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Henry Corbin - « Quand nous nous réveillerons d’entre les morts », Hic et Nunc 2, mars 1993, pp. 43-51.

Henry Corbin - « Quand nous nous réveillerons d’entre les morts », Hic et Nunc 2, mars 1993, pp. 43-51.

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09/23/2014

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original

 
4
2
HIC
ET
NUNC
IIIC ET NUNC
43
devient responsable
(I)
devant Dieu et devant son prochain
,
en tant que ce prochain lui apparaît précisément comme l
a
question que Dieu lui adresse
.
A la faveur de cette (( conversion », la notion même d
e
positif est bouleversée
. Critiquer les doctrines qui préten-
dent résoudre humainement les conflits essentiels; rejete
r
toutes les solutions fabriquées par la « pensée chrétienne »
,
et qui voudraient donner aux hommes une bonne conscienc
e
tout à fait inconcevable; dénoncer tous les codes existant
s
de morale, parce qu'ils dénaturent ou refoulent la question
,
en lui fournissant des réponses tantôt prématurées, tantô
t
inopérantes, et toujours équivoques; désorienter celui qu
i
s'imagine être debout quand il. n'a fait que truquer le
s
repères
; désespérer les optimistes en leur montrant de que
l
prix dérisoire ils ont cru payer leur salut, — telle est l
a
seule tâche véritablement
positive
que notre effort, ici
,
peut s'assigner sans fol orgueil
.
((
Positif » est ce qui rapproche du Réel
.
Cela pren
d
bien
. souvent l'aspect d'une destruction
. Il
p
eut paraîtr
e
étrange que l'on doive rappeler de telles choses, mais la
raison en est pourtant bien claire. Nous préférons deman-
der aux hommes ces ordres que l'on ne peuc attendre qu
e
de Dieu: parce qu'avec les hommes, nous pourron
s
discuter
...
Denis
DE ROUGEMONT
.
(1)
Capable de réponse, c'est-à-dire capable de prière,
QUAND NOUS NOUS RÉVEILLERON
S
D'ENTRE LES MORT
S
« Grâce àune jeune fille, bien des hommes sontdevenus des génies, beaucoup des héros, beaucou
p
des poètes, beaucoup des saints
; mais pas un n
e
fut un génie par la jeune fille qu'il posséda, ca
r
par elle il ne devint que conseiller d
'Etat; pas
u
n
ne fut un héros par la jeune fille qu'il posséda
,
car par elle il ne devint que général
; et pas u
n
ne fut un poète par la jeune fille qu'il posséda, ca
r
par elle il ne devint que père
; et pas un
ne
fut
un
saint par la jeune fille qu'il posséda, car il n'e
n
posséda aucune, et il ne voulut en posséder qu'un
e
seule qu'il n'obtint pas, de même que tous le
s
autres devinrent des génies, des héros, des poè-
tes, grâce
à
la jeune fille qu'ils n'ont pas possé-
e
. »
(
I)
KIERKEGAARD
,
Etapes sur le chemin de la vie,
VI,
59
,
T
.a
question a été posée ici-même
: « Que signifie pou
r
vous philosopher ? » A cela on répond ordinairement, e
n
supposant comme tout naturel que la chose philosophique es
t
douée d'une existence en soi, laquelle lui est assurée par l
a
fixation de problèmes convenus en des schémas transmissi-
bles
; bref, qu'elle soit une science d'objets
. Mais qu'au lie
u
de cela elle ne fasse que décrire l
'
actualité précise d'un êtr
e
et de l'être, qu'elle ait pour fin non de surmonter la réalit
é
et les difficultés, mais de les reconnaître, elle devient alor
s
chaque fois le
cas
où la personne est engagée elle-mêm
e
comme un conflit
. Ce n'est pas sans doute une chose de tou
t
repos
. Mais l'amour en serait-il une ? Notre temps « sécu-
larisé » préférerait qu'il en soit ainsi, car au fond, qu
'
i
l
s'agisse de philosophie ou de relation humaine, c
'
est bie
n
la même chose: au lieu du non qu'oppose le réel, on
n
e
connaît plus que le
non
relatif d'une dialectique intérieure
à
la conscience
. Il n'y a plus alors de
non
sans
oui,
et si l'o
n
(1)
Trad
. d'André Babelon ap
.
In Vina Veritas
Paris, Editions d
uCavalier, 1933
.
 
