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 Horizons et débats
 Horizons et débats
Case postale 729, CH-8044 ZurichTél.: +41 44 350 65 50Fax: +41 44 350 65 51E-mail: hd@zeit-fragen.chwww.horizons-et-debats.chCCP 87-748485-6
ISSN 1662 – 4599
Hebdomadaire favorisant la pensée indépendante, l’éthique et la responsabilitépour le respect et la promotion du droit international, du droit humanitaire et des droits humains
Edition française du journal
Zeit-Fragen
AZA8044 Zurich
30 août 201010
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«Une économie sociale raisonnable doit être au service de la vie. Par conséquent les hommes devraient être au centre de lalogique économique.»«De plus en plus de personnes se posent des questions fondamentales sur le sens et la légitimité de la dynamique débridée et de plus en plus «têtue» du système économiqueen voie de globalisation au vu de ses effetssecondaires imprévisibles et discutables sur l’environnement, la société et notre mondeintérieur culturel.»
Peter Ulrich, Integrative Wirtschaftsethik.Grundlagen einer lebensdienlichenÖkonomie, 2008, pp. 11 et 104
Le 8 juillet dernier, la
 Ludwig-Erhard-Stif-tung
allemande a attribué le
 Ludwig-Erhard-Preis für Wirtschaftspublizistik 
à
Karen Horn,
 directrice du bureau berlinois de l’
 Institut der deutschen Wirtschaft 
, proche du mondeouvrier, et à
Peter Köppel,
rédacteur en chef de l’hebdomadaire suisse
 Die Weltwoche
.
Changements dans la pensée économique
A lire le discours de la lauréate Karen Horn(
 Neue Zürcher Zeitung
du 3 août), on estagréablement surpris de voir combien la pen-sée économique évolue. Karen Horn part desréflexions de l’ordo-libéralisme de l’Eco-le de Fribourg de 1936. Sous le titre «Unse-re Aufgabe»,
Franz Böhm, Walter Eucken
et
  Hans Grossmann-Doerth
avaient alors évo-qué la nécessité d’une réglementation de lavie économique qui considère l’économiecomme un élément de la vie sociale et axel’ordre économique sur des valeurs et des ob- jectifs sociaux.
L’hypothèse del’«homo economicus» est loin de la réalité
Selon Karen Horn, les économistes néoclas-siques des dernières décennies ont cessé dese référer à ces fondements et ont «dévelop-pé des modèles qui n’ont pas grand-chose àvoir avec la réalité». Elle cite comme exemplecapital «l’hypothèse de l’
homo economicus
,qui réduit les décisions à des calculs d’utili-té et d’optimisation égoïste». «Dans le cou-rant principal de l’économie», elle reconnaîtce «modèle ahistorique et éloigné de la réali-té» et des approches «trompeuses qui provo-quent des dégâts». Elle en conclut qu’«il s’agitd’appeler, dans le sillage des économistes del’Ecole de Fribourg, à un changement d’atti-tude mentale.»
L’homme est un prochain
Elle s’oppose à l’affirmation selon laquel-le l’économie doit être libérée des jugementsde valeur et demande une réorientationvers les penseurs des Lumières écossais duXVIII
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siècle, avant tout Adam Smith, dontles réflexions éthiques ont été totalement oc-cultées au cours des dernières décennies.Adam Smith n’a absolument pas posé l’hypo-thèse de l’«homo economicus», mais d’indi-vidus qui, grâce à leur empathie à l’égard deleur prochain, peuvent et doivent élaborer desconceptions morales communes. Pour AdamSmith, a déclaré Karen Horn, «la prospéri-té naît du processus d’échanges qui garantitla réciprocité.» Et on ne peut pas la réduireau phénomène de l’offre et de la demande.Il s’agit plutôt d’actions communes reposantsur des valeurs communes et dont la satisfac-tion des besoins matériels n’est qu’un aspect.Suivant Adam Smith, Karen Horn demandede «se préoccuper davantage, à l’avenir, de cequi résulte des actions communes des hom-mes»; elle cite en exemple l’approche d’
Eli-nor Ostrom
(cf.
 Horizons et débats
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11 du22 mars) et donne une nouvelle définition del’économie: c’est «la science de l’homme entant qu’animal social, la science des actionscommunes, du constant rassemblement envue d’un objectif commun».
