3dont Richard Hannay et Bulldog Drummond, les héros de Buchan et de McNeile, sont lesreprésentants les plus connus. Or, Fleming a pris soin de distinguer son personnage dugentleman amateur traditionnel, faisant de lui un héros de la
middle-class
. D’après les critèresde l’
upper class,
Bond manque trop cruellement de capital, tant économique que culturel, pour être un véritable gentleman. Madame Fleming résume parfaitement ce point de vuelorsqu’elle déclare en femme du monde : «
Je trouve James Bond plutôt ennuyeux. Je ne pense pas que j’aimerais l’avoir plus d’une fois à dîner. Pas de sens de l’humour. Pas deconversation.
»En effet, Bond n’a aucun goût, que ce soit en matière d’art, de musique, de théâtre oumême de cinéma. Il n’en a pas plus en matière de cuisine et se contente d’un demi-avocat,avec un peu de mayonnaise, pour le dessert! À sa décharge, rappelons que l’Angleterre sortd’une décennie de rationnement alimentaire qui ne prendra fin qu’en 1952. D’où la peur duhéros de manquer de pain, lorsqu’il confie par exemple que «
la difficulté n’est pas d’obtenir assez de caviar, mais assez de toasts. »
(
Casino Royale
p.67) Au risque de décevoir, le Bondlittéraire n’est pas l’homme raffiné que les films donnent à voir. Et c’est d’ailleurs avec uneironie condescendante que les premiers lecteurs cosmopolites de l’
upper class
ont jugé les premiers pas de Bond dans l’univers du luxe bon marché inauguré par la société deconsommation des années cinquante. Conscient de ses faiblesses comme du jugement de seslecteurs, le Bond de Fleming présente lui-même ses excuses tout en faisant son auto-critique :«
Il faut m’excuser, je prends un plaisir ridicule à ce que je mange et bois…cela fait en réalité tatillon et vieille fille
». (
idid
, p.68)Mais malgré ces premiers faux-pas, force est de constater que ce philistin jouit dès sesdébuts d’une aura de prestige, qui nécessite quelques explications. D’après un critiquefrançais, ce qui distingue Bond des autres espions, c’est qu’il est littéraire
iii
. Pourtant, laculture livresque de Bond se limite à des manuels de golf et un polar d’Eric Ambler. Pour
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