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« Les Dames galantes » au fil des mots 012

« Les Dames galantes » au fil des mots 012

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Published by Pierre Wechter
Première fournée de l'an nouveau.
Première fournée de l'an nouveau.

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Published by: Pierre Wechter on Jan 08, 2011
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02/28/2014

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text

original

 
 
«
 Les Dames galantes
»au fil
 
des mots
Il y a une autre sorte de cocus qui se forment par le desdain qu’ils portent à leurs fem-mes, ainsi que j’en ay cogneu plusieurs qui, ayant de trés-belles et honnestes femmes,n’en faisoyent cas
1
, les mesprisoyent et desdaignoyent. Celles qui estoient habilles et plei-nes de courage, et de bonne maison, se sentans ainsi desdaignées, se revangeoient à leuren faire de mesme
2
; et soudain aprés bel amour, et de là à l’e
ff 
et
3
: car, comme dit le re-frain
4
italien et napolitain,
amor non si vince con altro che con sdegno
5
.
1
 
 
« ne leur accordaient aucune importance, les tenaient pour quantité négligea-ble »
2
« se vengeaient/prenaient leur revanche en leur rendant la pareille »
seule l’his-toire de la langue rend compte des rapports entre v
e
n
g
eance et re-van
ch
e, à partir de
uind
ĭ 
ā
re
(cf. vindicte et vendetta)
3
« et aussitôt après, belle histoire d’amour, et à partir de là, passage à la pratique »
4
l’écrivain donne ici au mot l’acception de l’espagnol
refrán
« dicton, proverbe »
 
italien et 
(plus précisément)
napolitain
5
« contre l’amour, on ne gagne que par le dédain »
Car ainsi une femme belle et honneste, et qui se sente telle et se plaise, voyant que sonmary la desdaigne, quand
6
elle luy porteroit le plus grand amour marital
7
du monde, mes-mes quand on la prescheroit et proposeroit les commandemens de la loy pour l’aymer
8
,si elle a le moindre cœur du monde
9
, elle le plante là tout à plat
10
et fait un amy
11
ailleurspour la secourir en ses petites necessitez
12
, et eslit son contentement
13
.
6
« quand bien même elle lui porterait, même si elle lui portait » »
7
« conjugal »
8
« à supposer qu’on lui prêche la bonne doctrine en lui rappelant les commande-ments de la loi divine pour l’engager à aimer son époux »
9
« si elle est le moins du monde une femme de caractère »
10
« sans ménagement »
11
 
 
« se trouve un amant »
12
 
necessité 
s « besoins naturels »
 
aller à des necessités
« aller à la chaise percée »Confirmation par Mme Dacier, traduisant les
Nuées
(
Νεφέλαι 
) d’Aristophane, où Strep-siade rappelle dans le détail à son fils Pheidippidès les soins qu’il lui a prodigués dès lapetite enfance :
κακκ 
νδ
᾿
νο
 ὐ
κ
φθηςφρ
ά
σας,κ 
 γ
λα
ϐὼ
νθ
 ύ
ραζε
ξ
έ
φερον
νκα
προυσχ
ό
μηνσε
 
012 
 
 
(tu n’avais pas plus tôt dit «
caca ! 
» que je te prenais dans mes bras jusqu’au dehorset que je te tenais devant moi
 And you used no sooner to say
caccan
 , than I used totake and carry you out of doors, and hold you before me
.” W.J. Hickie)Mme Dacier : «
moi qui te portois dehors d’abord que
[aussitôt que]
je voyois que tu voulois y aller  pour tes petites nécessités
»
C’est pour cette raison que Tallemant des Réaux tourne dérision un Pierre Rangouze,capable d’écrire une lettre qui portait comme adresse :
 A monsieur Lesperier, mon bon amy,qui m’a tousjours assisté dans mes petites necessitez
. —Trévoux, sous
havresac 
: « C’est un petit sac que les soldats portent sur leur dos quand ilsvont à l’armée, où ils mettent
leurs petites nécessités
.
Saccus
. Les charretiers s’en ser-vent aussi pour donner de l’avoine à leurs chevaux dans les rues. »Balzac,
Les Français peints par eux-mêmes
: La fruitière : « Sans elle le quartier ne serait pashabitable. Où trouverait-on les provisions du ménage, toutes
ces mille petites nécessi-tés de la vie
, et les nouvelles de chaque jour, qui sont encore un besoin ? »On voit là comment s’articule la grasse plaisanterie.
13
« et choisit ce qui lui procure la satisfaction de ses désirs »
J’ay cogneu deux dames de la cour, toutes deux belles-sœurs
14
; l’une avoit espousé unmary favory, courtisan et fort habille, et qui pourtant ne faisoit cas de sa femme commeil devoit
15
, veu le lieu d’où elle estoit
16
; et parloit à elle devant le monde comme à une sau-vage
17
, et la rudoyoit fort. Elle, patiente, l’endura pour
18
quelque temps, jusques à ce queson mary vint un peu defavorisé
19
; elle, espiant
20
et prenant l’occasion au poil
21
et à pro-pos
22
, la luy ayant gardée bonne
23
, lui rendist aussitost le desdain passé qu’il luy avoitdonné, en le faisant gentil
24
cocu : comme
t aussi sa belle-sœur, prenant exemple à
25
 elle, qui, ayant esté mariée fort jeune et en tendre aage
26
, son mary n’en faisant cas commed’une petite
llaude
27
, ne l’aymoit comme il devoit ; mais elle, se venant advancer surl’aage
28
et à sentir son cœur en reconnoissant sa beauté
29
, le paya de mesme monnoye
30
,et luy
t un present de belles cornes pour l’interest du passé
31
.
14
À en croire la tradition commentariale, cafouillage dans les identi
cations…Paul Lacroix (dit
le bibliophile Jacob
) a fait le rapprochement entre ce passage etl’
Heptameron
, Deuxième Journée, XV
e
Nouvelle.
15
« ne traitait pas sa femme avec égard, comme il l’aurait dû » (il
devoit 
pour il
auroit deu
est un latinisme)
16
« étant donné la famille dont elle était issue »
17
1596 subst. « homme, femme appartenant à une population primitive » (
TLFi
)
18
« pendant »
19
 
