Aussi voyons-nous à la fin de ce siècle beaucoup d’esprits, fatigués du doute oublasés, incapables par eux-mêmes de revenir aux croyances saines et durables,chercher un réveil funeste dans les pratiques de rites abominables ou honteux.Mesmer et Cagliostro exploitent la crédulité d’une époque incrédule. Les unspoursuivent la satisfaction d’une inépuisable curiosité dans la recherche dugrand œuvre ; d’autres se flattent de pénétrer au plus intime de notre naturepour y surprendre le mystère de l’âme et dominer sur la volonté : ils empruntentà un sommeil néfaste des révélations étrangères à la science. D’autres enfin,combinant le néo-platonisme alexandrin avec les spéculations de la kabbale et dela gnose, et accommodant le christianisme à cet informe mélange de doctrines,prétendent s’élever jusqu’à converser avec Dieu, non plus par la foi, mais par laconnaissance ; non plus par l’abaissement volontaire de l’esprit et du cœur, maispar l’intuition particulière ou la notion vive ; non plus par l’humble acceptationdes mystères, mais par le raffinement d
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une science ténébreuse, par les ritesoccultes de la magie et de la théurgie renfermés dans l
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enceinte des logesmaçonniques.[6] Un juif portugais conduit par la kabbale au christianisme
, Martinez dePasqualis, avait fondé un système de théosophie et de magie qui se rattachait,même par une sorte de filiation historique, à la kabbale et au néo-platonisme. Dès1754, il avait introduit un rite kabbalistique d’élus, appelés
COHENS
ou
PRÊTRES
, dansplusieurs loges de France, à Marseille, à Toulouse, à Bordeaux. Il ralliait à sadoctrine ces intelligences égarées, flottantes entre la philosophie d’alors et lareligion, également incapables de douter et de croire : âmes malades que le sourirede Voltaire avait blessées, et à qui le pain des forts, qui est surtout celui deshumbles, ne pouvaient suffire ? Au nombre des disciples de Martinez était un jeuneofficier au régiment de Foix, qui cependant n’accordait à cet enseignement qu’uneadhésion imparfaite. Il avait vingt-trois ans, et toutefois il ne se laissait guèreséduire par ces
voies extérieures
qu’il ne regardait que comme les préludes de notreœuvre. Il préférait déjà la voie intérieure et secrète ; et, comme lui-même le raconte,au milieu de ces choses si attrayantes, au milieu des moyens, des formules et despréparatifs de tous genres auxquels on le livrait, il lui arriva plusieurs fois de direau maître : « Comment, maître, il faut tout cela pour prier le bon Dieu ? » Et lemaître répondait : « Il faut bien se contenter de ce que l’on a. »Le
philosophe inconnu
ne s’est pas assez souvenu de cette question simple etprofonde du jeune officier.Louis-Claude de Saint-Martin (car c’est de lui dont il [7] s’agit) était né d’unefamille noble, le 18 janvier 1743, à Amboise, en Touraine, à quelques lieues de lapatrie de Descartes, qui n’a pas été sans influence sur lui, et non loin du berceau deRabelais, qu’il semble vouloir rappeler dans le poème bizarre du
Crocodile.
Quoiqu’il ait beaucoup parlé de lui ; on n’a presque aucun détail sur sa famille,sur les circonstances privées de son enfance et de sa jeunesse. C’est moins sa viedans le temps et avec les hommes, que sa vie intérieure et avec lui-même, dont ilaime à s’entretenir.Il a écrit ces belles paroles :
« Le respect filial a été, dans mon enfance, un sentiment sacré pour moi. J’aiapprofondi ce sentiment dans mon âge avancé, et il n’a fait que se fortifier par là: Aussi, je le dis hautement, quelque souffrance que nous éprouvions de la part de nos père etmère, songeons que sans eux nous n’aurions pas le pouvoir de les subir et de les souffrir,et alors nous verrons s’anéantir pour nous le droit de nous en plaindre ; songeons enfinque sans eux nous n’aurions pas le bonheur d’être admis à discerner le juste de l’injuste ;
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Je ne sais trop quel christianisme.
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