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Nexus 66 - Libertés - Cartes d'identité - La biométrie mondialisée (janv 2010)

Nexus 66 - Libertés - Cartes d'identité - La biométrie mondialisée (janv 2010)

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NEXUS
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SOCIÉTÉ
L
es cartes d’identité électroniques ont fait un bondvers leur généralisation mondiale. Il y a de quoi s’alarmer.Déjà 2,2 milliards d’individus, soit un tiers de la populationmondiale, disposent d’une carte d’identité « intelligente ».Parmi ces cartes, plus de 900 millions sont dotées d’un sys-tème biométrique (visage et empreintes digitales). Selonles plans actuels, en 2012, 85 % de la population mondialeen sera pourvue. Le reste de la population n’y échapperapas : la plupart des gens ont déjà une carte de première gé-nération, le plus souvent dans des pays au régime répressif,comme le Myanmar.Des campagnes sont menées contre l’introduction de lacarte d’identité électronique, qui soulignent d’une part soncaractère peu pratique, mais surtout le risque de violation
de la vie privée, de chage, d’erreur de reconnaissance bio
-métrique ou d’utilisation par le crime organisé.N’en déplaise à certains incrédules, il n’existe véritable-ment aucun obstacle à la mise en place de cartes d’identitéélectroniques obligatoires à travers le monde. Les objec-tions émanent seulement des populations, non des gouver-nements, qui y sont favorables. Et c’est à peine s’il y a eu devéritables débats publics sur le sujet.Il est plus que jamais urgent de regarder de près l’inten-tion qui se cache derrière la généralisation de ces cartes.Outre la lutte contre le terrorisme, le crime organisé ou lesfraudes, il doit bien exister d’autres motifs pour les intro-duire, des motifs que les dirigeants ne communiquent pasaux populations.
Avant la fn de 2012
La carte électronique fait son apparition dans des paysparmi les plus pauvres du monde, petits ou grands, dontquelques-uns en pleine anarchie, d’autres en pleine guer-re civile ou connaissant la famine. Elles arrivent dans des
cultures très diérentes, dans des pays pré-industriali
-sés ou sous-développés, et en premier lieu dans des paysmusulmans.Rares seront ceux qui n’auront pas un système perfection-né d’enregistrement électronique de la population. Cela
arrivera avant la n de 2012. Ainsi, le 25 juin 2009, l’Inde a
annoncé sa ferme intention d’introduire la carte d’identitébiométrique pour qu’en 2011 toute la population soit enre-
gistrée, soit 1,2 milliard d’individus chés en 18 mois.Il subsistera néanmoins des zones oues sur le planisphè
-re. Dans quelques pays, comme le Mozambique ou la Zam-bie, ce sont les cartes d’électeurs qui sont biométriques. Il
ne s’agit pas ociellement de cartes d’identité nationale,mais la population se retrouve bel et bien chée. Ces car
-tes d’électeurs ont tendance à devenir des cartes d’identitéaprès les élections, comme à Haïti. Les États-Unis resterontprobablement dans cette zone frontière à cause des incer-
titudes qui entourent le Real Identity Card Act. Comme au
Canada, du fait des propositions de permis de conduire
biométriques, ou bien encore en Australie où règne une in
-
certitude quant au statut de l’Access Card. Toutes ces hési
-tations n’enlèvent rien au fait qu’il existera un système decartes d’identité électroniques presque partout.
Pression internationale
L’apparition simultanée de systèmes de cartes très sem-blables dans de nombreux pays est-elle pure coïncidence ?S’il était seulement question, pour chaque pays, de mettreà jour son propre système, cela se déroulerait sur le longterme, et généralement une fois tous les vingt ans. Or, cet
La biométrie
C
onnectés àdes méga-fchierspour suivre nosaits et gestes,des systèmes dehaute technologie – cartes intelligentes,biométrie, etradio-réquence – se répandentsimultanément àtravers le monde.Une coïncidence ?
Cartes
 
