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Soumission a l'Autorite - Experience de Milgram Lecomte (1997)

Soumission a l'Autorite - Experience de Milgram Lecomte (1997)

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Des gens ordinaires peuvent aisément se transformer en bourreaux. C'est ce qu'a mis en évidence "Soumission à l'autorité" (1974) de Stanley Milgram. Certainement l'ouvrage de psychologie expérimentale le plus connu et qui a suscité le plus de controverses.
Des gens ordinaires peuvent aisément se transformer en bourreaux. C'est ce qu'a mis en évidence "Soumission à l'autorité" (1974) de Stanley Milgram. Certainement l'ouvrage de psychologie expérimentale le plus connu et qui a suscité le plus de controverses.

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STANLEY MILGRAM (1933-1984)
S
OUMISSION À L
'
AUTORITÉ
Henri Verneuil, I comme Icare
Des gens ordinaires peuvent aisément setransformer en bourreaux. C'est ce qu'a mis enévidence Soumission à l'autorité (1974) deStanley Milgram. Certainement l'ouvrage depsychologie expérimentale le plus connu et qui asuscité le plus de controverses.Imaginez
l'expérience suivante: à la suite d'une petite annonce, deux personnesse présentent à un laboratoire de psychologie effectuant des recherches sur lamémoire, L'expérimentateur explique que l'une d'elles va jouer le rôle de «maître » et l’autre celui d'« élève », Le maître va soumettre des associations demots à l'élève, et à chaque fois que celui-ci se trompera, il devra le sanctionnerpar une décharge électrique, Devant le maître, on attache l’élève sur une chaiseet on fixe des électrodes à ses poignets, Puis on introduit le maître dans uneautre pièce et on le place devant un impressionnant stimulateur de chocscomposé d'une trentaine de manettes allant de 15 à 450 volts, Figurentégalement des mentions allant de « Choc léger » à « Attention: chocdangereux!
 
». Quant aux deux dernières manettes, elles sont simplementaccompagnées d'une étiquette xx,L'expérience commence, et à chaque nouvelle erreur de l’élève, le maître doitinfliger une décharge d'une intensité supérieure à la précédente, Le maître estrapidement amené à des intensités importantes, A 75 volts, l'élève gémit A 150volts, il supplie qu'on arrête l'expérience, A 270 volts, sa réaction est unvéritable cri d'agonie, Mais après 330 volts, on n'entend plus rien, l'élève estcomplètement silencieux, Si, pendant l'expérience, le maître désire arrêter,l'expérimentateur l'incite à poursuivre, avec une pression de plus en plus forte,Mais après quatre refus de la part du maître, il n'insiste plus et l'expérienceest terminée,Si vous découvrez cette expérience pour la première fois, vous êtescertainement horrifié(e) en estimant que vous auriez rapidement arrêtéd’appuyer sur les boutons, C'est d'ailleurs la réaction qu'ont eue de nombreuxAméricains à qui l'expérience a été présentée.Mais rassurons le lecteur, ces expériences ont effectivement existé (dans lesannées 60), mais dans des conditions très particulières
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, L'élève était en fait uncomédien professionnel qui simulait la douleur; le stimulateur de chocs, lessangles et les électrodes n'étaient que des artifices destinés à tromper lemaître qui, lui, était le véritable sujet de l'expérience, Car celle-là ne visait pasà contrôler la capacité de mémorisation, mais le niveau de soumission àl'autorité. Or, les résultats sont impressionnants: sur 40 personnes, 26, soit65% sont allées jusqu'à 450 volts! Rappelons que dès 330 volts, l'élève nerépond plus, et que des maîtres ont cru qu'il était mort, mais ont néanmoins
 jld/Stanley Milgram – Soumission à l’autorité
1 S, Milgram, Soumission à l'autorité, Calmann Lévy,1974,
 
