DIMANCHE24AVRIL2011
LEFAITDUJOUR
03
A
u fil de l’enquête, le profil del’homme le plus recherché deFranceapparaîtdeplusenpluscomplexe.
U
n père de familleabsent
« Il partait le lundi et revenait le ven-dredi.»TousceuxquiontaperçuXa- vier Dupont de Ligonnès l’affirment :l’homme n’était jamais chez lui la se-maine, ou rarement. « Il m’a dit qu’il voyageait dans la France entière pour son travail de commercial. Il disait faire 10000 km par an en voiture »,assure un voisin de Pornic, où la fa-millearésidédansdeuxpavillonsdif-férents, de 1998 à 2003. Parfois, lepère de famille disparaissait carré-ment pendant plusieurs semaines,puis il réapparaissait. Et pour justifier ses absences prolongées, « il disait qu’il faisait des allers-retours aux Etats-Unis dans le cadre de son tra- vail », assure Gervais, un voisin dePornic.
D
es motifs de départobsurs
Le4avril,leproviseurdulycéeoùdeux desesquatreenfants,AnneetBenoît,sontscolarisésreçoituncoupdetélé-phone du père : ses enfants seront absents deux jours car ils sont ma-lades. Le 11 avril, le chef d’établisse-mentreçoitcettefoisunelettre,signéedu père, dans laquelle il invoque samutation en Australie et annonce ledépart définitif des deux élèves. Lemêmemotifestévoquédansuncour-rier signé de l’épouse de Xavier Du-pont de Ligonnès, Agnès, et reçu lemême jour par le proviseur du lycéeoùelleoccupaitunposted’assistanted’éducation. Dans l’établissement oùson fils Arthur passait son BTS, deux lettressontreçues,signéesdupèredefamille,évoquantd’abordunaccident descooterpuislafameusemutation.
U
ne société fantôme
Officiellement, Xavier Dupont de Li- gonnèsestlegérantetl’uniquesalariéd’une société, la Selref, dont l’activitéconsiste à publier des guides touristi-ques sur Internet. En réalité, l’entre-priseatoutd’uneboîtefantôme:dansle dernier rapport financier, daté de2008, dont nous avons obtenu unecopie, la Selref ne déclare ni achat demarchandise,nistock,nifraisdefonc-tionnement. Pourtant, la société as-sure avoir réglé 84000 € de chargesautitredel’exercice2007.Unesommequi intègre la taxe professionnelle et desfraisdetransports.Unefaçonpour lemaridepayersesnombreuxdépla-cementsmystérieux?
L
’hypothèsedu surendettement
Le mari aurait contracté un crédit de50000 € auprès d’une amie pari-sienne. Selon le site Internet du« Point », il s’agirait de sa maîtresse :cette femme se serait présentée jeudisoir dans un commissariat d’Asnières(Hauts-de-Seine), disant craindrepoursavie.Pourquoicetemprunt?Lecomptefamilial,àlaPoste,seraitdansle rouge mais dans des proportions«raisonnables».Encinqans,laSelref avaitaccumuléundéficitde13000€.Le 5 avril, un huissier devait se pré-senter au domicile de la famille pour une créance de plus de 20000 €,affirmedesoncôté«PresseOcéan».
L
’étrange importateurde voitures américaines
APornic,d’énormes4x4américainsétaient garés devant les deux domi-cilessuccessifsdesLigonnès.«Xavier disait qu’il importait des voituresd’Amérique, les faisait réparer ici, et ensuite les revendait », racontent desriverains. Pourtant, les modèlesaperçus,immatriculésenFloride,sont toujours les mêmes. Au propriétairedu dernier pavillon occupé avant derejoindre Nantes, Xavier raconte quecette activité d’importateur est un«complémentderevenus»,etquesonactivité principale est celle d’un « re-présentantdecommercequivenddesboîtes en plastique ». L’étrange marisemblebienloind’avoirrévélétoussessecrets.
THIBAULT RAISSE
L’étrangeXavierDupontdeLigonnès
Xavier Dupont de Ligonnès était toujours introuvablehier soir.
(AFP.)
NANTES (LOIRE-ATLANTIQUE), HIER.
Des fleurs ont été déposées devant la porte du domicile familial des Dupont de Ligonnès, où cinq personnes ont étéassassinées par balles.
