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Buried

Buried

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12/20/2010

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BuriedDieux qu'il est difficile de causer d'un film quand c'est une pure tuerie qui se suffit à elle-même, surtout à notre époque internetienne où une logique locutive de commando/troll/j'te-mord-l'oeil constitue le réjouissant ordinaire. Problème du rhéteur perché sur ce petit bout descript php d'où il vous fait signe à l'instant même :
Buried
c'est bien mortel nom d'un chibreen tek.
Buried
jouit d'un buzz énorme et une fois n'est pas coutume pleinement justifié.
Buried
 retourne tous les festoches où il va et s'est taillé la part du lion à l'étrange festival (prixNouveau Genre et contrat de dif' avec Canal Plus). Et paradoxalement il n'y a pas grand-choseà dire sur ce
Buried
, à part une poignée de généralités et des constats qui serontnécessairement un peu plats par rapport à un film étonnamment sensitif pour un truc filmédans le noir et une boite d'un mètre cube .En général, les films-concepts c'est très bien une demi-heure et après ça se délite et ça devienttout pourri. Pourquoi? Non pas parce que leur concept ne tient pas plus de quatre rounds, maisparce que le conteur (réa, scénariste, souvent les deux) jette l'éponge à quatre rounds.Lapalissade numéro 127 : une idée bien troussée ne suffit pas ; il faut surtout des responsablesqui savent ce qu'ils font et dotés d'une bonne livre de gonades pour tenir leurs promesses jusqu'au carton de fin. Film-concept par excellence, et même presque jusqu'à la caricature (untype dans un cerceuil, avec la caméra, un téléphone, et presque rien d'autre),
Buried
est niplus ni moins que miraculeux. Grâce à son script bien entendu, malin comme un corbeau deSt Eustache, mais aussi par une mise en scène diablement virtuose, mais virtuose sans recoursau moindre ralenti ou à des mouvements de caméra de ouf. La virtuosité de mise en scènequ'on connaissait par exemple chez le Carpenter de la grande époque (à tout péter, on citeraen exemple
The Thing
et son découpage incroyablement classieux sans jamais êtreostentatoire). Vraiment un raisonnement d'un autre temps tant des flopées de clippeurs fontdésormais des carrières sur trois effets d'appareils, quatre de lentilles, et douze jumpscares parbobine.Le concept de
Buried
, ou plutôt sa réussite, ne tient pas tant dans son pitch übertendu quedans sa pleine acceptation des implications de son traitement, à savoir une inversion dudérisoire et de l'hyperbolique. Le moins que rien est gigantesque, le grandiose n'éxiste pourainsi dire pas si l'on n'en sent pas les effets les plus locaux. Etant donné l'espace et le tempsconfinés dans lequel se situe le personnage principal, deux F14 balançant un tapis de bombessur une ville irakienne (Michael Bay devient tout rouge, s'étrangle un peu et doit aller changerde pantalon) sont plus anodins que le fait de trouver la sélection des langues sur un téléphonepour pouvoir en comprendre les menus (votre petite soeur de treize ans hausse les épaules dedédain). Il faut dire que dans ce monde totalement confiné que constitue la boîte, le moindregeste (se retourner, attraper un objet, voir ce qu'on fait, respirer) devient un exploit, lemoindre trou dans une paroi est une bouche biblique qui vomit des horreurs apocalyptiques, lamoindre phrase entendue dans un téléphone à 20 dollars devient la plus importante que vous
 
entendrez jamais. On oubliera d'ailleurs à cette occasion et avec joie les poignées deséquences émaillant le cinoche et la télé récents, qui capitalisaient sur l'inhumation depersonnes vivantes, en particulier celle de
Kill Bill
- pillée de
Frayeurs
- qui annihilait toutetension dans un long flashback (difficile donc d'étouffer plus de 35 secondes d'affilée) et unerésolution je-m'en-foutiste de sa situation initiale (bah tu vois tu pètes le bois tu vois, et aprèstu nages dans la terre et tu sors tu vois, c'est cool, c'est facile tu vois).Rien de tout ça dans
Buried.
On nous montre un type qui lutte contre une mort certaine là, t'espas dans ta banquette de MK2 avec ta réduc "cinéphile bon teint Libé a dit que c'était un bonfilm citoyen et y'avait plus de places pour le Maïwen" (oui bah ils en feront bien une un de cesquatre). On est dans le noir. On a peur. Un téléphone sonne et une voix agressive nous ditqu'on va crever si, avec le tout petit matos qu'on nous a laissé, on n'arrive pas à décider desgens à cracher des thunes.Ce qui est très fort dans ce film, c'est d'abord la manière dont les péripéties successivessubvertissent le simple suspense d'exploitation du postulat de base, pour en faire d'abord uneexpérience de transitivisme (j'ai l'impression d'être enfermé aussi, j'ai peur), ensuite uncommentaire socioculturel (putain c'est trop abusé ce que le gars du consulat lui dit, j'ai peur),et enfin un drame universel (merde je vais mourir aussi un jour et ça a aussi des chances d'êtredans la solitude et la misère, j'ai peur). Beaucoup de récits de tous métaux se contententactuellement d'une de ces occurrences au choix, d'un seul niveau de lecture si on veutrésumer. Certains auteurs se vexent d'ailleurs très fort quand on leur fait remarquer que c'estinsuffisant :que le premier nazi qui n'a pas pleuré devant
La Rafle
nous jette la premièrepierre.Le commentaire socioculturel de
Buried
est intéressant tout de même dans son ambition etson économie de moyens rhétoriques. Parce qu'il va plus loin que la simple saillie dechansonnier voulant que la guerre en Irak c'est pas bien et que tout ça c'est la faute à Enron,même si cet aspect est brièvement traité dans la raison même de la présence de Paul sur leterritoire, et surtout via un bout de dialogue merveilleux de simplicité : Lors d'un desbouffages de nez entre Paul et son ravisseur, le premier répète au second ce qu'un col-blancquelconque vient de lui dire, que "nous ne négocions pas avec des terroristes". Rire amusé dutortionnaire putatif, "alors puisque tu es terrorisé, je suis un terroriste?". Et c'est tout. Et çasuffit. Depuis une poignée d'années, bien d'autres films se sont déjà chargés de pointer undoigt accusateur vers qui de droit, en long, en large, plus ou moins bien selon les cas, etdiscourir sur le sujet n'est juste plus l'irrémissible priorité. Le contexte est là, mais peu malincelui qui croit que ce contexte est réductible à la seule politique étrangère américaine.A ce titre le film de Rodrigo Cortès est construit plutôt comme une caricature microcosmiquede la société dans laquelle nous vivons, et le conflit Irakien n'en est qu'un lointain élémentconstitutif ; le simple fait que la vie du protagoniste tienne à un téléphone portable en attesteassez. L'essentiel des rebondissements téléphoniques du film est ainsi d'ordre socio-
 