«Scientifiques gagne-pain»et «têtes philosophiques»
Karen Horn a terminé son discours en disantque l’économiste de l’avenir ne doit plus êtreun «scientifique gagne-pain» incapable de vi-sion d’ensemble mais une «tête philosophi-que»: «La tête philosophique embrasse la to-talité des connaissances, elle cherche à savoirce qui constitue la cohésion du monde».Elle a repris la distinction que faisait
Friedrich Schiller 
dans sa leçon inaugura-le à l’Université d’Iena. Dans une contribu-tion de la revue
Forschung & Lehre (www. forschung-und-lehre.de/archiv/05-02/grigat.html),
elle oppose clairement ces deux no-tions: «Le scientifique gagne-pain s’appliqueà répondre aux exigences de sa profession,sans plus. Il écarte tout ce qui ne sert pas à at-teindre cet objectif. Il est tout de suite inquietlorsqu’une nouveauté se fait jour en sciencesqui remet en cause son savoir et son travailpassé. Toutes les nouveautés l’effraient parcequ’elles détruisent quelque chose d’antérieur.C’est pourquoi il croit, dans sa variante ac-tuelle, à l’efficacité, au contrôle, à l’évalua-tion, à la planification. Il se considère commeun créateur d’innovations, mais d’innovationsqui entrent dans son système. Cependant ilpense avoir recherché la vérité à titre gratuitquand la vérité ne s’est pas transformé pourlui en or, en louanges dans la presse et en fa-veurs du prince. […]En revanche, la ‹tête philosophique› re-cherche autre chose, elle ne veut pas isoler sascience, elle veut étendre son domaine. Là oùle scientifique gagne-pain sépare, elle cher-che à réunir. Tout doit s’imbriquer. Le scienti-fique gagne-pain dresse des barrières entre luiet tous ses voisins. Les nouvelles découvertesn’effraient pas la tête philosophique, elles lastimulent, l’enthousiasment, voire l’enchan-tent. Elle n’a pas peur de remettre en cause,voire de bouleverser son savoir: elle préfèretoujours la vérité à son système. […] ‹Quandaucune attaque extérieure ne vient ébran-ler son système de pensée, c’est elle-mêmequi, insatisfaite, sous la contrainte d’un be-soin toujours actif d’améliorations, est la pre-mière à le démonter afin de le reconstruirepour le rendre plus parfait.› (Schiller) Elleest vigilante et veut s’approprier tout ce quise passe et se pense autour d’elle. Grâce àsa distance critique, elle acquiert une facul-té de jugement, du courage et de l’assurance.La compétition entre têtes philosophiques estce qu’elle préfère mais dans la communionla plus profonde de toutes les ressources del’esprit. Ce qu’une personne ‹acquiert dans lemonde de la vérité, elle l’acquiert pour tous.›(Schiller)»Depuis quelques années, les contributionscomme celle de Karen Horn ne sont plus descas isolés. Mentionnons les ouvrages surl’économie mondiale de
 Joseph Stiglitz
(«Letriomphe de la cupidité», «La grande désil-lusion») ainsi que de
 Nouriel Roubini
et
Ste- phen Mihm
(«Economie de crise – une in-troduction à la finance du futur» [cf. p. 3 decette édition]). Ils ne sont pas le fait de per-sonnes qui ont «toujours» pensé autrementque la majorité, mais qui avaient jusque-làprofessé la pensée dominante.Cela s’explique d’une part par l’échec, de-venu évident, des idéologies économiquesdes décennies passées et par les conséquen-ces dévastatrices de l’application de ces idéo-logies pour la majorité des hommes dans lemonde entier, et d’autre part par l’irrésisti-ble opposition globale à cette économie maisavant tout grâce à des personnalités qui dé-noncent sans relâche, méticuleusement etsans tomber dans de nouvelles idéologies, lesdéfauts de la «doctrine dominante» et propo-sent des solutions.
L’«éthique économique intégrative»de Peter Ulrich
Dans le monde germanique et au niveau laï-que,
1
il convient ici de mentionner avant toutles travaux du Suisse Peter Ulrich qui a été,de 1989 à 2009, directeur de l’
 Institut d’éthi-que économique
de l’Université de Saint-Gallet a montré, avec son «Ethique économiqueintégrative»,
2
pourquoi il faut concevoir l’éco-nomie comme une partie de l’éthique et quela vie économique doit être au service de lavie, ce qui présuppose la reconnaissance et lerespect réciproques de la dignité de
tous
leshommes.Nous n’allons pas reproduire toute l’argu-mentation de
Peter Ulrich
mais nous évoque-rons trois idées fondamentales tout en expo-sant la première plus en détail. En effet, c’estdans celle-ci que l’on voit comment travailleravec une conception personnaliste de l’hom-me également dans la pensée économique.Dans le premier chapitre de son livre «Lephénomène de moralité humaine. La lo-gique normative des relations humaines»,Ulrich montre que la liberté, la moralitéet le sens civique sont liés: «Le fait quel’homme, c’est-à-dire en principe chaqueindividu, soit un être dont le comporte-ment, à la différence de celui des autresêtres vivants, n’est pas déterminé par deslois de la nature et qui peut agir en princi-pe librement fait partie des conditions fon-damentales permettant d’être un homme.L’individu a la liberté de développer unevolonté propre (libre-arbitre) et de prendreposition consciemment à propos du monde,de lui-même et des différentes possibilitésd’action (liberté d’action). Prendre positionsignifie adopter un point de vue permet-tant de juger aussi bien nos actions que cel-les d’autrui. Il s’agit de jugements morauxlorsqu’ils se rapportent aux conditions per-mettant d’être homme, à la liberté inalié-nable de tout individu. […] La moralité estla revendication inéluctable de l’homme entant que sujet qui se considère fondamenta-lement comme un être libre. Nous ne pou-vons pas réfuter cette revendication sansrenoncer totalement à l’idée d’un hommelibre, responsable et capable de prendre po-sition. Les idées de liberté et de moralitésont donc indissociables.»Du fait de son «ouverture au monde»sans égale, poursuit Ulrich, «l’homme dé-pend existentiellement de son aptitude à lamoralité. C’est elle qui lui permet de pren-dre en main culturellement sa vie et de lamener en toute conscience, c’est-à-dire defonder sa pensée et son action sur des idéesprécises concernant la bonne vie et une viesociale juste et solidaire.» A cette connais-sance rationnelle correspond l’empathie:«La moralité est la dimension de la sensibi-lité humaine qui pousse les hommes à vou-loir le bien de leur prochain et à être affecti-vement sur la même longueur d’onde».La moralité, poursuit Ulrich, se déve-loppe déjà chez l’enfant quand se forme saconscience morale et, lorsque son éduca-tion a été plus ou moins «saine», elle de-vient une dimension inaliénable de l’iden-tité de l’homme: Il n’y a pas de bonheursans moralité. «Le sens personnel de la viene va pas sans une certaine dose de sens ci-vique. C’est pourquoi une éthique valabledétermine notre identité personnelle aussibien que notre identité morale.»Ulrich montre que la prétendue logiquecontraignante de l’«économisme», la théo-
Etre un acteur économique, c’est être un citoyen
La politique est en retard sur le débat
 par Karl Müller 
 Le tableau «Deux dimensions fondamentales de l’économie au service de la vie» (Peter Ulrich:«Integrative Wirtschaftsethik», p. 219) montre à quelles questions doivent répondre les citoyensen vue de l’organisation de leur vie économique. Ce sont pour Ulrich des «questions clés contrel’économisme».
Question du sens
Quelles
valeurs faut-il créer?Economie utile à la vie pratiqueComment
voulons-nous
vivreà l’avenir?Raisons culturelles:Forme de vie attractiveNotre économie est-elle
bonne
 pour nous? 
Bonne vie
(qualité de vie individuelle)Primat du monde de viesur le caractère «têtu»du système économique
Question de la légitimité
Pour 
qui faut-il créer des valeurs?Economie légitimée socialement
Comment 
vivre ensemble?Règles sociales:société bien ordonnéeNotre économie est-elle acceptablepar chacun? 
Vie sociale juste
(qualité de vie sociale)Primat de la politiquesur les «contraintes» du marché(conditions normatives)
Suite page 2
Sommaire
Toujours à votre service,Monsieur le Directeur!
 page 7 
 
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 Horizons et débats
rie utilitariste de l’optimisation des profitsest une idéologie historique qui a pour butde détourner l’attention des valeurs et desintérêts bien réels d’une
minorité 
. Il réfu-te totalement l’idée que l’économisme se-rait «affranchi de toute référence à desvaleurs». En effet, même «le fait de consi-dérer une façon d’agir comme rationnellea naturellement une signification normati-ve car la rationalité est une notion directri-ce qui trouve finalement son sens pratiquedans le fait de dire comment nous devonsnous comporter rationnellement.»Mais s’il est faux que l’économisme soitaxiologiquement neutre, il traduit une con-ception de l’homme très limitée. Quand onsonge que selon l’hédonisme éthique, cen’est pas la raison humaine mais simple-ment les besoins de l’homme qu’on élèveau rang d’instance suprême de nos actions justes, on se rend compte combien la no-tion de rationalité «purement» économi-que a peu de choses à voir avec la raisonau sens plein. Les besoins se servent dela raison comme d’un simple moyen. Laperspective d’une maîtrise de la pénurie debiens au moyen d’une culture critique et ra-tionnelle de nos besoins, c’est-à-dire uneaccession critique à l’art de la «bonne vie»,se situe a priori en dehors de la rationalitééconomique. Toute conception de la bonnevie chez l’homo economicus se voit axio-matiquement réduite à l’objectif hédonistede l’optimisation des profits.»Pour finir, Ulrich explique pourquoi l’orga-nisation concrète de la vie économique doitreposer sur une concertation entre toutesles personnes concernées: «Toute action outoute institution que des citoyens libres etresponsables ont décidée à la suite d’uneconcertation rationnelle entre toutes lesparties en tant que forme légitime de créa-tion de valeur peut être considérée commerationnelle au point de vue socio-économi-que.» L’éthique économique n’est donc niun accessoire ornemental ni l’instrumenthypocrite d’une économie encore et tou- jours axée sur l’utilitaire, mais doit êtreconsidérée comme «un élément de l’éthi-que politique à des fins émancipatoires quivise avant tout à garantir ou à rétablir lesconditions d’une libre concertation poli-tico-économique entre citoyens responsa-bles.»
