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Risto Lainovic - Pierre Loti Et Les Slaves Du Sud

Risto Lainovic - Pierre Loti Et Les Slaves Du Sud

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09/20/2013

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 Risto LAINOVI 
PIERRE LOTI ET LES SLAVES DU SUD
Pierre Loti n¶aurait pas été un turcophile conséquent s¶il avait aimé le Monténégro, paysréputé être le plus tenace ennemi européen de la Turquie. L¶histoire de cette petite principauté estmarquée par ses luttes contre l¶Empire ottoman.Slaves, des mêmes origine, langue et religion que le Serbes, les Monténégrins eurent leur État dès le XIe siècle sous le nom de Zéta, celui de Monténégro (Crna Gora) ne devant apparaîtreque trois cents ans plus tard. Ce pays changea fréquemment de frontières et fut parfois réduit àun espace fort limité, mais ± jusqu¶à la Grande Guerre, quand il sera occupé par les Autrichiens ± garda toujours une autonomie plus ou moins grande : une ile de liberté dans l¶énorme océanottoman. Soucieux de sauvegarder leur autonomie et leur indépendance, les Monténégrins, peuple habitué à une vie pénible sur un terrain aride et montagneux, n¶hésitaient pas à affronter,les armes à la main, non seulement les Turcs, mais aussi les Byzantins, Vénitiens, Italiens,Albanais, Autrichiens, Français (de Napoléon), Italiens, Allemands. Les siècles d¶une vie duredans un environnement hostile laissèrent nécessairement leur empreinte sur la physionomie dumontagnard monténégrin. Selon Loti, ce montagnard avait l¶air d¶un bandit ; il lui inspirait de laméfiance. Et quoique les allusions de l¶écrivain français concernant son inquiétude dans lesdéfilés des montagnes monténégrines fussent vraisemblablement faites par besoin de dramatiser le vécu artistique, rien d¶étonnant à ce que ce montagnard slave, costaud, moustachu et armé jusqu¶aux dents, inspirât la peur à celui qui ne le connaissait pas bien.Ce sont les événements tumultueux au Monténégro qui déterminèrent l¶arrivée de JulienViaud dans l¶Adriatique à bord de cuirassé français
 Friedland 
.Tout commença en 1875 avec l¶insurrection des Herzégoviens contre l¶occupant turc, diteÄFusil de Névessigné³ (Nevesinje), qui s¶élargit par la suite et eut un grand retentissement dansd¶autres territoires slaves occupés par la Turquie et l¶Autriche. Les insurgés étaient soutenus par le Monténégro et la Serbie (Äla Sparte et l¶Athènes des Slaves du Sud³), qui déclarèrent la guerreà la Turquie en 1876, guerre au début de laquelle le Monténégro triompha à la bataille de VujiDo. La Russie s¶étant, en 1877, jointe aux deux principautés, les alliés slaves remportèrentd¶importantes victoires sur l¶Empire ottoman, Ämalade du Bosphore³. Les espérances desHerzégoviens furent trahies puisqu¶ils échangèrent le joug d¶un maître (le Turc) contre le jougd¶un autre (l¶Autrichien), alors que la Serbie et le Monténégro élargirent considérablement leursÉtats, libérant quelques-uns de leurs territoires (les régions de l¶ancien empire du tsar serbeDouchan restant pour la plupart toujours occupées). Les troupes monténégrines libérèrent, entreautres, Antivari (Bar) et Dulcigno (Ulcinj). Avec ces villes, le Monténégro avait une porte sur la
 
