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sociologie du scandale de Blic Lemieux

sociologie du scandale de Blic Lemieux

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Volume 18 - n° 71/2005, p. 9-38
Le scandale comme épreuve
Éléments de sociologie pragmatique
Damien
DE
B
LIC
et Cyril L
EMIEUX
Résumé -
Parmi les travaux publiés depuis une vingtaine d’années au sujet des scandales, aussi bien ensociologie, en anthropologie et en histoire qu’en science politique, une voie se dégage, qui considère lescandale comme une
épreuve 
à travers laquelle est réévalué collectivement l’attachement à des normes.Le présent article souligne en quoi envisager de cette façon les scandales conduit à être particulièrementattentif à leur force instituante ainsi qu’au fait que leur signification et leur portée « réelles », dépendantde la réaction collective qu’ils suscitent, ne sont jamais données à l’avance, ni entièrement prévisibles.Prenant au sérieux les raisons de s’indigner des acteurs, ce type d’approche a des implications impor-tantes, que l’on détaille ici, sur la conception que le chercheur peut se faire du rôle joué dans les scan-dales par les calculs stratégiques, l’euphémisation de la violence, la séparation entre sphères d’activitéou encore, les médias de masse. On précise en outre pourquoi cette approche oblige le chercheur à uneréflexivité de degré supérieur dans son rapport à l’objet.
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e chercheur qui s’intéresse aujourd’hui au scandale ne peut raisonna- blement plus déplorer, comme il était encore d’usage il y a quinze ans, le« néant académique » qui entourerait cet objet
1
. Grâce aux travauxpubliés aussi bien en science politique qu’en sociologie, en anthropologie et enhistoire, à l’étranger et en France, nous disposons désormais d’une précieusepalette de réflexions théoriques et d’une collection d’études de cas qui offrentune base solide à toute recherche sur cette matière. Le but de cet article estd’approfondir et de discuter certaines des voies à nos yeux les plus fructueuseset les plus novatrices qu’ont ouvertes ces travaux.Pour qui entend sortir d’une vision étriquée de la science politique et tient àsauver l’idée que les sciences sociales forment un projet d’ensemble, les travauxd’anthropologie consacrés au scandale sont une lecture stimulante. C’est d’euxdont nous partirons ici. Adopter une perspective anthropologique large acependant deux implications importantes, dont il convient de prévenir le lec-teur. La première est de nous mener à faire le pari, maussien si l’on veut, qu’àl’instar du don et du contre-don ou de la prière, le scandale est un phénomèneconnu de toutes les sociétés humaines. Pari qu’on pourra dire provocateur, tantles sciences sociales semblent aujourd’hui dominées par le credo du relativismehistorique. Pari qu’on maintiendra cependant ici, ne serait-ce qu’en raison deses vertus heuristiques
2
. La seconde implication est qu’une approche anthropo-logique large nous oblige à sortir d’une conception spontanément pathologiquedu scandale. Une fois, en effet, que nous lui reconnaissons une forme d’univer-salité, il devient impossible d’envisager le phénomène scandaleux comme« anormal » au sens proprement sociologique. De la même façon que le crimeou le suicide selon Durkheim, le scandale est à concevoir comme un momentcertes peu banal et particulièrement violent de la vie sociale mais néanmoins« normal ». C’est la reconnaissance de cette normalité qui incita les anthropolo-gues fonctionnalistes à tenter de lui attribuer une fonction (de contrôle social, dehiérarchisation, de régénération du groupe). C’est elle qui doit nous inviter à sai-sir positivement les logiques de la dénonciation et de la provocation publiques,plutôt que d’envisager ce type d’actes comme s’il s’agissait d’anomaliescomportementales ou de manifestations collectives d’irrationalité. Il s’agit par
1.Selon l’expression utilisée par A. Markovits et M. Silverstein dans l’introduction à leur ouvrage
The Poli-tics of Scandal. Power and Process in Liberal Democracies