44
HIC ET NUNC
HIC ET NVNC
4
5
parle encore en souvenir de Plotin, des âmes d'amants, d
e
philosophes ou de musiciens, c
'
est pour se complaire en de
s
modes divers qui vont de la disponibilité pure à l'admiratio
nqui n'engage à rien
.
Le texte de Kierkegaard qui domine ces lignes, n'y est-i
l
pas d'ailleurs une invitation provocante ? C
'
est une attaqu
e
directe de l'homme, dans son affirmation la plus passionnée
,
à laquelle répond non pas même un
non
sans
oui,
mais u
n
oui
qui se transforme en un
non
.
Il détermine le cas-limite d
e
l'homme, de celui que nous connaissons comme une unit
é
vivante et inéluctable
. La « bonne volonté », à qui en appel
-
lent optimistes et enthousiastes, serait-elle donc condamnée
,
quoi qu'elle fasse devant le dilemme « ou ceci ou cela »,
à
léser, à trahir, par le fait même qu'elle agit ? C'est qu'elle n
e
subsiste pas
,
comme une forme générale, elle n
'
existe qu
e
dans une détermination tout à fait concrète dans le temps
.
Alors qu'en s'accomplissant, en touchant au monde de l'Au-
tre, sa limite lui devient sensible et le « péché » inévi-
table
. Elle a conscience pourtant de son bon droit, elle es
t
fière d'obéir aux Normes, mais ce monde des Normes sup-
pose justement que l'on veuille édifier une construction posi-
tive dans l'Histoire, créer de la durée, et c'est précisémen
t
ce cours de l'Histoire qui est livré à un devenir qui le dégrad
e
et l'abolit
. Tout le possible qui constitue mon existence n
e
peut devenir
réel
que pour irrémédiablement échouer dan
s
la Nuit, où il faut bien que les normes, les objets, soient remi
s
en question
. Et si je veux me sauver de l'échec, c'est seule
-
ment en accueillant ce que d
'
abord je n'avais pas voul
u
(saint, héros, poète, par la jeune fille qu
'
ils n'ont pas eue
;
et pourtant il en a fallu une !
)
A l'origine donc
: mon existence à réaliser comme possibl
e
historique
; à la limite: impossible à réaliser par une légalit
é
continue, une fidélité purement formelle
. A jamais don
c
impossible l'orgueilleuse sécurité, l'hypocrite confiance en soi
,
car en quel bonheur me complaire, qui ne tiendrait qu'à mo
i
seul? Mais alors reculer, sauver ce cher possible, réserver tout
e
réalisation? Mais l'on n'est jamais
devant
une détermination
,
l'on est d
'
ores et déjà en elle, et sans se gaspiller dans l
'
arbi
-
traire, comment donc
saisir
l'actuel, tout en se cramponnan
t
à un possible d'ordre général et de plus en plus probléma-
tique ? Je peux me refuser à toute fixation, je peux fui
r
devant l'amour, fuir devant le mariage, devant toute autr
e
décision irrévocable
; mais ce qui aurait été principe de mo
n
être s'évanouit en un possible pur
. J'ai refusé la vie, san
s
même trouver la mort
.
Car il y a l'abîme de la Mort, les puissances souterraines
,
où par la négation radicale de toutes les Normes du jour o
n
peut se perdre, cela même fût-il ressenti justement comm
e
péché
. Mais à ce moment-là
(la
mort de Tristan et d'Yseult)
,
réalité et existence sont dépassés, on ne peut décrire ce qu
i
fut, justement parce que la véritable passion est une similitud
e
vécue de la mort
. Et toujours il y a ceci
: la volonté de ren-
dre mon existence
actuelle
apparaît comme l'ennemie mêm
e
de cette existence
. Dans l'un et l'autre cas (le cas de celui qu
i
eut la jeune fille et le cas de celui qui ne l'eut jamais), il sem-
ble que mon destin me soit arraché
. Ou s'emparer de la Vi
e
et construire dans l'Amour
; ou s'abandonner à la Mort dan
s
la passion de l'absolu
; mais à la limite de la norme et à l
a
limite de la passion, le
péché
est là toujours, parce que cha-cun met l'autre en cause
.
Si donc philosopher ne consiste pas à élever une sag
e
théorie de la connaissance, à apprendre l'art de distribue
r
des objets dans la vitrine d
'
un musée, sans menacer la vitrin
e
d'à côté (et quel scandale si « notre théologie » se mettai
t
dans ce cas !), philosopher est alors un événement de l'exis-tence, qui en fin de compte doit conduire celle-ci à la limit
e
où la relation entre les deux mondes devient transparente
.
Seul un schéma théorique les sépare un instant
; en fait
,
l
'
un se change en l'autre. Il n'y a pas ceux-qui-font-le-bien
,
et les révoltés sublimes qui nient toutes les prémisses, mai
s
« ce qui semblait la Norme du Jour se renverse en l'abîm
e
de la Nuit » (K
. Jaspers)
. Si l'on a simplement esquiv
é
l'abîme, la Norme est sans fondement, moralisme, anarchie
;
si la passion de renoncement dans la Nuit se transpose en un
e
méthode, elle devient elle aussi une Loi qui édifie, immora-
lisme, anarchie
.
 
