722RELATIONS INDUSTRIELLES/INDUSTRIAL RELATIONS, 2001, VOL. 56, N
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Pour affiner cette hypothèse, il est utile de revenir à la notion de régu-lation conjointe et à la définition du terme «d’emploi», avant de proposerdeux sous-hypothèses qui guideront la lecture des données nationalesensuite.Tout d’abord, la notion de régulation, comme le remarque Supiot(2001), véhicule certaines confusions. Nous ne l’utiliserons pas ici dans laperspective des théories économiques de la régulation, où elle se réfère àdes équilibres macro-économiques et institutionnels (voir par exempleBoyer 1986 et Boyer et Durand 1993). La notion ne peut non plus êtrestrictement limitée aux règles de droit, dès lors qu’elle comprend des normescontractuelles établies entre des parties signataires d’une convention et,notamment, les conventions collectives. Pour Reynaud et Reynaud, «larégulation conjointe crée un ensemble de règles qui sont acceptables parles deux parties [...]. Elle est le produit d’une négociation explicite ou im-plicite et s’inscrit dans un accord [quelle qu’en soit la forme juridique]»(Reynaud et Reynaud 1999: 245).Reynaud aborde la régulation conjointe à l’échelon de l’atelier ou del’entreprise, et dans un article de 2001 sur le management par les compé-tences, il précise que la régulation doit être étudiée dans les échangesconcrets qui la constituent: «Une régulation est quelque chose qui est ac-cepté par les parties intéressées, pour régler, fixer leurs relations et leursdroits mutuels. [...] La régulation, ici, n’est pas prise au sens de RobertBoyer, au sens d’un équilibre macro-économique et macro-institutionnel,mais au sens d’une création micro-économique et microsociale de règlesdans une interaction» (Reynaud 2001: 18).Reynaud défend également l’idée selon laquelle: «L’échange socialest un échange réglé et la création et la transformation de ces règles estprobablement l’activité sociale la plus importante» (Reynaud 2001: 18).Si la régulation est donc observable dans les ateliers, elle s’effectue égale-ment dans les échanges à un échelon plus large.En outre, tel que défini par Reynaud, le concept de régulation permetde prendre en considération non seulement les normes fixées à l’issue dela négociation, mais également les processus par lesquels ces règles secréent, se transforment ou sont supprimées (Reynaud 1989).Cette notion rejoint ainsi celle que développent Murray, Lévesque etVallée (2000) qui considèrent que la régulation du travail comprendsimultanément le processus d’élaboration des normes et ses résultats et que,en tant que telle, la régulation constitue un processus par nature dynamique,multiforme et contingent.Dans cette perspective, les règles ne sont pas données par le «système»et figées, elles sont au contraire le produit négocié et toujours re-négociable
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