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Nexus-63-L’Aventure-Du-Reve-Lucide

Nexus-63-L’Aventure-Du-Reve-Lucide

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CONSCIENCE
NEXUS
 
63
64
 juillet-août 2009
L
expression
« rêve lucide »
fut intro-duite en 1867 par l’écrivain et sinologuefrançais Léon d’Hervey de Saint-Denys(1822-1892) dans l’ouvrage
Les rêves et lesmoyens de les diriger 
. Pour expliciter le pa-radoxe apparent de cette juxtapositionde mots
 priori
contradictoires, l’auteurs’emploie d’abord à décrire comment il estparvenu à développer la faculté de rêverde manière lucide ce qui, pour lui, est sy-nonyme d’être conscient de sa véritable si-tuation pendant le rêve ou d’être conscientde rêver. Dans la deuxième partie de sonlivre, il précise, au cours de l’analyse criti-que qu’il fait des travaux du médecin Mo-reau de la Sarthe (1771-1826), qu’un rêvene peut tre
« estimé lucide ou non-lucide selon qu’au réveil on parviendrait ou non à se le bien remémorer »
. Il ne s’agit là que desouvenirs oniriques.Plus tard, de façon assez identique, l’écrivain et psychiatrenéerlandais Frederik van Eeden (1860-1932), souvent fausse-ment cité comme étant l’inventeur du terme
« rêve lucide »
publia en 1913 un ouvrage sur le rêve, un roman intitulé
TheBride of Dreams
. Il y consignait des expériences de rêve du-rant lesquelles il était conscient de son état qu’il quali
a de
« lucide »
. Plus tard encore, en 1968, Celia Green, philosopheet psychologue anglaise, propose dans un livre relatant desexpériences de rêve lucide,
Lucid Dreams
, une dé
nition si-milaire du rêve lucide :
Un rêve lucide est un rêve dans lequelle sujet est conscient de rêver »
. Elle accorda surtout une cré-dibilité scienti
que au rêve lucide, ouvrant ainsi la porte àdes recherches plus approfondies dans le domaine.
Lucidité et facultés connexes
D’autres chercheurs, entre autres le psychologue alle-mand P. Tholey, dé
nissent le rêve lucide par davantagede critères que ne le fait Celia Green
(encadré page 65)
.L’expérience montre toutefois que plusieurs des critèresexigés par Tholey ne sont que des possibilités qui dé-coulent du fait d’être conscient que l’on rêve sans quecela se produise obligatoirement. Par exemple, lefait d’être conscient de notre état de rêveurn’entraîne pas dans tous les cas le souvenirdu songe au réveil. Il arrive qu’un sujet se re-mémore fortuitement un rêve lucide plus tarddans la journée voire le surlendemain. En ce quiconcerne le contrôle du rêve, de nombreux su- jets assurent que, bien qu’étant conscients deleur situation de rêveur, ils n’ont pas toujoursla faculté de diriger leur rêve, alors qu’à l’in-erse des personnes relatent des rêves qu’el-les ont pu contrôler sans toutefois avoir étéconscientes qu’elles dormaient. Nous verronsd’ailleurs que le contrôle du rêve est plus lefruit d’un apprentissage qu’un élément lié àla lucidité.
L’aventure
Technique yogiquedans la traditionbouddhiste indo-tibétaine, la maîtrisedu rêve lucideconsiste à devenirconscient que l’onrêve. En France, ladécouverte de cetteaculté psychiqueremonte au XIX
e
 siècle. Longtempscontestée par lesscientifiques, ellea été prouvée enlaboratoire.
  ©   G .  M  u  g  u  e  t
 