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agenda très court et simultané indiquerait l’existenced’une pression internationale pour l’adoption de cartesd’identité électroniques.En Ouganda, les plans pour mettre en place la carte ont étéannoncés dans un mémoire, daté du 20 juin 2008, envoyé auFonds Monétaire International. Le FMI aurait-il demandé àcertains pays d’adopter la carte d’identité biométrique sous
prétexte de faciliter la régulation de la nance et de préve
-nir la fraude et le blanchiment d’argent ?
Selon les arguments ociels récurrents, les systèmes bio
-
métriques sont bénéques pour le système bancaire, la lutte
contre la fraude et l’accès aux banques pour les plus dému-nis. Plusieurs États, dont l’Inde, suivent d’une manière oud’une autre cet argumentaire, une démarche bien notée par
le FMI. Autre exemple, occidental, l’aide nancière appor
-tée par l’Union européenne à la République démocratiquedu Congo pour la mise en place de cartes biométriques, sousle prétexte de retrouver la trace des anciens soldats et desanciens combattants. Même schéma en Somalie.Les cartes biométriques arri-vent au Rwanda, ce qui est pourle moins grotesque. Imaginezà quel point le génocide aurait
été ecace si l’on avait pu s’ap
-puyer sur des registres infor-matisés et des cartes biométri-ques ! L’expérience rwandaiseest une illustration du degréde létalité des cartes d’iden-tité dans un pays secoué par laguerre civile. Elle soulève aussi des questions gênantes surl’implication des Occidentaux dans les troubles intérieurs,comme au Congo.
Tsunami digital
Cette arrivée mondiale de la carte d’identité électroniquetémoigne d’un processus invisible, né dans les alcôves in-
ternationales, qui aecte profondément nos vies, et nos
libertés. En juillet 2005, lors de son semestre de présidencede l’Union européenne, en dépit du fait qu’aucun accordeuropéen ne le permettait alors, le Royaume-Uni a proposéla mise en place d’une carte d’identité européenne biomé-trique. La légalité n’étant pas un obstacle, le programmeeuropéen concernant la justice et la sécurité fut le relaisde cette idée.En réalité, ces programmes, ourdis en secret, vont plus loinque les simples questions de sécurité et de justice. C’est
ce que souligne Tony Bunyan, de Statewatch (www.sta
-
tewatch.org), dans un extrait de son rapport « The Shapeto Things To Come » publié dans le journal
The Guardian
le28 mai 2009, sous le titre « La société de surveillance, unequestion européenne ». Selon lui, les cartes d’identité nesont qu’un outil permettant de mieux surveiller et de mieux
cher tout le monde. Bunyan appelle cela
« un tsunami di-gital »
:
« Chaque objet utilisé, chaque transaction eectuée, et lemoindre déplacement individuel seront chés sur support infor 
-
matique. Ceci entraînera une abondance d’informations pour les
organisations de sécurité publique, et le comportement de tout individu sera prévu et évalué par des machines. Cette propositionprésage d’un amoncellement de données personnelles sur les voya-ges, les détails bancaires, la localisation des téléphones portables,la santé, l’utilisation d’Internet, les délits – même mineurs –, lesempreintes digitales, tout ceci pouvant être utilisé pour élaborer 
diérents scénarii : embarquement dans un avion, comportement dans le métro, participation à une manifestation. »
d’identité
mondialisée
L’expériencerwandaise estune illustrationdu degré delétalité descartes d’identitédans un payssecoué par laguerre civile.
Par Nathan Allonby
© 
G.M.
 