Les hommesdoivent s’entendre sur leur économie
Autrement dit: l’économie est à tous égardsl’affaire du peuple. A ce sujet, il convient deciter ici le constitutionnaliste
Karl Albrecht Schachtschneider:
«L’ordre économique quisatisfait à la nature de l’homme et donc auprincipe de droit universel est un ordre quigarantit l’égalité et la liberté de tous les hom-mes de même que l’indépendance de chaqueindividu. Ainsi, la liberté et la propriété sontles fondements de l’ordre économique, la li-berté étant conçue comme liberté politique etla propriété comme propriété sociale. Cetteconception de l’ordre économique est libéra-le et sociale, et non libéraliste au sens d’uneliberté impliquant le droit à l’arbitraire, liber-té qui n’intégrerait pas autrui, c’est-à-dire lamoralité. C’est l’ordre économique d’une ré-publique dont la loi fondamentale est la loimorale ou le principe d’amour. Seule une tellerépublique réalise le principe du droit et ga-rantit la paix générale grâce à une collabo-ration fondée sur le droit des peuples maiségalement et avant tout en économie, collabo-ration qui permet la réalisation de la liberté,de l’égalité et de la fraternité et ne dégénèrepas en un despotisme, capitaliste ou socialis-te, qui se développe lorsque l’on abandonnela forme politique de la liberté, de l’égalitéet de la fraternité, c’est-à-dire la démocratie,qui n’est réalisable que dans les petites uni-tés.» («Marktliche Sozialwirtschaft»;
www.kaschachtschneider.de/Schriften/Dokumen-te-herunterladen/Sozialwirtschaft.pdf 
).Les acteurs économiques doivent donc seconsidérer avant tout comme des citoyens etagir en conséquence.
S’opposer en tant qu’hommeet citoyen à la déraison politique
Cela est d’autant plus valable que l’action éco-nomique, financière et politique en généraldes responsables politiques est encore très enretard sur l’état du débat scientifique et pu-blic et que la raison politique est encore ab-sente de nombreux projets et décisions. Despays continuent d’être économiquement rui-nés par des directives absurdes de l’UE: lesdernières nouvelles sur le déclin économiquede la Grèce en sont la preuve. Des Etats sou-verains comme la Suisse continuent de subirdes pressions massives exercées par l’UEavec des méthodes perfides. On continue depréparer des guerres: il convient de prendretrès au sérieux les informations sur les pro- jets criminels d’une guerre contre l’Iran. Etil se trame encore beaucoup d’autres chosesinquiétantes.Mais l’individu, dès qu’il commence à êtrecitoyen, trouve sur son chemin beaucoup deprécieux camarades de combat de même quela raison et l’humanité.
1
 
L’approche de Peter Ulrich est certes expressémentlaïque, mais elle correspond à bien des égards à ladoctrine sociale chrétienne moderne.
2
 
Son ouvrage fondamental, dont la 4
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édition a paruen 2008 (ISBN 978-3-258-07261-6) s’intitule «Inte-grative Wirtschaftsethik. Grundlagen einer lebens-dienlichen Ökonomie».
«Etre un acteur économique …»
suite de la page 1
En réponse à l’imposition brutale du Traitéde Lisbonne, une plate-forme de citoyens alancé une initiative nationale pour obtenir leretrait de l’Autriche de l’Union européenne.Il s’agit en premier lieu de garantir la libertépolitique du peuple et le sauvetage des basesexistentielles de l’Autriche: du (re-)dévelop-pement d’un marché intérieur à l’abri descrises et d’un Etat social, ce qui n’est possi-ble qu’à l’intérieur d’Etats indépendants, deremettre la neutralité au centre de la poli-tique extérieure, de la liberté d’accepter ourefuser les OGM, de la réintroduction d’unemonnaie nationale et de l’introduction d’unedémocratie directe selon le modèle helvéti-que.Les droits de souveraineté transférés auxorganes communautaires, comme le prévoitle
Traité de Lisbonne,
ne sont pas limités etsuite à cela, pas assez légitimés démocrati-quement.Puisque plus de 80% des lois sont impo-sées par l’UE à l’aide de prescriptions, di-rectives, décisions et autres consignes, plusaucun politique ne porte de responsabili-té pour ces lois. Ni les députés «représen-tants du peuple», ni la Cour constitutionnel-le autrichienne ne s’opposent à cet politiqueeuropéenne antidémocratique.La majorité du peuple autrichien s’opposeà l’UE. Ainsi en témoigne le sondage effec-tué par le
 Linzer Meinungsforschungsinstitut  Imas,
révélant que 54% de la population es-time que l’UE apporte plus de désavantagesque d’avantages au pays («Wiener Zeitung»du 14/15 août).
Que faire?
Les citoyennes et citoyens sont invités à ré-cupérer leurs droits politiques et cela n’estpossible qu’en quittant l’Union européenne.
