significatif de l'homme dans le concept réducteur
d’homo natura
et il la replace, en mêmetemps, dans le contexte d'une réflexion ontologique qui prend pour thème majeur la présenceà l'être, l'existence, le
Dasein.
Il est entendu qu'une anthropologie de ce style ne peut fairevaloir ses droits qu'en montrant comment peut s'articuler une analyse de l'être-homme sur uneanalytique de l'existence: problème de fondement, qui doit définir, dans la seconde, lesconditions de possibilité de la première; problème de justification qui doit mettre en valeurles dimensions propres et la signification autochtone de l'anthropologie. Disons, de manièreprovisoire, et en réservant toutes les révisions éventuelles, que l'être-homme
(Menschsein)
n'est, après tout, que le contenu effectif et concret de ce que l'ontologie analyse comme lastructure transcendantale du
Dasein,
de la présence au monde. Son opposition originaire àune science des faits humains en style de connaissance positive, d'analyse expérimentale etde réflexion naturaliste ne renvoie donc pas l'anthropologie à une forme
a priori
despéculation philosophique. Le thème de sa recherche est celui du «fait» humain, si on entendpar «fait» non pas tel secteur objectif d'un univers naturel, mais le contenu réel d'uneexistence qui se vit et s'éprouve, se reconnaît ou se perd dans un monde qui est à la fois laplénitude de son projet et l' «élément» de sa situation. L'anthropologie peut donc se désignercomme «science de faits» du moment qu'elle développe de manière rigoureuse le contenuexistentiel de la présence au monde. La récuser de prime abord parce qu'elle n'est niphilosophie ni psychologie, parce qu'on ne peut la définir ni comme science ni commespéculation, qu'elle n'a pas l'allure d'une connaissance positive ni le contenu d'uneconnaissance
a priori,
c'est ignorer le sens originaire1. Haeberlin (P.),
Der Mensch, eine philosophische Anthropologie,
Zurich, SchweizerSpiegel, 1941, préface.
(Anthropologie philosophique,
trad. P. Thévenaz, Paris, P.U.F., coll.«Nouvelle Encyclopédie philosophique», 1943
[N.d.É.].)
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de son projet 1. Il nous a paru qu'il valait la peine de suivre,
un instant,
le cheminement decette réflexion; et de chercher avec elle si la réalité de l'homme n'est pas accessible seulementen dehors d'une distinction entre le psychologique et le philosophique; si l'homme, dans sesformes d'existence, n'était pas le seul moyen de parvenir à l'homme.Dans l'anthropologie contemporaine, la démarche de Binswanger nous a semblé suivre lavoie royale. Il prend de biais le problème de l'ontologie et de l'anthropologie, en allant droit àl'existence concrète, à son développement et à ses contenus historiques. De là, et par uneanalyse des structures de l'existence -de cette existence-ci, qui porte tel nom et qui a traversételle histoire -, il accomplit sans cesse une démarche de va-et-vient, des formesanthropologiques aux conditions ontologiques de l'existence. La ligne de partage qui apparaîtsi difficile à tracer, il ne cesse de la franchir ou plutôt il la voit sans cesse franchie parl'existence concrète en qui se manifeste la limite réelle du
Menschsein
et du
Dasein.
Rien neserait plus faux que de voir dans les analyses de Binswanger une «application» du concept et1