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du rêve lucide
Le point de vue bouddhiste
Dans la tradition bouddhiste, faire un rêve lucide est sim-plement dé
ni comme le fait de reconnaître que l’on rêve.Le sujet doit, grâce à sa lucidité, accroître son habilité àmaîtriser son esprit – mémoire, ré
exion et ainsi de suite –et guider ses rêves
(voir article suivant)
.Ajoutons qu’il est important dans la
nition durêve lucide dene pas considérercomme équivalentsles termes
« lucide »
et
« conscient »
, ou bien il fau-drait préciser
« conscient de rê-ver »
. En e
ff 
et, il serait excessif de dire que le rêveur non lucideest inconscient, comme il est ex-pliqué dans les textes philosophi-ques bouddhistes. Pendant le som-meil, la conscience est intérioriséeet demeure en quelque sorte passivelorsqu’il n’y a pas de lucidité. Le phé-nomène peut être comparable à nosétats de rêveries pendant le jour, quandnous suivons quelques pensées demanière machinale sans vraimentnous rendre compte de ce que nous faisons sur le moment.Qui de nous n’a jamais été distrait au point d’accomplir uneactivité sans en prendre pleinement conscience, tel que defaire un trajet et d’arriver à destination sans avoir remar-qué quoi que ce soit
?
Le rêve chamanique est-il lucide ?
Dans son essai d’anthropologie expérimentale,
Les États nonordinaires de conscience
, le chercheur français Michel Nachezévoque un certain nombre d’ethnies qu’il dénomme des«
dream cultures »
, et qui utiliseraient selon lui depuislongtemps le rêve lucide, la plus célèbre étant celledes Sénoï, un peuple de Malaisie.Cependant, face au manque de précisions dans lesdiverses études sur ce sujet, on est en droit de sedemander si les Sénoï pratiquent vraiment le rêvelucide tel que nous l’entendons, tout comme on peutse poser cette question pour les autres traditions an-cestrales et les divers arts de rêver chamaniques. Dansces traditions ou arts, parmi lesquels peut être inclus l’artde rêver décrit par Carlos Castaneda, l’ob- jectif n’est pas tant de devenir lucide et dele rester que d’obtenir par le biais du rêve,ou parfois un état de transe appelé rêve,des initiations, des instructions, un renfor-cement psychique ou de parvenir à entreren contact avec des entités variées, et ainside suite. Il serait donc sans doute plus ap-proprié de parler, dans ces cas, d’inductionde rêves spéci
ques par suggestion ou hyp-nose et d’incubation que d’entraînement àla lucidité. Remarquons toutefois que cela n’exclut pas l’ap-parition spontanée de rêves lucides dans un contexte aussifavorable, même si d’après la connaissance que l’on en aactuellement la lucidité du rêveur n’est pas explicitementrecherchée dans ces systèmes.
Une définition du rêve lucide
P
ul Tholey, entre autres, défi nit le rêve lucide par une sériede critères précis. Pour lui, le rêve lucide est caractérisé parsept aspects dont les quatre premiers sont essentiels :. le sujet est conscient qu’il rêve ;2. il dispose de son libre arbitre ;3. sa faculté de raisonnement est normale ;4. ses cinq perceptions sensorielles sont comparablesà la normale ;5. il a le souvenir de l’état de veille ;6. il se souvient clairement de son rêve au réveil ;7. il peut interpréter le rêve au moment même ou il rêve.
    W    i    k    i   p   e    d    i   a
Il a falluattendre1975 pour quesoit apportée lapreuve scientifi quede l’existence durêve lucide.
 