Il faut rendre au peuple autrichienses droits politiques
Economie
Les entreprises nationales qui sont en re-lation avec la population, ont de moins enmoins de chances de survie dans un systèmesupranational. L’Autriche ne peut plus con-clure d’accords commerciaux, vitaux pour laprotection de l’économie nationale, du fait deson appartenance à l’UE; le commerce inter-national est entièrement dans les mains desorganes centraux de l’UE. De nombreusespetites et moyennes entreprises ont dû fer-mer leurs portes depuis l’adhésion du pays àl’UE, dont beaucoup d’artisans et d’entrepri-ses de production de biens, offrant à la jeu-nesse des places d’apprentissage et des em-plois et contribuant fortement à l’économienationale. Sans souveraineté économique,un Etat ne peut remplir sa mission de sauve-garde de la stabilité économique; il ne peutni la conserver ni la développer.C’est l’AELE qui se présente comme lavéritable alternative à l’UE.Son avantage principal est que, au con-traire de l’UE, elle ne mène pas de libreéchange illimité. Les accords de l’AELEprévoient notamment une réduction destaxes douanières pour les produits indus-triels, mais chaque pays conserve le droitd’imposer ces dernières aux pays tiers etconserve sa propre politique économique etmonétaire. Et surtout: l’agriculture et le mar-ché du travail sont exclus du libre échange!L’AELE a une grande importance pourun pays comme la Suisse, fortement orientévers les exportations, une voie dans laquelledevrait s’engager (à nouveau) l’Autriche.
Etat social
Le principe suprême de l’UE, soit les «liber-tés du marché», autrement dit la liberté illi-mitée de l’échange de marchandises, d’éta-blissement, des services, la libre circulationdes travailleurs, ainsi que la libre circula-tion des capitaux. Cette dernière est essen-tielle pour les multinationales, puisqu’ellepermet une politique orientée vers le pro-fit maximum, source de difficultés majeu-res pour beaucoup de monde; cette politi-que est soutenue depuis des décennies parla
Cour de justice des Communautés euro- péennes
(CJCE). La politique sociale y esttotalement ignorée. La preuve en est appor-tée par l’augmentation constante du chôma-ge, par la diminution des rentes vieillesse etl’écart s’élargissant entre riches et pauvres.
Neutralité
Est neutre un pays menant sa propre poli-tique étrangère (comme la Suisse), se te-nant strictement à l’écart de tout pacte mi-litaire, et servant ainsi la paix. Du fait deson armée, à laquelle participe l’Autriche,l’UE représente elle-même un pacte militai-re. A quoi il faut ajouter son étroite relationà l’OTAN, dont la majorité des pays de l’UEsont membres. Dans le dernier document surla politique de sécurité du gouvernement fé-déral autrichien, il est question d’inclure da-vantage le pays dans les structures de sé-curité internationales, l’OTAN y gagne enimportance, et le devoir d’assistance et departicipation à des expéditions militaires estrenforcé. Le
Traité de Lisbonne
nous con-traint à améliorer constamment nos capaci-tés militaires (exigence de réarmement) età participer, le cas échéant, à des interven-tions bellicistes, souvent dénommées «mis-sion de combat contre le terrorisme». Cettedernière mission finit parfois dans des guer-res d’agression menées de par le monde.Ce n’est qu’en quittant l’UE qu’il serapossible de retrouver la neutralité en tantque base pour la politique étrangère autri-chienne.
Liberté d’accepterou de refuser les OMG
Du fait des «libertés illimitées du marché»obligatoires, il n’est pas possible pour unEtat membre de l’UE d’empêcher l’impor-tation de fourrage OMG, par exemple lespommes de terre cultivées industriellement(
 Amflora)
ou bien des produits finis conte-nant des ingrédients OMG. Il est absolu-ment nécessaire de respecter la volonté des1,2 million d’Autrichiens qui ne veulent pasde génie génétique ni dans l’agriculture, nidans les produits alimentaires. Les revendi-cations de l’initiative populaire de 1997 à cesujet sont toujours d’actualité:1. pas de nourriture sortant des laboratoiresde génie génétique en Autriche;2. pas d’autorisation pour la mise en liber-té d’êtres vivants génétiquement manipu-lés;3. pas de brevets sur la vie.La politique de l’UE nous interdit cette pro-tection, c’est pourquoi il faut s’en retirer.
Monnaie nationale
La monnaie nationale est une caractéristiqueprimordiale d’un Etat. L’Autriche n’est plusen mesure de diriger son économie par unepolitique monétaire et de crédits; c’est pour-quoi il lui faut retrouver sa propre monnaie(p. ex. le Schilling), afin d’assurer sa stabilitééconomique. Encore récemment, l’Autrichea dû verser 2,3 milliards d’euros pour la pré-tendue «aide à la Grèce» et 12,6 milliardspour le «plan de sauvetage» de l’euro. Cetteprocédure est anticonstitutionnelle et contre-vient aux accords – selon les experts. Le ré-sultat de cette politique erronée est une infla-tion galopante et le risque d’une conversionmonétaire sur le dos des contribuables.L’internationalisation des monnaies natio-nales est une erreur qui a contribué aux diffi-cultés financières et économiques actuelles.La reprise des déficits de pays instables pardes pays stables, ces derniers représentantle socle de l’euro, amplifie encore les diffi-cultés. En sortant de l’UE, l’Autriche pour-rait retrouver sa propre monnaie et mettre unfrein au renchérissement.
