Welcome to Scribd, the world's digital library. Read, publish, and share books and documents. See more
Download
Standard view
Full view
of .
Save to My Library
Look up keyword
Like this
5Activity
0 of .
Results for:
No results containing your search query
P. 1
LA STANDARDISATION DE L’AMAZIGHE (BERBÈRE) AU MAROC : ENJEUX ET RÉCEPTION AUPRES D’ENSEIGNANTS

LA STANDARDISATION DE L’AMAZIGHE (BERBÈRE) AU MAROC : ENJEUX ET RÉCEPTION AUPRES D’ENSEIGNANTS

Ratings: (0)|Views: 691 |Likes:
Published by Azurag Arrif
LA STANDARDISATION DE L’AMAZIGHE (BERBÈRE) AU MAROC :
ENJEUX ET RÉCEPTION AUPRES D’ENSEIGNANTS
LA STANDARDISATION DE L’AMAZIGHE (BERBÈRE) AU MAROC :
ENJEUX ET RÉCEPTION AUPRES D’ENSEIGNANTS

More info:

Published by: Azurag Arrif on Dec 22, 2010
Copyright:Attribution Non-commercial

Availability:

Read on Scribd mobile: iPhone, iPad and Android.
download as PDF, TXT or read online from Scribd
See more
See less

05/12/2014

pdf

text

original

 
259
L
A STANDARDISATION DE L
AMAZIGHE
(
BERBÈRE
)
AU
M
AROC
:
ENJEUX ET RÉCEPTION AUPRES D
ENSEIGNANTS
 
Myriam ABOUZAÏD
Myriam.Abouzaid@u-grenoble3.fr  Laboratoire LidilemUniversité Stendhal Grenoble III  BP 2538040 Grenoble cedex 9
Abstract :
 
In Morocco, the process of officially recognising the Amazigh language (Berber)started in 2001. This formerly minority-status language is now beingstandardized. This paper describes the main choices made in corpus planning of Amazigh and analyses how the newly standardized language is perceived byteachers of Amazigh.
1.
 
Contexte de l’étude
La langue amazighe
1
est considérée comme la plus ancienne langue d’Afrique du Nord. Elleest présente dans tout le Maghreb, mais c’est au Maroc que se trouve la populationamazighophone la plus importante en nombre, les estimations allant de 30% à 50% de la population marocaine. Cette langue s’inscrit dans un paysage linguistique où elle cohabiteavec l’arabe dialectal marocain, l’arabe standard et le français. Le Maroc, à l’instar de tousles pays arabes, présente une situation de diglossie
2
. À y regarder de plus près, on s’aperçoitque cette diglossie est « enchâssée », selon les termes de Calvet (1987 : 47). C’est-à-dire quela langue amazighe est triplement minorée, se situant tout en bas de l’échelle du marchélinguistique marocain, après l’arabe standard, le français, et même après l’arabe dialectal.L’année 2001 marque un véritable tournant dans la politique linguistique marocaine, avec lacréation, par le Roi Mohamed VI, de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (désormais« IRCAM »). Jusqu’alors, l’amazighe ne bénéficiait d’aucune reconnaissance officielle. Cetinstitut a pour mission d’aménager la langue afin qu’elle puisse être enseignée et jouer unrôle véritable à l’échelle nationale. La standardisation, première étape de l’aménagementlinguistique, représente un travail de grande envergure puisque l’amazighe, langue dite« de tradition orale », a évolué, au cours des siècles, en une immense variété de parlers. AuMaroc, il est possible d’identifier trois aires dialectales majeures : au Nord-Est, le
tarifite
(ou
rifain
), au Centre, le
tamazighte,
et au Sud, le
tachelhite.
Précisons que si la grande majoritédes locuteurs et des linguistes s’accordent à dire que ces trois variétés relèvent de la mêmelangue, il n’en demeure pas moins que, à l’heure actuelle, l’intercompréhension se révèle parfois difficile entre amazighophones géographiquement éloignés.À partir de cette brève description de la situation linguistique de l’amazighe au Maroc, ilsemble légitime de s’interroger sur la réception de la langue nouvellement unifiée. Plus précisément, il est possible de formuler cette interrogation comme suit : l’unification desvariétés dialectales amazighes peut-elle aboutir à la création d’une diglossie amazighe, avec
1
Au Maroc, le terme générique désignant la langue berbère est désormais « amazighe ». Cependant, ontrouve aussi « tamazight(e) » employé dans un sens générique.
2
Situation relativement stable dans laquelle deux variétés d’une même langue existent côte à côte dansune communauté, l’une d’entre elles étant reconnue comme « haute » et l’autre « basse » (Ferguson,1959)
 