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Des recherches anthropologiques plus précises seraientnécessaires pour lever le voile et bien déterminer quelleest la part de lucidité dans l’art du rêve des
« dream cultu-res »
ou des chamans. A
n de dissiper une autre confu-sion courante, il faut évoquer aussi le rêve éveillé, quiest une méthode psychothérapique inventée parRobert Desoille (1890-1966). Celle-ci est di
ff 
érentede la pratique du rêve lucide, car elle se faitlorsque l’on est réveillé et consiste à uti-liser l’imaginaire comme mode d’accès àl’inconscient.
Preuve scientifique
La capacité d’être conscient que l’on rêve pen-dant le sommeil a été longtemps fortementcontestée par de nombreux scienti
quesou philosophes. C’est ce qui a fait écrireà d’Hervey de Saint-Denys en introduc-tion de son ouvrage :
« Je sais bien que detels préliminaires seront fort mal accueillis par certaines personnes qui assurent n’avoir  jamais qu’un sommeil mortiforme, et quivont jusqu’à repousser, comme une opiniondéraisonnable, la seule idée que leur esprit ait pu veiller ; mais ce n’est point pour ellesque je publie ce volume ; je les prie mêmeinstamment de ne pas l’ouvrir »
.Il a fallu attendre 1975 pour que lapreuve de l’existence du rêve lucidesoit produite par Keith Hearn de l’Uni-versité de Hull, en Grande-Bretagneavec le concours de son sujet, l’oniro-naute Alan Worsley. Pourtant, les ré-sultats de l’expérience ne furent pasdi
ff 
usés largement, et ce n’est que plu-sieurs années plus tard, aux États-Unis,que le psycho-physiologiste américainStephen LaBerge publia dans la pressescienti
que la description de ses expé-riences prouvant qu’un sujet peut êtreconscient qu’il est en train de rêver.Sa démarche a été reprise et con
rméepar la suite par plusieurs autres labo-ratoires dans le monde. La méthodeest simple, elle a été mise au point in-dépendamment par les chercheurs enAngleterre et aux États-Unis, et reposesur des travaux antérieurs menés parles précurseurs de la recherche sur lesommeil tel que William Dement, quiavaient démontré que les directionsdes mouvements oculaires enregis-trés durant le sommeil paradoxal pou-vaient coïncider avec les orientationsdu regard en rêve rapportées par lessujets. Sur la base de cette observation,l’enregistrement polygraphique (variables physiologi-ques) des données physiques et électriques du dormeurest surveillé par un collaborateur ; lorsque le sujet prendconscience dans son sommeil qu’il rêve, il bouge les yeuxselon un code convenu à l’avance, et ces mouvementsvolontaires bien spéci
ques apparaissent sur lesparamètres enregistrés.
Un apprentissage progressif
La possibilité de communication entreun onironaute habile et un chercheur aouvert le champ à de nombreuses pos-sibilités d’investigation. L’intérêt pour lerêve lucide s’est aussi développé et des mé-thodes d’induction du rêve lucide ont été misesau point. En e
ff 
et, bien que le rêve lucide puisse seproduire de manière spontanée chez denombreuses personnes, en particulierpendant l’enfance, c’est un phénomè-ne qui reste occasionnel et aléatoire.D’Hervey de Saint-Denys avait néan-moins déjà démontré qu’un entraîne-ment approprié peut nous permettrede rêver lucidement chaque nuit, outout au moins de manière fréquente.Dans son ouvrage, l’auteur associesouvent les termes de lucidité et vo-lonté, ce qui pousse à se demanders’il ne confond pas les deux. Toute-fois, le passage suivant montre clai-rement qu’il n’en est rien :
« Je voyaisen même temps se développer chez moi, sous l’in
 fl
uence de l’habitude, une faculté à laquelle j’ai dû la plus grande partie desobservations consignées plus loin, celled’avoir souvent conscience en dormant de ma situation véritable, de conserver alors, en songe, le sentiment de mes pré-occupations de la veille, et de garder par  suite assez d’empire sur mes idées pour en précipiter au besoin le cours dans telleou telle direction qu’il me convenait deleur imprimer »
.Stephen LaBerge, éminent spécialis-te contemporain du rêve, écrit dansson livre,
S’éveiller en rêvant 
(2004) :
« Durant les rêves lucides nous pouvonsraisonner clairement, nous remémorer les conditions de notre vie dans l’état deveille, et agir volontairement à l’intérieur du rêve après ré 
 fl
exion ou en accord avec des plans établis avant l’endormissement – et tout cela en étant profondément en-dormi et en expérimentant intensément un monde onirique qui peut se manifes-ter comme étonnamment réel ».
Un exemlede rve uce
«
e chemin qui se dessinait devantmoi ainsi que tout le paysageaux alentours était couvert d’une épaissecouche de neige immaculée et scintillantede laquelle émergeaient d’immensesconifères. Il faisait frais, je marchaispaisiblement, puis il me vint à l’esprit queje ne connaissais pas cet endroit et je medemandais comment j’avais pu arriver ence lieu inconnu. À cela s’ajouta le fait queje me rappelai que nous étions en été etque, par conséquent, il ne pouvait neiger.Tout à coup, je compris que je rêvais etje fus sur le champ émerveillée et empliede joie. Je continuais avec curiosité mapromenade dans la neige qui crissait sousmes pas. En sortant de la forêt, j’aperçusune maison à la toiture en terrasse àlaquelle on pouvait accéder par un escalierde pierre, je me dis alors que si je montaissur ce toit, je pourrais voir le paysage auloin. Lorsque je gravis l’escalier abrupt,je sentis sous mes doigts la rugosité despierres du mur sur lequel je prenais appui.Une fois arrivée sur le toit, je me demandaice qui se passerait si je sautais dans levide, ce que je fis un peu craintive. Je netombai pas ; au lieu de cela, je me mis àflotter doucement dans l’air et je restai ainsiquelques instants avant de me réveiller. »

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