économique, que ce soit dans l'absurdité ubuesque des politiques corporate (la surréalisanteconversation avec le représentant de la CRT, complètement disproportionnée vis-à-vis de sesenjeux) ou l'horreur ordinaire des musiques d'attente et des téléopérateurs (qu'on connait tous,quoiqu'à un degré d'urgence moindre). Le point de bascule (théoriquement, il est atteint avantmême le générique de début, mais bon) du récit, où l'on commence à prendre Paul au sérieuxmais qui lui attire le plus d'ennuis au sein de son petit enfer personnalisé, est le moment oùune vidéo prise par lui avec le téléphone se retrouve diffusée sur Youtube, ce qui amènedirectement à la notion d'image et au vérisme du propos conditionné exclusivement par ce quien est visible. C'est l'image de soi (projetée, perçue) qui permet littéralement d'exister, bienplus que le discours lui-même : Toutes les preuves réclamées le sont via des images(l'exécution de Pamela à laquelle on croit d'emblée uniquement parce qu'elle est filmée, alorsque rien ne permet d'infirmer qu'elle soit mise en scène - et encore la vidéo du doigt, ou celledu testament), alors qu'aucun salut ne vient de la discussion en temps réel. L'enregistrementcomme unique espoir de subsister, fut-ce à l'état de mémoire externe: voir le licenciementenregistré en audio dans un soucis kafkaïen de couverture légale. Une séquence horrifiante,parce que crédible dans le contexte d'un occident où le procédurier joue le rôle de bouche-troud'une crise profonde des représentations politiques et culturelles, faisant de la victime la figuretutélaire indiscutable du panthéon moderne. Le récit joue intelligemment de cet état de fait,puisque pour emporter l'adhésion du spectateur il présente Paul presque exclusivementcomme une victime innocente, et pousse le même spectateur à relativiser les agissements deses ravisseurs (tout de même des gens qui abattent de sang froid son amie sous ses yeux etl'ont enterré vivant dans un but crapuleux) en faisant se présenter le mystérieux interlocuteurtéléphonique comme une victime économique de l'état de son pays... Ne reste plus pourétancher sa vindicte (on doit bien se trouver un antagoniste pour le confort de l'âme!) que levisage orwellien, protéiforme, d'une autorité domestique d'autant moins sympathique qu'elleest mal définie en termes d'identification. Pour preuve, Paul lui-mêmese voit obligé deprendre des notes pour s'y retrouver parmi ses divers interlocuteurs.Néanmoins ce pitch alléchant avait besoin d'une mise en scène au cordeau, et ingénieuseencore, pour ne pas être un simple exercice d'écriture chiant à regarder, si brillant et bourré decoups de théâtre qu'il fût. Et comme on le disait plus haut avant de se perdre entre troisvirgules sournoises, c'est là que Cortès sait exactement ce qu'il fait et comment l'obtenir.L'idée selon laquelle le manque de moyens rend créatif, seulement partiellement vraie(essayez de bosser avec des alternos tiens), se vérifie cependant dans le domaine descontraintes créatives, menant soit à une épure (
Maléfique
d'Eric Valette) soit obligeant à uneinvention constante. On peut dire qu'en termes de contraintes à contourner, le découpage de
Buried
se posait là. Sans jamais sortir de la boîte (en dépit d'une fausse alerte), avec despanneaux de bois aveugles comme seul horizon, Buried parvient à continûment innover dansses angles de vue, se permettant même des travelings et autres "regards de dieu" tout engardant le sentiment claustro de la situation, et le tout sans faux raccord. A cela est adjointe laseule entorse vraiment notable à la vraisemblance du récit, celle qui consiste à avoir laissé uneassez large variété d'objets (flasque d'eau, couteau), et notamment des sources d'éclairagepléthoriques à Paul dans son cercueil : briquet, cyalume, lampe de poche dotée d'un filtrerouge amovible, et bien entendu le téléphone. La trouvaille, c'est de les utiliser pour rythmerle montage séquentiel, en créant des actes clairement définis par une teinte dominante, bleu,rouge, blanc, vert (et bien entendu noir) et en jouant sur les attentes immédiates (encore unefois) conditionnées par la seule colorimétrie...

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