254
Pour mener à bien cet objectif, il fallait voir tout d’abord comment se fait latraduction au sein des langues de fonctions différentes dans les sociétés diglossiqueset ensuite analyser de manière générale les choix linguistiques opérés lors desinteractions bilingues ou multilingues qui ont lieu surtout à l’oral. Le cadre spécifiquede cette analyse, était le discours religieux chrétien et plus précisément le
Layidukura,
qui est la version du Nouveau Testament en dioula, ainsi que les prêchesbilingues (français dioula) oraux enregistrés à l’église catholique et à l’église del’Alliance Chrétienne de Bobo.Les hypothèses de départ avancées pour l’analyse au niveau global étaient lessuivantes :1.
La traduction contribue au développement du lexique et d’une culture de l’écritdans les langues nationales dans les anciennes colonies africaines et plusprécisément au Burkina Faso.2.
La pratique de la traduction du français vers les langues nationales dans lesanciennes colonies francophones et notamment au Burkina Faso, comme toutepratique sociale, a une portée idéologique. La traduction peut être le lieu oùapparaît l’enjeu idéologique de l’emploi des différentes langues : elle peutconfirmer le prestige du français, mais aussi servir à émanciper les languesvernaculaires (le dioula dans ce cas), si on se réfère par exemple à l’essorqu’ont connu les langues vernaculaires par rapport au latin en Europe.Pour vérifier ces hypothèses sur le plan pratique, nous avons analysé les stratégies detraduction à travers une analyse traductologique détaillée, complétée par unediscussion sur l’emploi de différentes langues en général, nourrie par certainesapproches de l’alternance codique.Le présent chapitre comportera deux parties : une première partie présentera le bilande la procédure d’ensemble suivie pour faire l’analyse, de même que l’analyse elle-même, et l’autre fournira des éléments d’interprétation dans un cadre plus large. Ils’agira de voir à la lumière des résultats obtenus, si les hypothèses de départ seconfirment ou pas, et de répondre aux questions de départ.
1
RAPPELS SUR LA METHODOLOGIE
Notre choix de la version des textes bibliques a porté sur le Nouveau Testamentdioula dénommé
Layidukura
publié en 1996 et re-édité en 1999. Nous avons tentéd’identifier les versions source ayant été utilisées pour produire ladite version. Nousdisons bien «tenté», parce que l’exégète Elie Sanon, l’un des responsables de latraduction de cette version, nous a indiqué comme versions source des traducteurs,des textes français et anglais, mais aussi la Bible en grec (entretien du 12 juillet 2001).Il a en outre reconnu que la plupart des traducteurs locaux n’ont accès qu’au français.Les autres versions mentionnées auraient pourtant été prises en compte à différents