Agriculture
L’agriculture doit être protégée par la réin-troduction de taxes douanières et de restric-tions commerciales. Ce qui permettrait d’as-surer l’approvisionnement du pays avec desproduits locaux. Nous avons besoin d’unepolitique agricole qui a pour but le ravitaille-ment de la population par des produits sains,la préservation des surfaces arables ainsi queleur exploitation écologique. Il faut obtenirpour les producteurs des prix conformes àleur travail et dans la mesure du possible fa-voriser la vente directe de produits de pre-mière nécessité, soit par le paysan lui-mêmesoit par des coopératives agricoles. C’estfondamental pour assurer la sécurité ali-mentaire.L’UE nous impose une production indus-trielle des produits alimentaires sur d’im-menses exploitations et détruit ainsi lesstructures familiales réduites qui sont capa-bles de s’adapter aux besoins régionaux dela nature, de l’homme et des animaux. Lesagriculteurs sont tributaires des prix du mar-ché mondialisé et des subventions de l’UE.Uniquement en quittant l’UE l’agriculturepaysanne pourra survivre.La liberté et la démocratie sont le fruitd’une lutte séculaire, les puissants n’ayant jamais lâché volontairement leur pouvoir.
Commentsoutenir cette initiative populaire
Tous les citoyens autrichiens, âgés de 16 ansrévolus, sont habilités à signer les initiativespopulaires. Dès que 8032 citoyens (1 pourmille de la population) auront signé la dé-claration de soutien, le ministère de l’Inté-rieur annoncera publiquement pour tout lepays la semaine au cours de laquelle serontrécoltées les signatures.
Vous trouverez les déclarations de soutien sur Inter-net à l’adresse
www.webinformation.at 
.Vous pouvez aussi vous procurer ce documentpar téléphone: +43 650 736 22 00 ou par courriel:
helmutschramm@gmx.at 
.
 Autriche
Initiative populaire hors-parti pour la sortie de l’UEafin de sauver les bases existentielles de Autriche
von Helmut Schramm, Überparteiliche Plattform für den Austritt aus der EU 
 
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 Horizons et débats
 Nouriel Roubini
n’a pas été le seul à aver-tir. Cependant, il a prévu dès 2006 la crisefinancière avec précision. Dans son dernierouvrage, intitulé «Economie de crise – uneintroduction à la finance du futur», il ana-lyse ce qui s’est passé et indique directementce qu’il faut faire pour préparer un avenirplus stable. Aujourd’hui, Roubini conseilleles hommes politiques et les instituts d’émis-sion.
Importance de l’histoire
Nouriel Roubini est professeur d’économieà l’
Université de New York 
: Il a écrit sondernier livre en collaboration avec
Stephen Mihm,
professeur d’histoire à l’
Université deGéorgie.
Le lecteur le remarque immédiate-ment: les ouvrages consacrés à l’économiepolitique sont souvent pleins de formules ma-thématiques, de courbes et de modèles censésreprésenter l’évolution économique; souvent,ils n’est pas facile de s’y retrouver.
Paul Sa-muelson,
un des économistes les plus connusdu XX
e
siècle, a lancé, il y a 30 ans, la «ma-thématisation» de l’économie politique. Agéaujourd’hui de plus de 90 ans, il s’est vu de-mander par un journaliste:
 
«Que recomman-deriez-vous à une personne qui commenceaujourd’hui à étudier l’économie?» A la sur-prise de son interlocuteur, il répondit: «Il sepeut que je vous réponde autrement que jadis.Aie un sain respect de l’histoire économique,car elle est la matière première dont sont is-sues tes hypothèses et tes preuves.»Nouriel Roubini a pris ce conseil à cœuret travaillé en coopération avec le professeurd’histoire Stephen Mihm. Le résultat est im-pressionnant. Si les détails des crises, pa-niques et faillites différaient, les élémentsessentiels n’ont guère changé durant les dé-cennies et les siècles. Roubini démontre queles événements de 2009 auraient été familiersà l’observateur d’il y a un ou deux siècles.Les comparaisons historiques aiguisentle regard posé sur les événements actuels etaident à répondre aux questions que suscite lefutur. Roubini et Mihm montrent la voie.
Influence doctrinale
Non seulement les deux chercheurs se ré-fèrent à l’histoire, mais ils recourent, dansleur analyse, aux diverses doctrines écono-miques. Nous connaissons la plupart par leursnoms, tels les «keynésiens», les «marxistes»,les «néo-libéraux», les «monétaristes», les«Autrichiens». Tous interprètent les événe-ments économiques d’après leur conceptionde l’homme et du monde.Les doctrines ont une grande influence surla politique. Ainsi,
 John Maynard Keynes
était proche de
Franklin D. Roosevelt 
dansles années trente.
 Milton Friedman
est asso-cié à
 Margret Thatcher 
et
 Ronald Reagan
.Aujourd’hui, l’économiste et prix Nobel
PaulKrugman
se targue publiquement d’avoir detemps à autre un entretien téléphonique avec
Obama
.