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Europe et États-Unis main dans la main
Ceci n’est pas exclusivement européen, comme le précise
Bunyan, dans la mesure où l’Europe et les États-Unis par
-tagent les mêmes pratiques politiques, suivant un agendad’harmonisation internationale.
« Pour répondre aux besoins, on propose, à l’horizon 2014, unepolitique de coopération entre l’Europe et les États-Unis dans lesdomaines de la liberté, de la sécurité et de la justice. Bien au-delàde la situation actuelle, la politique concernant les libertés et lesdroits de chacun en Europe ne sera plus décidée à Londres ou àBruxelles, mais lors de réunions secrètes entre l’Union européenneet les États-Unis. »
Est-ce la réponse au 11-Septembre ? Non. Quelques-uns de
ces programmes sont en eet antérieurs (Taïwan, 1997 ;
Inde, 1999). On peut retrouver la trace de cette volonté
d’établir des chiers en remontant jusqu’à la carte d’iden
-
tité australienne, dont le projet fut abandonné en 1987. On
peut aussi avancer, en toute certitude, que la coopérationEurope/États-Unis en matière de sécurité est antérieure au
11-Septembre, comme l’est le développement des chiers
en Europe pour les contestataires politiques.
Cartes de fdélité ou mouchards ?
Laissons de côté les États policiers et parlons plutôt des car-
tes de délité des supermarchés. Il n’y a guère de diérence
entre elles. Les cartes d’identité modernes semblent en êtreles héritières. Leur but est le même : rassembler des infor-mations sur une personne. Pour suivre quelqu’un, il fautd’abord le connaître.Pour leur marketing, les entreprises veulent en savoir leplus possible sur les consommateurs. Elles ont fait desinvestissements colossaux dans des infrastruc-tures de collecte et d’analyse des donnéesclients. En 2004, Wall-Mart, avait réuni460 terabytes d’informations sur sesconsommateurs, soit plus de deux foisles informations qui circulent sur In-ternet. La majorité des données ve-
nait des cartes de délité.
Les gouvernements ont adopté lacarte électronique quand ils ontconstaté le degré de puissance
et d’ecacité des enseignes, e
-cacité aussi calculée en terme decoûts. Les magasins ont démon-tré qu’ils pouvaient suivre leurs
clients, tracer leur prol concer
-nant leurs habitudes d’achat, leurspoints faibles, leur sensibilité auxpublicités.
Liste de suspects
Des programmes puissants, comme ChoicePointet LexisNexis, ont été développés pour l’analyse des
données des cartes de délité. On retrouve mainte
-
nant ces mêmes systèmes au FBI pour dresser des
listes de suspects. Les gouvernements ont compris quecette technologie pouvait être utilisée pour trouver des ter-roristes, des dissidents politiques ou toute autre personneintéressant l’État. Quelques entreprises sont mises à contri-
bution. Ainsi, le gouvernement des États-Unis a obtenu desdonnées sur les électeurs de onze pays d’Amérique Latine
via le concours d’entreprises privées, dont ChoicePoint.On sait que la majorité des informations des services de ren-seignement des États-Unis provient d’entreprises privées,
et qu’environ 70 % de leur budget va dans le secteur privé.
Même si la plupart de ces dépenses vont à des sociétés liées
à la défense, comme SAIC et Booz Allen Hamilton, les socié
-tés de la grande distribution ont aussi leur part du gâteau. Nevoit-on pas une évolution de type symbiotique entre le gou-
vernement et le secteur privé, où les technologies, les outils
et les informations sont partagés ?
Traçabilité par radioréquence
L’un des outils qui a migré des cartes de délité vers les car
-tes d’identité modernes est l’identité électronique par fré-quence radio (RFID). La carte d’identité chinoise l’intègre,et il y a fort à parier que cette technologie se retrouveradans toutes les cartes « intelligentes ».À l’origine, le système RFID est un système de recherche dé-veloppé pour suivre les stocks et leur approvisionnement. Ilest possible de lire à plusieurs mètres des numéros de sérieet d’autres informations mises sur des puces minuscules.Quand un objet avec une puce RFID passe devant un lecteur,son numéro est enregistré. Quand les lecteurs sont connec-tés à un réseau, il est possible de collecter les mouvementsde cet objet (ou d’une personne) en dressant laliste des moments et des endroits qui ontété enregistrés grâce au numéro RFID.Sans le savoir, l’identité du détenteur
d’une carte de délité dotée du
système RFID peut être connueà chaque fois qu’il passe prèsd’un lecteur, et cela sans qu’ille sache. En outre, il est pos-sible de savoir dans quelrayon passe le client, com-bien de temps il reste faceà un produit, s’il l’achèteou non. Rapidement aussi,les magasins ont comprisqu’en mettant une puceRFID dans un article, un vê-tement par exemple, il étaitpossible de suivre tous les dé-placements du client. On a ainsipu, en croisant les données, savoirqui achetait quoi, à côté de qui, si l’onfaisait ses courses seul ou non. Dans peude temps, ces magasins pourront connaî-tre notre numéro de carte d’identité infor-matisée, et les gouvernements vendront
© 
G.M.

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