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Boutang Pierre - La République de Joinovici

Boutang Pierre - La République de Joinovici

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Published by Nunusse
Non, il n'y avait plus de quoi rire devant cette carence des fils de ceux qui s'étaient dressés jadis contre les Inventaires. Il fallait chercher les moyens de sortir de l'impasse de la honte et d'abord reconnaître que nous étions devenus un peuple battu, dépouillé, avili.
Nos anciens furent des hommes libres. Leur liberté jaillissait de leur histoire. Il y avait des paroisses, il y avait une justice. Je sais de quoi je parle. Je suis fils, moi aussi, d'un homme qui fut lecteur de La Libre Parole. Ce complot des soutanes au moment où le ministre de l'Intérieur avouait que Joinovici était l'Etat que la République avait contenu en elle pendant deux ans, comme le fruit contient la graine, cette coïncidence étrange renouvelait les leçons que mon père m'avait transmises... Cela ne signifie rien pour Joinovici, cela ne signifie rien pour Kosciski, cela ne signifie sans doute rien pour Moch, que d'être né ici et non ailleurs, d'avoir vécu, enfant, la vie d'un village français. Pourquoi le petit paysan, garçon d'un pays Le Forez, d'un village Balbigny, petit-fils de boulangers, arrière-petit-fils de meunier, devint-il ce qu'on appelle un camelot du roi, et fit-il de moi le camelot du roi que je serai jusqu'à l'épuisement de mon souffle ? C'est que la République de Dreyfus, la République issue de l'Affaire avait préludé à la République de Stavisky et à celle de Joinovici. Maintenant (ils en donnèrent l'an dernier une belle preuve) Les héritiers de la révolution et de la résistance politicienne se battent autour du J'Accuse de Zola : Aragon traite Daniel Mayer de vendu à Rothschild, Daniel Mayer voit en Aragon la servilité du moujik. Ils ne s'en trouvent pas moins d'accord pour faire de Dreyfus un centre de référence privilégiée, une évidence sacrée. L'appartenance au Rassemblement du Peuple Français n'a pas empêché Me Torres de menacer les juges de Joinovici d'une nouvelle affaire Dreyfus. On croirait à lire L'Aube de Schumann, Le Figaro de Brisson, France-Soir de Latzareff et même L'Aurore de Lazurick, que nous sommes tous, sur ce sol, fils et petits-fils de Dreyfusards. Ce n'est pas vrai. Quand Zola écrit j'Accuse, l'opinion publique, cette reine débile et fantasque du monde, croit en la culpabilité du juif. Cette croyance n'eût jamais été ébranlée, mais seulement affaiblie, puis oubliée, si justement le coupable présumé n'avait été juif. Quoi qu'il en fût de la réalité historique, dont les dreyfusards prouvèrent peu après qu'ils se moquaient complètement, il se constitua en France un parti de ceux qui n'admettaient pas l'hypothèse de la trahison d'un officier juif pour en venir ensuite, comme le montre Péguy, guéri de ses illusions, dans l'Argent, à penser que si Dreyfus a trahi il a bien fait.
Car tout est là : à ce terrible moment de l'histoire de France, par delà Dreyfus, s'est constitué le parti, la faction métaphysique de la trahison, le syndicat de ceux qui pensent qu'il est bon, qu'il est naturel, de trahir. Ce syndicat, je le sais, était en germe dans les principes de 1789, niais c'est seulement après Dreyfus qu'il a osé se définir, aller aux limites honteuses de soi-même.
Non, il n'y avait plus de quoi rire devant cette carence des fils de ceux qui s'étaient dressés jadis contre les Inventaires. Il fallait chercher les moyens de sortir de l'impasse de la honte et d'abord reconnaître que nous étions devenus un peuple battu, dépouillé, avili.
Nos anciens furent des hommes libres. Leur liberté jaillissait de leur histoire. Il y avait des paroisses, il y avait une justice. Je sais de quoi je parle. Je suis fils, moi aussi, d'un homme qui fut lecteur de La Libre Parole. Ce complot des soutanes au moment où le ministre de l'Intérieur avouait que Joinovici était l'Etat que la République avait contenu en elle pendant deux ans, comme le fruit contient la graine, cette coïncidence étrange renouvelait les leçons que mon père m'avait transmises... Cela ne signifie rien pour Joinovici, cela ne signifie rien pour Kosciski, cela ne signifie sans doute rien pour Moch, que d'être né ici et non ailleurs, d'avoir vécu, enfant, la vie d'un village français. Pourquoi le petit paysan, garçon d'un pays Le Forez, d'un village Balbigny, petit-fils de boulangers, arrière-petit-fils de meunier, devint-il ce qu'on appelle un camelot du roi, et fit-il de moi le camelot du roi que je serai jusqu'à l'épuisement de mon souffle ? C'est que la République de Dreyfus, la République issue de l'Affaire avait préludé à la République de Stavisky et à celle de Joinovici. Maintenant (ils en donnèrent l'an dernier une belle preuve) Les héritiers de la révolution et de la résistance politicienne se battent autour du J'Accuse de Zola : Aragon traite Daniel Mayer de vendu à Rothschild, Daniel Mayer voit en Aragon la servilité du moujik. Ils ne s'en trouvent pas moins d'accord pour faire de Dreyfus un centre de référence privilégiée, une évidence sacrée. L'appartenance au Rassemblement du Peuple Français n'a pas empêché Me Torres de menacer les juges de Joinovici d'une nouvelle affaire Dreyfus. On croirait à lire L'Aube de Schumann, Le Figaro de Brisson, France-Soir de Latzareff et même L'Aurore de Lazurick, que nous sommes tous, sur ce sol, fils et petits-fils de Dreyfusards. Ce n'est pas vrai. Quand Zola écrit j'Accuse, l'opinion publique, cette reine débile et fantasque du monde, croit en la culpabilité du juif. Cette croyance n'eût jamais été ébranlée, mais seulement affaiblie, puis oubliée, si justement le coupable présumé n'avait été juif. Quoi qu'il en fût de la réalité historique, dont les dreyfusards prouvèrent peu après qu'ils se moquaient complètement, il se constitua en France un parti de ceux qui n'admettaient pas l'hypothèse de la trahison d'un officier juif pour en venir ensuite, comme le montre Péguy, guéri de ses illusions, dans l'Argent, à penser que si Dreyfus a trahi il a bien fait.
Car tout est là : à ce terrible moment de l'histoire de France, par delà Dreyfus, s'est constitué le parti, la faction métaphysique de la trahison, le syndicat de ceux qui pensent qu'il est bon, qu'il est naturel, de trahir. Ce syndicat, je le sais, était en germe dans les principes de 1789, niais c'est seulement après Dreyfus qu'il a osé se définir, aller aux limites honteuses de soi-même.

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Published by: Nunusse on Jun 22, 2011
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03/02/2015

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LA RÉPUBLIQUEDE JOINOVICI

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