 jusqu’à ce que
construit avec l’indicatif 
 
vint 
pour « devint »
« jusqu’au jour oùson mari perdit un peu de la faveur dont il jouissait, vit son étoile pâlir »
20
« aux aguets »
21
cf. Harpagon «
C’est une occasion qu’il faut prendre vite aux cheveux
. » — L’Occasion(
Kαιρός
,
Kaïros, cf. Cicéron
«
tempus actionis opportunum Græce
ε
 ὐ
καιρία
,
Latine occasio appel-
 
 
latur 
» le moment d’agir favorable s’appelle en grec
ε
 ὐ
καιρία
, en latin
occasio
) «
Divinité qu’on représente sous la forme d’une femme nue, chauve par derrière, avec une longue tresse decheveux par devant, un pied en l’air, et l’autre sur une roue, tenant un rasoir d’une main, et del’autre une voile tendue au vent 
. » (Littré) — Chez Rabelais : «
L’occasion a tous ses cheveux au front ; quand elle est outre passée, vous ne la pouvez plus revoquer 
[rappeler] ;
elle est chauve par lederriere de la teste, et jamais plus ne retourne
[ne revient]. » [‘
to take time by the forelock
’]
22
« opportunément »
23
« lui ayant gardé un chien de sa chienne ; la vengeance étant un plat qui se mangefroid »
24
 
 
nouvel emploi ironique de
 gentil
25
« sur »
26
« à un âge tendre »
27
«
lle » en dialecte poitevin/saintongeais [Godefroy indique Aunis, Poitou, Vienne ;Vendée, Deux-Sèvres,
 feillaude
] ; cf. la
Chonson nouuelle d’in ieune gar 
 ſ 
an de village qui demandet ine feille en mariage, en langage Poicteuin
(dans
Revue historique de l’ancienne langue française
,1878) :
Donné me la qualle
 fi
llaude
Donnez-moi la
lle
Qualle que mon cœur aime tont.
Que mon cœur aime tant.
28
« (en avançant en âge) avec l’âge »
29
« et venant à éprouver des émotions amoureuses en s’apercevant de sa beauté »
30
« lui rendit la monnaie de sa pièce »
31
(tout comme un capital placé rapporte des intérêts, le comportement durable dumari lui rapporte d’être trompé)
D’autres fois ay-je cogneu un grand seigneur qui, ayant pris deux courtisanes, dont il yen avoit une more
32
, pour ses plus grandes delices
33
et amyes, ne faisant cas de sa femme,encores qu’elle le recherchast avec tous les honneurs, amitiez et reverences
34
conjugalesqu’elle pouvoit ; mais il ne la pouvoit jamais voir de bon œil ny embrasser
35
de bon cœur,et de cent nuicts il ne luy en departoit
36
pas deux. Qu’eust-elle fait, la pauvrette, là-dessus
37
,aprés tant d’indignitez, sinon de faire ce qu’elle
t, de choisir un autre lict vaccant, ets’accoupler avec une autre moitié
38
et prendre ce qu’elle en vouloit ?
32
cf. « maure » ;
TLFi
:
1.
Subst.
a)
1176-81
Mor 
« habitant de Mauritanie » (CHRÉTIEN DE TROYES,
Chevalier Lion,
éd. M.Roques, 286); fin du XIII
e
s. [ms.]
More
(BRUNET LATIN,
Trésor 
, éd. P. Chabaille, p.171, var. du ms.Y); 1636
Maure
(MONET);
b)
1573
more
« nègre » (DUPUYS,
 s.v. teste
);
2. a)
1
re
moitié du XIII
e
s.[ms.]
mor 
adj. « brun foncé » (CHRÉTIEN DE TROYES,
Erec et Enide,
éd. W. Foerster, 2545, var. dums. C);
b)
1573
cheval teste de more
« cheval d’un poil rouan, dont la tête et les extrémités sontnoires » (DUPUYS,
loc. cit.
);
c)
1677
teste de Mores
hérald. (MENESTRIER,
 Abr. méthodique des principes hérald.,
p.136). Du lat.
Maurus
« habitant de la Mauritanie [région du nord de l’Afrique]) »,qui a pris en lat. pop. le sens de « brun foncé ». L’anc. graphie
mor 
a été évincée, d’abord par
more
 puis par
maure,
à la suite d’un rapprochement avec le lat.
Maurus
(v.
FEW 
t.6, 1, p.554a).
Remarques :
1°)
 
L’anglais ‘
Moor 
’ (cf.
Othello
) vient de la forme ancienne du français.
cf. note
1
 

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