeCommuniqué sera publié en 1994 dans le livre
 L'homme, la science et la nature - Regardstransdisciplinaires
, aux Editions Le Mail
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. Dans le même livre, René est présent avec le textede sa communication au congrès,
 Du transdisciplinaire à la réalité virtuelle
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.
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Victor Fagone (Ed.),
 L'Art Vidéo 1980-1989 - Vingt ans du VideoArt Festival 
, Locarno (Recherches, théorie perspectives), Edizione Mazzotta, Milano, 1999, préface de Rinaldo et Ines Bianda, photos par Lorenzo Bianda.
4
 
Communique final du congrès "Science et Tradition: perspectives transdisciplinaires, ouvertures vers le 21
e
 siècle" 
, UNESCO, Paris, 2-6 décembre 1991, Comité de rédaction: René Berger, Michel Cazenave, Lima deFreitas, Roberto Juarroz et Basarab Nicolescu, in Basarab Nicolescu et Michel Cazenave (Ed.),
 L'homme, la science et la nature - Regards transdisciplinaires
, Le Mail, Collection Science et conscience, Paris, 1994, p.279-280.
5
René Berger,
 Du transdisciplinaire à la réalité virtuelle
, op. cit., p. 144-167.
 

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