, New York, Holmes and Meier, 1988, p. 1.2.Le risque d’une approche universaliste est évidemment d’englober sous le terme générique de« scandale », originellement lié au judéo-christianisme, ce qui n’est ni éprouvé, ni descriptible comme telpar les membres d’autres sociétés que les nôtres. C’est une chose, cependant, que de contester qu’unecatégorie du langage soit d’un emploi universel. C’en est une autre de reconnaître que, jusqu’à preuve ducontraire, nulle société humaine n’ignore la pratique consistant à dénoncer publiquement des transgres-sions à la norme. C’est à vrai dire l’universalité de ce fait-là qui nous autorise à rapprocher ce qu’« ils » fontde ce que « nous » avons pris pour habitude dans nos sociétés d’appeler des scandales. La même remarquevaut bien sûr concernant le rapprochement entre ce que nos prédécesseurs appelaient il y a un siècle un« scandale » et ce que nous appelons ainsi.
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là même d’adopter sur le scandale ce point de vue que Michel Dobry a qua-lifié de « continuiste
3
» et qui consiste, en l’occurrence, à penser ensembleles moments où les acteurs ne dénoncent pas publiquement les transgres-sions normatives dont ils ont connaissance, et ceux où ils entreprennent dele faire.
La force instituante du scandale
Nombre de chercheurs qui se sont intéressés aux scandales ont semblé lesconsidérer moins comme des objets d’étude à part entière que comme desmodes privilégiés pour accéder à la réalité socio-historique qu’à travers eux, ilscomptaient atteindre. Dans cette perspective, le scandale a souvent été utilisécomme un
révélateur 
, au sens quasi photographique du terme, des rapports deforce, des structures, des espaces positionnels ou des normes qui lui préexis-taient
4
. Il lui fut ainsi reconnu la capacité de rendre spectaculairement mani-festes à l’observateur les lignes de clivage et les rapports de domination quitraversent de façon ordinairement plus opaque une société, ou certaines frac-tions de ses élites. Abordé de cette façon, le scandale pourra nous inciter àfocaliser notre attention sur les trajectoires des acteurs qu’il implique, en vuede rendre explicables les attitudes que ces derniers adoptent et les ressourcesqu’ils tentent de mobiliser. Ce type de démarche nous conduira en somme àdéporter le regard du scandale, conçu alors comme une sorte d’épiphéno-mène, vers les structures sociales et mentales « profondes » qu’il sera réputénous avoir révélées.Démarche loin d’être illégitime mais face à laquelle on peut aussi suggérerune autre façon pour les sciences sociales de traiter du scandale, à savoir : en leregardant comme un objet d’étude
à part entière
. Ce qui revient à le reconnaîtrepour ce qu’il est : un moment de transformation sociale. Cette perspective, quedéfend tout particulièrement la sociologie dite « pragmatique », est celle quenous privilégierons ici. Elle repose sur le constat que le scandale, malgré d’hâti- ves conclusions, ne laisse jamais les choses en l’état. En tant que « cérémonie dedégradation statutaire
5
», il conduit à des repositionnements, à une redistribu-tion des cartes institutionnelles, voire à des remises en cause brutales des
3.C
.
Dobry (M.), « Mobilisations multisectorielles et dynamiques des crises politiques : un point de vueheuristique »,
Revue française de sociologie
, XXIV, 1983.4.C’est dans cette optique, par exemple, que H. Walser Smith se sert d’un scandale survenu dans une bour-gade prussienne au tout début du
XX
e
siècle pour mettre à jour l’antisémitisme qui participe selon lui au« fonds culturel » de la société allemande rurale d’alors. Cf 
.
 
La rumeur de Konitz. Une affaire d’antisémitismedans l’Allemagne 1900 
, Paris, Phébus, 2003. Démarche qui peut être rapprochée de celle de J. Verdès-Lerouxdans
Scandale financier et antisémitisme catholique. Le krach de l’Union générale
, Paris, Le Centurion, 1969.5.Selon l’expression de L. Sherman reprise de Garfinkel (« The Mobilization of Scandal »,
in
Heidenheimer (A.),Johnston (M.), LeVine (V.), eds,
Political Corruption
, New Brunswick, Library of Congress, 1990, p. 890).
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