Contrairement à d’autres économistes,Roubini et Mihm proclament: «Nous n’ad-hérons pas à une doctrine particulière. Pres-que chaque courant économique peut con-tribuer à expliquer la récente crise, c’estpourquoi nous appuyons notre analyse surun large éventail d’auteurs.» Seule une mé-thode globale permet de comprendre la crise.«Il nous faut déposer notre idéologie au ves-tiaire et considérer le problème calmement.Les crises peuvent prendre des formes trèsdiverses et ce qui est adéquat dans une si-tuation déterminée peut ne pas fonctionnerdans une autre.»Nous allons montrer les effets de deuxdoctrines économiques sur la politique,dans leur contexte historique, en tirant desexemples du livre de Roubini et Mihm, et lescomparer à la situation actuelle. Ce sont les«keynésiens» et les «monétaristes». Dans unarticle ultérieur, je montrerai les effets de ladoctrine «autrichienne», que Roubini décritaussi exhaustivement. Ce courant de penséeest surtout celui du «Liberales Institut» deZurich, qui publie les
Schweizer Monatshef-te
[Cahiers mensuels suisses].
John Maynard Keyneset les années trente
Hormis
Karl Marx
, l’Anglais Keynes (1883–1946) est bien l’économiste le plus connu.Il a enseigné durant la première moitié duXX
e
siècle et s’est exprimé aussi à propos desproblèmes politiques. Au milieu de la criseéconomique des années trente, il a déclarélors d’une interview:«Le capitalisme international et individua-liste décadent, dans les mains duquel nousnous trouvions après la Première Guerremondiale, est un échec. Il n’est ni intelligent,ni beau, ni juste, ni vertueux et, surtout, il netient pas ce qu’il promet. Il ne nous plaît paset nous commençons à le haïr.»La situation est évidente aux yeux desmarxistes. Le capitalisme est un régime éco-nomique fondamentalement injuste et quidoit être aboli. Les moyens de productiondoivent être étatisés, ce qui s’est passé aprèsla Seconde Guerre mondiale dans de nom-breux pays, notamment dans la sphère d’in-fluence de l’Union soviétique. En revanche,Keynes, qui respectait le droit de propriété,a proposé ce qui suit: L’Etat doit interveniret modifier le capitalisme. En cas de crise, ildoit accroître sensiblement ses dépenses con-sacrées au bien commun et – si nécessaire –les financer en s’endettant. Ainsi, la demandeglobale augmenterait et l’économie serait sti-mulée. De nouveaux investissements seraienteffectués et de nouveaux emplois créés.Comment la crise a-t-elle commencé àl’époque? En 1929, le «vendredi noir», laBourse de New York avait enregistré un reculmassif. De nombreux Américains avaientspéculé à crédit et ne pouvaient plus rem-bourser leurs dettes. Les banques elles-mêmes comptaient parmi les gros spécu-lateurs et étaient en difficultés – commeaujourd’hui. La crise boursière s’est réper-cutée rapidement sur l’ensemble de l’écono-mie et a abouti à un plongeon conjoncturel.Tout comme Keynes le proposait, le présidentdes Etats-Unis,
Edgar Hoover 
, a lancé le plusgrand programme établi jusqu’alors, qui vi-sait à soutenir les banques et la conjonctu-re. Les banques devaient recevoir des crédits,les voies fluviales et la protection contre lesinondations devaient être améliorées, les bâti-ments publics, les routes, les autoroutes et lesaérodromes bâtis. Son successeur, FranklinD. Roosevelt, a intensifié ces efforts en con-tractant – contrairement à Hoover – des dettesélevées.Le résultat est impressionnant. 380 000 ki-lomètres d’égouts ont été formés ou assainis.480 aérodromes, 78 000 ponts, 780 hôpitaux,915 000 routes et plus de 15 000 écoles, hô-tels judiciaires et autres constructions pu-bliques ont été érigés. Le taux de chômage,qui atteignait encore 25% en 1932, est tombéà 15%. (A titre de comparaison: calculécomme à cette époque, le taux du chômageaux Etats-Unis se monterait actuellement àquelque 17%.)En 1937, Roosevelt s’est efforcé d’épar-gner et de contracter moins de dettes. Lacrise économique a repris alors rapidement.Le taux de chômage est remonté à 20%. En1938, les préparatifs de guerre se sont accé-lérés. La dépression économique n’a cessévraiment que pendant la Seconde Guerremondiale.
Keynes dans l’après-guerre
En 1936, John Maynard Keynes avait publiéson livre principal sous le titre de «Théo-rie générale de l’emploi, de l’intérêt et de lamonnaie.» Ce livre a marqué les scienceséconomiques et la politique jusque dansles décennies de l’après-guerre. Cependant,Keynes a été parfois mal compris. En effet,il n’a pas recommandé simplement aux poli-ticiens de dépenser davantage pour stimulerl’économie. Ses conseils étaient les suivants:La politique devrait agir de manière anticy-clique pendant une longue période. Durantles années grasses, les gouvernements de-vraient donc exercer une certaine retenue etformer des réserves dont ils disposeraient entemps de crise pour des dépenses supplémen-taires. De cette façon, l’Etat peut neutrali-ser l’évolution économique sans contracterdes dettes excessives. De nombreux politi-ciens pensent à Keynes surtout en temps decrise, alors qu’ils trouvent de bonnes raisonsde faire également des dettes pendant les an-nées grasses.