260 M. Abouzaïdune langue « haute », la langue standard, unifiée, qui serait réservée à l’écrit et aux domainesformels, et plusieurs variétés – les différents vernaculaires – qui demeureraient « basses » ?Afin d’apporter des éléments de réponse à cette question, nous avons effectué une enquête deterrain auprès de quinze instituteurs qui, depuis 2003, doivent enseigner l’amazighe à leursélèves du cycle primaire. L’approche de cette recherche est donc essentiellementsociolinguistique. Des entretiens semi-directifs ont été menés à la fois dans des zonesgéographiques fortement amazighophones et dans des zones majoritairement arabophones. Nous avons interrogé ces enseignants sur leur expérience personnelle d’enseignement del’amazighe, et en particulier sur leur perception de la langue du manuel pédagogique. Nousavons également rencontré six linguistes de l’IRCAM, ce qui nous a permis de mieux cerner le processus de codification de la langue et ses enjeux. Les informations ainsi recueillies fontl’objet de la partie 2 de cet article. Quant aux entretiens avec les enseignants, ils ont étésoumis à une analyse de contenus (thématique), laquelle a mis au jour des représentationssociales à l’égard de la langue nouvellement standardisée. Ces représentations sont présentées dans la partie 3.
2.
 
Les décisions officielles en matière d’aménagement ducorpus et leurs enjeux
2.1.
 
Une gestion démocratique de la langue standard 
Dans de nombreux cas, l’aménagement d’une langue, passe par l’identification d’une variété(souvent socialement dominante) qui sert de base à la standardisation. C’est la manière la plus « simple » de standardiser, car elle présente un degré d’intervention moindre. Pour l’amazighe, il est impossible d’identifier la variété remplissant de la meilleure façon le rôlede référent. En effet, de l’absence de « tradition écrite » résulte l’absence d’une langue-mèreattestée dont seraient issues les variantes linguistiques actuelles. De surcroît, la démarcheconsistant à sélectionner une variété de base est écartée d’emblée par les linguistes del’IRCAM, et ce, pour des raisons idéologiques. Il faut que la langue standard épouse laréalité sociolinguistique du pays. On constate que l’aménagement de l’amazighe se situedans l’optique de la
koïné 
grecque, soit une langue créée sur la composition de différentsdialectes. Il s’agit d’un processus comparable à l’élaboration de la « langue polynomique »corse qui « rend compte de la diversité dialectale, lui confère un caractère légitime et nehiérarchise pas les différentes normes en présence » (Comiti & Di Meglio, 1999 : 63). Lesaménageurs de l’amazighe sont donc confrontés à une tâche extrêmement complexe aveccomme règle d’or de préserver « l’unité dans la diversité ».
2.2.
 
Une standardisation progressive et convergente
Les spécificités de l’amazighe précédemment décrites, ainsi que la politique des aménageursimpliquent une standardisation progressive, convergente, en deux étapes. La premières’effectue sur le plan intra-géolectal, c’est-à-dire à l’intérieur des trois grandes airesdialectales. La deuxième se situe au niveau inter-géolectal, c’est-à-dire à l’échelle du Maroc(Ameur 
et al 
., 2004 : 18). S’il apparaît logique de considérer que l’aménagement du corpusest un préalable à l’aménagement du statut d’une langue, il faut toutefois noter que lastandardisation se fait également, et en grande partie,
 par 
l’enseignement. Les deux étapes del’aménagement linguistique se retrouvent donc dans le cadre scolaire. C’est pourquoi ilexiste une régionalisation du manuel pédagogique
Tifawin
(IRCAM, 2003 & 2004). Lemanuel de 1
ère
année est ainsi décliné en trois versions identifiables par des couleursdifférentes. Le contenu est identique, mais la langue demeure fidèle, autant que possible, auxspécificités respectives du
tarifite
, du
tamazighte
et du
tachelhite
. Le manuel de 2
e
année se présente sous une version unique, mais dans lequel le système des couleurs est maintenu.
 