46
HIC ET NUN
C
Le bonheur dans une synthèse n'est donc qu
'
une appa-
rence
; la synthèse n'est même pensable que comme ques-
tion, non point comme une tâche, puisque l'existence de l'in
-
dividu signifie limitation effective
; une question donc qu
i
se pose, sans réponse, à un moment décisif de crise, où il es
téprouvé que « c'est une illusion de vouloir être en mêm
e
temps Vie du Jour et Profondeur de la Nuit »
. Mais cela
,
aucune science ne
le
sait ni ne l'enseigne; ce n'est point un
e
chose en soi qui présenterait, là devant moi, deux voies entr
e
lesquelles j'aurais à choisir
; cela advient à l'individu tou
t
seul en son existence dans le temps
; c'est la « haute, droite
,
spirituelle souffrance » que les mots ne peuvent énoncer
.
Et à Erasme demandant avec inquiétude
: « Qui donc alor
s
s'appliquera encore à corriger sa vie ? » Luther
(De serv
o
arbitrio)
peut riposter
: « Personne
. » Car l'homme es
t
laissé là tout seul, et c
'
est cela
toucher les Portes de la Mort
.
Où y a-t-il alors une décision éternelle antérieure a
u
choix ? Quand et comment est possible une crise qui soi
trenversement de cette décision ? On pourrait croire,
à
entendre certains, que « franchir les portes de la Mort »
,
soit un événement historique à côté d'autres, qui se soitproduit un jour, et depuis lequel tout irait vraiment trè
s
bien
. Mais dans ce cas tout ne reste-t-il pas en place, comm
e
dans le curieux et tout théorique problème des rapports d
e
la
foi
et de l'intelligence
?
Pourtant_ s'il est parlé d'une
forme
de ce monde et d'un
e
transformation (Rom
. XII,
2),
il faut bien qu'il s'agisse d
e
deux grandeurs incommensurables
. La forme de ce monde
,
c'est une loi fondamentale, le temps des choses et de l
'
homm
e
elle consiste en un effort vers la lumière, vers la vie, la jouis-
sance, la possession, la science, la justice
; vers une perfec-
tion que l'on se représente comme accessible, dans la mesur
e
où le « cher moi » de l'homme est le centre mystérieux d
e
ce cosmos
. Cette forme que l
'
on peut appeler le « schém
a
de l'Eros », nous la portons tous, dans toutes nos actions,
HIC ET NUNC
4
7
jusqu
'
à la fin
. L
'
homme avec sa souffrance,
jo
uissant de so
n
succès ou de son tragique, qui accepte ou
rep
ousse, profit
e
ou se sacrifie, qui vit et qui meurt, reste toujours l
'
homm
e
qui participe à l'état des faits et des choses
. A travers tou
s
les possibles où existe son moi, il reste sûr et
iné
branlable
,
car toutes ces possibilités prométhéennes
en
gendrent de nou
-
velles forces, de nouvelles possessions, de
no
uveaux droits
,
elles ne sont point la métamorphose de ce monde. Elles don-
nent un homme idéal, l'homme selon Moscou ou selon Rome
,
elles ne sont point une attaque directe sur
l'
homme tou
t
court,
cet
homme qui est dans
ce
monde, attaque que nou
s
ne redoutons tant que parce que nous l'attendons avec nos-talgie, car elle seule peut nous délivrer de l
'
illusion orgueil-
leuse qu'il y ait des actions éthiques, dépouillées de l'Eros
:
amour, pureté, bravoure
. « Il n'y a pas plus de pensée pur
e
comme acte, que de volonté pure
. » (K
. Barth)
. Tout act
e
de vouloir est déjà désir,
libido
.
Mais c'est justement dans cette situation inéluctable e
t
concrète que nous sommes saisis dans une « action éthiqu
e
primaire »
: là où nous disons
oui à
la
problé
matique la plu
s
profonde de notre existence, qui est en même temps sa vérit
é
la plus profonde
. Ce ne peut être que l
'
acte unique
avant
e
t
après
lequel il n'y en a point d'autre à disposer en série
;
il est
con-version,
retour en arrière
. Jusqu'à ce point, l
a
pensée ne
se
meut que dans la relativité, dans la contradic-
tion des possibles, de même que la volonté n
'
est jamais un
e
justice qui vaille devant Dieu
. Lorsque l'on dit que la reli-
gion est une passion innée (Schlegel), que la noblesse du mo
i
réside dans un libre essor au-dessus de soi-même, on oubli
e
radicalement ce que nous sommes
hic et nunc, la
réalit
é
psychique et historique de
cet
homme dans
ce
monde, où i
l
est peut-être un étranger, mais qui est pourtant son pays natal
.
En se poussant au sommet de la possibilité humaine, o
n
trahit la supposition fondamentale, et c'est justement l
a
catastrophe de l
'
impossibilité humaine devant Dieu
. Ca
r
cette « passion religieuse » ne fait que renouveler l
a
chute antérieure à la réalité psychique et historique de
ce
t
homme dans le monde (l'arbre de la Science, connaître

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