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continué,Stanley Milgram, l'auteur de cette étude, pose la question suivante: « Commentun individu honnête et bienveillant par nature peut-il faire preuve d'une tellecruauté envers un inconnu ? » Selon lui, « il y est amené parce que sa conscience,qui contrôle d'ordinaire ses pulsions agressives, est systématiquement mise enveilleuse quand il entre dans une structure hiérarchique»,
Des personnes ordinaires agents de destruction
S, Milgram a effectué de multiples variantes de cette expérience, avec plusd'un millier de sujets, afin de repérer les situations les plus propices àl'obéissance ou au refus, Prenons en deux, représentatives de ces réactionsdivergentes,Lorsque le maître pouvait choisir lui-même le niveau de choc (expérience n° 1 dutableau p 4), une seule personne est montée jusqu'à 450 volts, une autre jusqu'à375, toutes les autres se sont contentées des chocs les plus bas, Ce qui montrebien que la douleur infligée n'est pas le reflet d'une personnalité sadique, maisla conséquence de la soumission à une autorité supérieure considérée commecompétente, S. Milgram cite d'ailleurs des réactions significatives:transpiration, tremblements, bégaiements, mouvements et rires nerveux,Précisons que tous les participants ont été ensuite informés de la véritablenature de l'expérience,La variante qui a entraîné inversement le plus fort taux d'obéissance est celle-ci : le sujet accomplit des actions secondaires indispensables au déroulement del'expérience, mais ce n'est plus lui qui administre les chocs, un autre participants'en chargeant, complice de l'expérience (expérience n° 5 du tableau), Sur 40personnes, 37 sont allées jusqu'au choc maximum de 450 volts, soit 92,5 %, Leconcept théorique central proposé par S. Milgram est l' « état agentique », «condition de l'individu qui se considère comme l'agent exécutif d'une volontéétrangère, par opposition à l'état autonome dans lequel il estime être l'auteurde ses actes. […] Le changement agentique a pour conséquence la plus grave quel'individu estime être engagé vis-à-vis de l'autorité dirigeante, mais ne se sentpas responsable du contenu des actes que celle-là lui prescrit, Le sens moral nedisparaît pas, c' est son point de mire qui est différent: le subordonné éprouvehumiliation ou fierté selon la façon dont il a accompli la tâche exigée de lui »Ainsi, « des gens ordinaires, dépourvus de toute hostilité peuvent, ens'acquittant simplement de leur tâche, devenir les agents d'un atroce processusde destruction ».Les expériences de S. Milgram ont été reproduites à plusieurs reprises avec desrésultats généralement sensiblement équivalents, et elle a donné lieu à demultiples commentaires, Il s'agit surtout de critiques d'ordre méthodologiqueou éthique, et d'analogies avec des situations historiques
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.La critique méthodologique la plus importante a été formulée par Martin Orne,professeur de psychologie à l'université de Pennsylvanie
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, Selon M, Orne, lesujet d'expérience est curieux, il souhaite être efficace et utile, et il est doncmotivé pour interpréter le véritable projet de l'expérimentateur, Or, dansl'expérience de S. Milgram, le comportement de l'expérimentateur est trèsinattendu, Son impassibilité devant la souffrance de l'élève constitue un signalindiquant au sujet la situation véritable, à savoir qu'en fait, l'élève ne souffrepas, il y a alors un « pacte d'ignorance », les sujets préférant ne pas révéler auchercheur qu'ils ont compris la situation, pour ne pas l'embarrasser, Pourasseoir son argumentation, M, Orne fait état d'une recherche qu'il a menée etau cours de laquelle on prescrit à des sujets volontaires de lancer du vitriol ouun serpent au visage d'un inconnu, La plupart obéissent pratiquement sanshésiter, Interrogés après l'expérimentation, ils déclarent avoir agi ainsi parcequ'ils étaient dans un laboratoire de psychologie expérimentale et qu'ilspensaient qu'il y avait un truquage
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, S, Milgram a notamment répondu à cet
 jld/Stanley Milgram – Soumission à l’autorité
2 A,G, Miller, The obedience experiments, a case study of controversy in social science, Praeger,1986,3 M,T, Orne et C,C, Holland, “On the ecological validity of laboratory deceptions”, International journal of psychiatry, 1968, vol, 6, n° 4,4 M,T, Orne et F.J. Evans, « Social contrai in the psychalagical experiment : antisocial behavior and hypnosis ", Journal of personality and social psycholagy, 1965, vol, 1, n° 3,
 