(AFP/JEAN-SÉBASTIEN EVRARD.)
NANTES(LOIRE-ATLANTIQUE)
DENOTRECORRESPONDANT
A
presque50ans,ils’estdécouvertunintérêtsubitpourlesarmes.XavierDupontdeLigonnèsacommencésoninitiationautirendécembredernieràNantes.«Undébutant,untireurdeloisirsquinerecherchaitpaslaperformance»,témoigneBenoîtHérault,moniteurdustandoùlepères’estd’abordentraînéavecunpistoletavantd’utiliserunecarabine22longrifledixcoups,héritéedesonpère.«Unjour,ilm’aposélaquestiondusilencieux,reprendBenoîtHérault.Jel’aidissuadé,c’étaitinutileici.Hier,j’aiapprisqu’ilenavaitfinalementachetéunpoursacarabine.»Lemoniteursoupireetajoute:«Cettearme,jel’aieueentrelesmains.»C’estcettecarabine,soumiseàdéclaration,quiaserviàexécuterAgnèsDupontdeLigonnèsetsesquatreenfants.Détailtroublant,lepère,quiemmenaitparfoissesfilsThomasetBenoît,afréquentéassidûmentlestand,s’yrendantàquatrerepriseslasemaineprécédantl’assassinatdesafamille.
PIERRE
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BAPTISTEVANZINI
Unesoudainepassionpourletir
NANTES (LOIRE-ATLANTIQUE), HIER.
Xavier Dupont de Ligonnès était inscrità la Société nantaise de tir.
( A F P / J E A N - S É B A S T I E N E V R A R D . )
www.leparisien.frwww.aujourd'hui.fr
Lesvidéosdudrame
LORGUES(VAR)
DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE
L
atracedufugitifXavierDupontdeLigonnès se perd dans le Var. A priori,riend’étonnant:lesuspect avécudanscedépartementde1992à1994 à Lorgues. Ce « retour aux sources»prendpourtantunetournureintrigante en raison d’une troublantecoïncidence.AncienneprochevoisinedesDupontdeLigonnès,ColetteDe-romme, 50 ans, n’a plus donné signede vie depuis le 15 avril, soit le lende-maindupassageduNantaisàRoque-brune-sur-Argens,à30kmdechezladisparue. ALorgues,unecommunedepresque9000 habitants, Xavier et les siensn’ont laissé quasiment aucun sou- venir. Bien que très pratiquant, lecouple ne s’est pas impliqué dans lesactivités de la paroisse. Ils ont vécu àChâteau-Renard,hameauoùlesmai-sonssontceintesdegrandsjardins.Ici,lesriverainsonttousdécouvertlenometlesvisagesdesDupontdeLigonnès jeudiaveclarévélationdudrame.« Entre voisins, on se croise tous detempsentemps,confieJean,installéàChâteau-Renard depuis plus de qua-rante ans. Mais il y a beaucoup derésidencessecondairesetdegensquisontdepassage.Ilsontpupasserina-perçus. » A l’époque, Agnès a donnénaissance à Thomas, son deuxièmeenfant. L’aîné, Arthur, était trop jeunepour aller à l’école. Impossible ausside trouver trace d’une activité profes-sionnelledeXavieràLorgues…DepuislatueriedeNantes,ladispari-tion de Colette Deromme alimenteplus que jamais les conversations.« Déjà, une disparition, c’est quelquechose d’exceptionnel, mais découvrir que l’auteur présumé du quintuplemeurtre a vécu ici et que les deux affairespourraientêtreliées,c’estcom-plètementdingue!»s’écritGérardde- vant la mairie. La piste d’un lien pos-sible, bien qu’étudiée par les enquê-teurs,paraît«surréaliste»àl’entouragede Colette. Son ex-belle-sœur, Syl- viane, n’a jamais vu ce Xavier. Ni en-tendusonamielementionner.Quant à Lucien Deromme, père de la dis-parue,iljugelerapprochement«com-plètement ridicule ». A Lorgues, onsouligne plutôt la relation tumul-tueusedeColetteavecsonex-compa- gnon, décédé des suites d’une longuemaladie quelques jours après sa dis-parition.Lesrecherchespourretrouver laquinquagénairesepoursuivent.
ESTELLE DAUTRY
SontroublantretourdansleVaroùilavécuilyavingtans
aucœurdel’enquête