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PASSAGER EN TRANSIT
ous les volets
é
taient clos. De minuscules particulesorange dansaient au travers des rais de clart
é
quelaissaient filtrer les fines lamelles du rideau m
é
tallique.Une ombre cendreuse,
é
tale, tapissait les angles de la chambre. Aumilieu de la pi
è
ce une masse flottait
à
quelques d
é
cim
è
tres du sol.Andr
é
ne dormait pas. Les yeux grands ouverts, la t
ê
te reposantmollement sur l'oreiller, il se complut – comme tous les matins de jour de repos – dans l'attente des premiers bruits de la maisonn
é
e.Alangui, l'esprit divaguant encore sur l'erre presque nulle de sondernier songe, mais d
é
 j
à
attentif aux
é
mois de la vie qui renaissait,il go
û
tait pleinement cet instant o
ù
les t
é
n
è
bres, guett
é
es par le jour, d
é
clinaient sans avoir disparu compl
è
tement. Un mince filetde lumi
è
re jaune coulait aux interstices, s’immis
ç
aitsournoisement. L’aube maraudait. Il le savait et l’
é
piait en m
ê
metemps que le silence qui l’accompagnait.
T
Un murmure lui parvint, courant sur les parois de la maison ;comme une vibration t
é
nue, un doux ronronnement. Karl s’
é
taitr
é
veill
é
et commen
ç
ait
à
mettre les services en branle. Il
é
taittemps de s’extirper de cette agr
é
able torpeur. Il t
â
tonna le sol dubout des doigts et rencontra une surface rugueuse, qu’il effleura deson index. La forme sur laquelle il reposait prit soudainement vieet s’irradia d’une d
é
licate phosphorescence nacr
é
e. Redressant letorse, il s'assit au bord du matelas blanc. Lorsque son pied s'ancraau sol, des anneaux de lumi
è
re concentriques se propag
è
rent avecindolence
à
partir de son talon, et atteignirent les uns apr
è
s lesautres des micro-capteurs invisibles. De la sorte, Karl
é
tait inform
é
 de l'humeur imm
é
diate d'Andr
é
. Et il sut que la p
é
nombre actuelleconvenait
à
l'humain pour le moment. Andr
é
se massa les tempes,
 
les yeux encore chassieux du trop plein de sommeil qui roulaitdans ses veines. L'air harmonieux d'une musique lointaine susurrasa m
é
lop
é
e dans ses oreilles. Les filles devaient
ê
tre r
é
veill
é
es. Entout cas Ludmilla.Le carr
é
de mur qu'il fixait b
ê
tement,
à
la recherche de salucidit
é
, changea de teinte et un message lapidaire apparut.« Clara souhaite entrer »Andr
é
sut gr
é
 
à
Karl d'avoir respect
é
son quart d'heure d'apathieet de s'
ê
tre adress
é
 
à
lui par le biais de la voie num
é
rique. Il nesupportait g
é
n
é
ralement pas qu'on lui parl
â
t avant une bonnedouche chaude. Il marmotta quelque chose et Karl d
é
boutagentiment la fillette de six ans. N
é
anmoins, afin de ne pas subir lesires l
é
gitimes de ses filles, il occupa le canal d'informations de lamaison. « Rendez-vous dans dix minutes
à
la cuisine mes puces ».Les mots r
é
sonn
è
rent
à
travers toutes les pi
è
ces.Il jeta un œil aux persiennes. Son regard fut intercept
é
, d
é
crypt
é
 et l'assemblage
à
claire-voie pivota lentement sur lui-m
ê
me. Desfl
è
ches de feu s'iris
è
rent au contact des surfaces vitr
é
es et jaillirentdans la chambre, refoulant les ombres au fond de la pi
è
ce. Pour
é
viter une transition trop brutale aux yeux de l'humain, un filtreinvisible avait
é
t
é
jet
é
sur la surface de la porte-fen
ê
tre. Ils'approcha et se jeta tout entier dans la contemplation du paysage.Le soleil
é
tait encore bas dans le ciel et baignait de ses rayonsendormis le grand saule pleureur esseul
é
au milieu de la cour.Derri
è
re, de douces nuances
é
meraude s'
é
gaillaient au hasard duvallonnement des prairies, coup
é
es
à
l'horizon par la ligne confused'une for
ê
t bleu
â
tre. Qu'il
é
tait bon d'
ê
tre
à
la campagne !Malheureusement, cela devenait de plus en plus rare, son travaill'accaparait au grand dam de ses filles qui souvent le luireprochaient. Les filles ! Il les avait presque oubli
é
es. S'il nevoulait pas se voir tancer, il allait lui falloir se d
é
p
ê
cher untantinet.La salle de bains l'accueillit avec les premi
è
res notes du
 
concerto pour mandoline de Vivaldi. Un homme aux traits creus
é
s,aux joues caves, l'inspectait dans le miroir, fron
ç
ait les sourcilslorsqu'il apercevait son nez en trompette, soupirait
à
la luisancedes m
é
plats que son cr
â
ne arborait par endroits. Finalement iltourna le dos
à
l'importun personnage, rev
ê
tit une tunique couleurcr
è
me et prit place dans un fauteuil de fa
ï
ence inclinable. Leprogramme de condensation d
é
buta. Il n'appr
é
ciait quemod
é
r
é
ment ce mode de lavage, mais il n'avait gu
è
re le temps. Lacombinaison s'humidifia de l'int
é
rieur et une agr
é
able fra
 î 
cheurd
é
goulina sur les pores de sa peau. Un brumisateur automatiquearriva
à
hauteur de sa figure et entreprit de l'asperger de moussesavonneuse, puis de le rincer. En un tournemain il fut lav
é
, s
é
ch
é
,peign
é
.Dans la cuisine, les deux filles l'attendaient d
é
 j
à
. Chacune avaitd
é
 j
à
dispos
é
devant elle sa propre tablette avec
é
cran de s
é
lection.Ludmilla avait opt
é
pour des croissants et un chocolat chaud, d
é
 j
à
 pr
é
sents sur la tablette, tandis que Clara h
é
sitait manifestemententre deux pictogrammes all
é
chants. L'index de papa se posa surcelui teint
é
de jaune.« Tu n'as qu'
à
prendre du jus de Gualajara...
Oui mais j'aime bien aussi les c
é
r
é
ales au miel, moi !Andr
é
sourit.
Allons, sois raisonnable. Je suis s
û
r que tu as une pr
é
é
rence.R
é
fl
é
chis bien : lequel te semble le plus sucr
é
, le plus agr
é
abledans la bouche ?La fillette de six ans parut s'absorber dans une r
é
flexion intense.Soudain son visage s'illumina.
Le jus de Gualajara !
Eh bien voil
à
. Sers-toi. »A peine eut-elle appuy
é
qu'un verre se dessina au centre de sontableau, bient
ô
t rempli d'une couleur rose. Elle se pr
é
cipitaavidement, et avala le contenu d'un trait, goul
û
ment.« Visualisation des si
è
ges » dit Andr
é
.

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