La «contre-révolution»de Milton Friedman
Dans les années septante, après la fin de lahaute conjoncture, la réputation du «keyné-sianisme» s’est ternie. La bureaucratie auraitgonflé toujours davantage, pourrait à peineêtre encore financée et remplacerait les acti-vités de l’économie privée.Milton Friedman, professeur d’économiepolitique à Chicago, a mené alors une sortede contre-révolution. Ses disciples, dénom-més «Chicago Boys», ont diffusé ses idéesdans le monde entier. Ils passent pour les pro-moteurs du néo-libéralisme et de la mondia-lisation. Dans quelle mesure le sont-ils vrai-ment?Friedman affirme que les Etats nations de-vraient procéder à une sorte de sevrage enlimitant leurs activités et en laissant plusde latitude à l’économie privée. Il faut queles gouvernements renversent la tendance àconfier toujours plus de tâches à l’Etat et re-mettent une partie de leurs activités à l’éco-nomie privée. Si l’Etat doit continuer à in-fluer sur l’économie, il doit le faire non plus– comme chez Keynes – par l’intermédiairedu gouvernement, mais par celui de l’insti-tut d’émission.Le message tendant à l’«autolimitation»des Etats nations s’est répandu rapidement,car les dettes de nombreux Etats avaient aug-menté alors rapidement. Milton Friedmanavait encore d’autres objectifs. Il voulait re-pousser l’Etat nation pour faire place au mar-ché supranational, mondial, de l’OMC. Ils’agissait d’un nouveau cadre, qui correspon-dait davantage aux intérêts des grands grou-pes économiques. Milton Friedman était aussil’un des partisans des efforts tendant à rédui-re la souveraineté et la responsabilité des Etatnations en faveur des institutions supranatio-nales, telle l’UE.
Comparaison de Keynes et de Friedman
Le profil d’un économiste se reflète par-ticulièrement dans sa manière d’interpré-ter la crise économique des années trente.Comme nous l’avons vu, Keynes a émis lathèse que la crise économique mondiale étaitdue au fait que la demande mondiale s’étaiteffondrée après le krach de 1929. Selon lui,la consommation était beaucoup trop faible,les entreprises n’avaient plus pu écouler leursproduits et avaient dû congédier des collabo-rateurs. Des investissements en de nouvel-les fabriques n’ont pratiquement plus été ef-fectués. Si l’institut d’émission américain,la
Fed 
, a doublé la masse monétaire après1933, ces mesures n’ont guère exercé d’ef-fets. L’atmosphère était si mauvaise et lacrainte de l’avenir si forte que les citoyensen détresse consommaient beaucoup troppeu et épargnaient beaucoup trop malgréles taux d’intérêt bas et l’argent bon marché.En dépit du recours à la planche à billets,les prix ont baissé, un excédent de marchan-dises ne trouvant pas acheteur. Seuls les pro-grammes conjoncturels massifs, que Keynesavait préconisés, ont permis une améliora-tion. L’Etat aurait ainsi agi pour le bien com-mun et les Américains auraient eu du travail,disait-on.L’argumentation de Milton Friedman estdifférente: Le «deficit spending» de l’Etat re-commandé par Keynes n’aurait pas fait sespreuves. Lorsque Roosevelt, en 1937, a ré-duit les programmes conjoncturels volumi-neux et tenté ainsi de faire moins de dettes, laBourse et la conjoncture se sont effondrées.Le taux de chômage a grimpé de nouveau de15 à 20%. – La toute grande faute aurait étécommise ailleurs. Après le «vendredi noir»de 1929, la
Fed 
et les instituts d’émission dumonde entier se seraient comporté de maniè-re complètement fausse. D’après Friedman,ils auraient dû procéder à des injections mas-
Nouriel Roubini et Stephen Mihm:Economie de crise – une introduction à la finance du futur
 par W. Wüthrich, Zurich
Suite page 4
«Lors du dernier demi-siècle, tout lemonde – des économistes universi-taires aux traders de Wall Street – aété induit en erreur par les comptes defées que l’on racontait à propos des mi-racles des marchés libres et des avan-tages illimités liés à l’innovation finan-cière. La crise a porté un rude coup àce système de valeurs.» (p. 372)
Toutes les citations sont tirées del’ouvrage de Nouriel Roubini et Stephen Mihm intitulé «Economiede crise – une introduction à lafinance du futur», Lattès 2010
 Il y a environ 100 ans, le pasteur Traber de Bichelsee, dans le canton de Thurgovie, fonda la premièrebanque Raiffeisen de Suisse. Aujourd’hui encore, cette banque jouit de la confiance des citoyens parcequ’étant une coopérative, elle mène une politique différente des autres établissements. (photo thk)
«
Comme nous l’avons clairement mon-tré dans ce livre, la crise ne fut pastant le produit de prêts hypothécairesà risque que d’un système financierà risque. En raison d’un ensemble defacteurs allant de la déformation desstructures de rémunération à la cor-ruption des agences de notation, le sys-tème financier mondial était complè-tement pourri. La crise financière n’afait que retirer la peau lisse et brillantede ce qui était devenu, au fil des ans,un corps gangrené.» (p. 373)
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