La standardisation de l’amazighe (berbère) au Maroc 261Certaines pages reflètent chaque variété séparément, et quelques parties sont communes auxtrois. Ainsi, l’apprenant est exposé petit à petit aux deux autres variétés. L’objectif final estde parvenir, en quelques années, à un manuel unique présentant une langue véritablementunifiée.
2.3.
 
 Les principaux domaines d’action des aménageurs
2.3.1.
 
Le choix d’un alphabet officiel
Dans le cas d’une langue « de tradition orale », la sélection d’un système d’écriture apparaîtcomme la toute première étape de la standardisation. Au Maroc, officialiser un alphabet précis a permis de mettre fin à l’« anarchie graphique » qui caractérisait la situation del’amazighe. En effet, jusqu’alors, les systèmes de notation employés pour transcrire la languerelevaient, à divers degrés, de trois graphies : la graphie latine, la graphie araméenne (arabe)et la graphie
tifinaghe
. Cette dernière constitue le système d’écriture spécifique à l’amazighe,dont l’ancêtre est désigné par les linguistes sous le nom d’alphabet
libyco-berbère
.Cependant, son usage a toujours été très restreint.
Figure 1 - Aperçu de l’alphabet
tifinaghe
3
 
En 2003, une décision royale a opté pour l’alphabet
tifinaghe
comme graphie officielle de lalangue amazighe au Maroc, sur les recommandations de l’IRCAM. En amont comme en avalde cette décision, les réactions ont été vives. On a même parlé de « guerre des graphies ».Les arguments des uns et des autres relèvent à la fois de la pertinence scientifique attribuée àtel ou tel système, et des préférences idéologiques sous-jacentes. Pour résumer trèsschématiquement, les partisans des caractères arabes souhaitent voir s’inscrire l’amazighedans le contexte arabo-musulman national. Les tenants de la graphie latine, eux, prônent uneouverture sur la culture universelle et moderne. Ils rappellent également qu’elle est le supportutilisé majoritairement dans la documentation scientifique existante. La graphie
tifinaghe
 incarne à la fois une certaine neutralité et une dimension historique et authentique. Le choixofficiel, on le devine, fut très controversé et politisé. Nous avons pu constater, sur le terrain et y compris chez les linguistes de l’IRCAM, quel’alphabet latin n’est pas véritablement abandonné au profit du
tifinaghe
. Si ce dernier estretenu pour l’enseignement scolaire, il est des domaines où la graphie latine perdurera, defaçon transitoire ou non. Il se pourrait donc qu’une double graphie soit en train de s’instaurer au Maroc (
tifinaghe
 
et al 
 phabet latin).
2.3.2.
 
La gestion de la variation phonétique
Les choix effectués dans le passage à l’écrit découlent des choix stratégiques générauxd’unification de la langue. Il a donc fallu aboutir à un système graphique qui transcende lesmanifestations orales. La standardisation de la morphosyntaxe passe par une écriture dite« grammaticale » (Taïfi, 2004 : 32), ou « étymologique », ou encore « à base de dérivation ».Ainsi, le plus souvent, pour retenir une forme standard, il faut identifier les racines qui
3
Illustration empruntée à Atanane Oulahyane (http://www.asays.com/article.php3?id_article=346).

Activity (5)

You've already reviewed this. Edit your review.
1 hundred reads
1 thousand reads
Feisty Niño liked this
vogliazzo liked this
Hassan Akioud liked this

You're Reading a Free Preview

Download
/*********** DO NOT ALTER ANYTHING BELOW THIS LINE ! ************/ var s_code=s.t();if(s_code)document.write(s_code)//-->