Une table, deux sièges. Mais la seconde place est vide à présent. Malheureusement elle le restera ainsi. La chaise mise au bon endroit semble rester vide à jamais. Des gens sortent du café, d'autres entrent, mais la chaise demeura dans son état primitif jusqu'à la fin. Maintenant elle va plonger dans sa lecture. Sur ses lèvres demi-closes flotte un sourire de rêve. Pas à pas les murs d'un brun-rougeâtre, les peinture qui y sont accrochées, les tables, les chaises, les rires, les fragments des conversations, les chuchotements, les gestes qu'elle voit du coin de l'oeil, le choc des petites tasses de café que l'on repose sur les tables et les gens... tout disparaîtra bientôt. L'oeil s'accoutume à voir seulement le noir et le blanc, les mots sur le papier. Maintenant la seule chose qu'elle entend est le son de sa voix qui interprète l'histoire dans laquelle elle s'est plongée d'abord. Elle tourne les pages d'une seule main comme jouant au piano: 36, 37, 38...
-Avez-vous décidé, mademoiselle? Elle lui dit "Oui" d'un ton enjoué de quelqu'un qui a bien dormi et se réveille d'agréable humeur. Elle prend une feuille de papier et se mit à écrire. Puis elle s'endort de nouveau. Il n'y a plus personne.
Elle s'arrête et regarde cette feuille de papier qui était vierge il y a quelques minutes. En se penchant sur la table elle ôte le capuchon de son stylo pour y rajouter 2-3 mots. Après quelques gorgées de café et 2 cigarettes elle continue. Maintenant la page est à moitié pleine. Mais même si elle essaye d'écrire quelque chose de composé elle n'arrive pas.
Dans sa tête il n'y a que des fragments. Elle écrit des fragments sur son papier. Parfois elle n'arrive pas à les ranger. Il n'existe pas un bon ordre des mots. Sa raison la trahit. L'opération est longue et ne nécessite aucune interromption. Il faut un commencement à tout, tout comme il y faut une fin. Mais elle n'arrive jamais.