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argument en soulignant l'état de stress intense ressenti par les sujets, évidentsur des enregistrements filmés des expériences, Quant à la controverseéthique, elle a porté essentiellement sur deux aspects: le mensonge imposé auxsujets sur l'objectif réel de la recherche, et surtout l'impact psychologiquenégatif sur les sujets. S. Milgram y a répondu en déclarant que les sujets sesont félicités d’avoir participé à l'expérience, une fois qu'en a été expliquée savéritable teneur,
La «
 
banalité du mal
 
»...
Mais la majeure partie des réflexions suscitées par les travaux de S, Milgramconcerne l'analogie avec les atrocités des régimes totalitaires, en particulierl'Allemagne nazie, S Milgram lui-même a repris à son compte la thèse de la«banalité du mal» formulée par Hannah Arendt
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, Journaliste auprocès d'AdolfEichmann en 1961, elle soutint, à l'inverse de ses collègues, que cet hommen'était pas un monstre, et n'était pas fondamentalement différent des autresgens, C'était, au plus, un fonctionnaire zélé,De la même manière, Henry V. Dicks, président du Collège royal britannique depsychiatrie, a longuement rencontré des criminels nazis en prison
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, Selon lui, cespersonnes auraient pu passer pour des gens normaux dans un contexte anodin, etsont d'ailleurs devenus en prison « les détenus les plus faciles qui soient» (selonles gardiens) en raison de leur soumission exemplaire, Christopher R. Browning,professeur d'histoire à l'université luthérienne de Tacoma, à Washington, aétudié, pour sa part, l'action meurtrière du 101e bataillon de réserve de lapolice allemande en Pologne entre juillet 1942et novembre 1943
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, Ces hommesportent la responsabilité, directe ou indirecte, de la mort de 83000 Juifs et dequelques centaines de civils polonais, dans des conditions qui s'apparentent à de«l'abattage», il affirme que 80 à 90 % des policiers ont tué, « bien que presquetous aient, au moins au début, été horrifiés et écœurés par ce qu'ils faisaient ».C, Browning affirme que ce comportement constitue « une confirmation vivante»des travaux de S, Milgram il estime cependant que le conformisme a joué un rôleencore plus important, Refuser de tuer revenait à « commettre une actionasociale à l'égard de ses propres camarades, Ceux qui ne tiraient pas risquaientl'isolement, le rejet, l'ostracisme, [...] Seuls les êtres d’exception sont restésindifférents au mépris qui frappait les "faiblards" .» Mais tout le monde nepartage pas cette approche de la banalité du mal, Ainsi, Daniel .JonahGoldhagen, professeur de sciences politiques à l'université Harvard, arécemment critiqué le livre de C. Browning, en dénonçant la tendance de cetauteur à minimiser les capacités critiques des acteurs de l'Holocauste, à lesrendre moins autonomes et responsables personnellement qu'ils ne le furent,Selon lui, le peuple allemand dans son ensemble était porteur d'un antisémitismeséculaire qui a conduit à l'Holocauste
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, il considèrepar ailleurs que l'on ne peutaucunement transposer les travaux de S, Milgram à ce drame historique,
... et «l'ordinaire de la bonté
 
»
De fait, un enjeu essentiel des travaux de S, Milgram concerne l'origine desactes meurtriers: les psychologues sociaux soutiennent généralement que c'estessentiellement le contexte dans lequel est plongé l'individu qui joue un rôle,Mais quelle est, malgré tout, la part del'individu ?
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,En fait, S, Milgram lui-même a tenté, avec son collègue Alan C, Elms, de repérerdes différences individuelles, en faisant passer divers tests de personnalité à20 sujets obéissants et à 20 autres qui s'étaient rebellés, il n'a pas observé de
 jld/Stanley Milgram – Soumission à l’autorité
5 H, Arendt, Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal, Gallimard, 1966,6 H.V. Dicks, Les Meurtres collectifs, Calmann Lévy,1973,7 C, R, Browning, Des hommes ordinaires, Les Belles lettres, 1994,8 D.J. Galdhagen, Les Bourreaux volontaires de Hitler, Seuil, 1997,9 T, Blass, « Understanding behavior in the Milgram obedience experiment : the raie of personality , situations, and their interactions ", Journal of personality and social psycholagy, 1991,vol, 60, n°3,

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