mer. Mais, par une décision du Congrès de Berlin, 1878, certains territoires, parmi lesquelsUlcinj et ses environs, furent repris au Monténégro. La principauté ayant manifesté sonmécontentement face à la Turquie seulement disposée à lui céder les régions de moindreimportance auxquelles elle avait de toute façon droit, les grandes puissances, souhaitant que la paix soit maintenue dans les Balkans, révisèrent, la même année, à la Conférence deConstantinople, leur décision précédente et conseillèrent à la Turquie d¶évacuer Ulcinj, lui proposant comme compensation certains territoires de l¶intérieur du Monténégro. Désireuses devoir leur résolution respectée, les puissances européennes envoyèrent dans l¶Adriatique une flotteinternationale, comme menace tacite face à la Turquie. Mais cet État hésitait toujours à sesoumettre. Il ne dut céder que le jour où les puissances décidèrent d¶occuper Smyrne, son portsur la mer Égée.À l¶époque de son arrivée au Monténégro (automne 1880), Pierre Loti n¶était pas connudans le monde des lettres. D¶où l¶absence de traces de son séjour en pays slave. Il ne reste dansl¶esprit des habitants les plus âgés des bouches de Cattaro (Kotor) que le souvenir ± transmis par leurs pères ± d¶un jeune officier français faisant fréquemment des excursions en solitaire sur lesflancs abrupts des montagnes monténégrines. On le rencontrait aussi dans de pauvres aubergesde la côte s¶entretenant avec les habitants et les matelots.Pourtant, l¶enseigne de vaisseau s¶ennuyait dans ces parages pittoresques, au-dessusdesquels se dressaient de hautes montagnes dénudées qui éveillaient son désir de voir ce qu¶il yavait de l¶autre côté, d¶où venaient de taciturnes montagnards à l¶air apparemment farouche.Après avoir passé ces gigantesques murailles naturelles, aux yeux de Loti se sont offertes desvues étranges.On s¶est rappelé longtemps, dans les bouches de Kotor, avoir vu Loti en compagnie d¶une jeune bergère venue, supposait-on, des Konavli, région au sud-est de Dubrovnik, et non pas del¶Herzégovine, comme le prétendait l¶écrivain, , supposition corroborée par le fait qu¶elle portaitle béret rouge, détail caractéristique du costume féminin des Konavli et non pas celui del¶Herzégovine. Loti l¶a immortalisée sous le nom de Pasquala Ivanovitch, alors que, selon son propre témoignage postérieur, elle s¶appelait en réalité Mattéa Ianovitch. C¶est cette rencontrequi a marqué le séjour de Loti au pays des Slaves du Sud. Quoique cette aventure ne lui ait pasinspiré une grande passion ± le souvenir d¶Aziyadé étant toujours vivace dans son cur ± Pasquala l¶a aidé à surmonter quelques langueurs et à atténuer quelques dépressions psychiques.Les Monténégrins ont, pour leur part, contribué à marquer le séjour de Loti. En 1934, futapposée à Baochitchi (Baoii), cadre des rendez-vous entre l¶enseigne de vaisseau et la jeune bergère, une plaque en marbre portant l¶inscription suivante :
 E 
n souvenir de Pierre Loti écrivain français qui a séjourné au pays de Pasquala du IV au XXXI octobre MDCCCLXXX 
. (Signalonsaussitôt une erreur sur la plaque : Loti est resté dans les bouches de Kotor du 4 octobre au 20
 
novembre 1880.) Mais le plus touchant indice du souvenir de l¶écrivain est l¶habitude qu¶ontspontanément acquise les Bockésiens d¶appeler Baoii, belle localité des Bouches : ÄVillagePierre Loti³. Cette curieuse information a été récemment donnée par le prestigieux quotidien deBelgrade
 Politika
.Pierre Loti savait bien qu¶il se trouvait parmi les ennemis séculaires du pays dans lequelil avait connu Aziyadé. D¶où, parfois, certaines réserves dans ses élans d¶enthousiasme pour les beautés et les étrangetés naturelles de ces contrées, et l¶éclairage défavorable sous lequel il peintle Monténégro et les Monténégrins. Il prétend, par exemple, que ces montagnards apportent aumarché de Kotor des sabres Äqu¶ils ont volés on ne sait où³, sans se demander s¶ils ne les avaient point ravis aux Turcs lors d¶un de leurs conflits armés. Certes, le vol et autres crimes n¶étaient pas exclus, ici comme ailleurs (les princes de Monténégro, particulièrement epan le Petit etPierre Ier le Saint, avaient tâché de supprimer les crimes, surtout le fléau du Monténégro d¶antan:la vendetta), mais les commentateurs de l¶uvre de Pierre Loti ont été choqués par l¶absenced¶arguments dans ses dires et par une certaine légèreté humiliante avec laquelle il accusait leurscompatriotes, réputés être hautement moraux. Ces commentateurs se réclamaient quelquefois dedeux grands noms de la littérature monténégrine : le prince-évêque Pierre II Petrovitch Niégoche(Njego) et le duc Marko Milianov (Miljanov), qui ont célébré l¶humanité et l¶héroïsme, donnanttoujours la primauté à la première des deux valeurs.La légèreté de Loti apparaît, par exemple dans cette remarque, tant de fois critiquée
deVoyage au Monténégro
et qui se rapporte à Cetinje : ÄCela n¶a pas l¶air sérieux, cette capitale,c¶est comme un pays pour rire³. Mais, à la réflexion, ce n¶est pas trop offensant : en hommeromanesque qu¶il était, Loti avait besoin de se créer sa propre Lilliput, la peinture réelle ne lui paraissant pas toujours de prime importance. En énumérant les institutions Äen miniature³ quecette Äcapitale en miniature³ possédait, il mentionna une imprimerie, ne sachant peut-être pasque dans la forteresse d¶Obod, résidence princière et ancienne Äcapitale³ du Monténégro, àquelques kilomètres seulement de là, avait existé une imprimerie, transportée par la suite àCetinje. Là furent imprimés les premiers livres en alphabet cyrillique dans les Balkans, entreautres, le célèbre
Oktoïh
. C¶était à la fin du XVe siècle, donnée indicative peut-être pour lavaleur des institutions Äen miniature³«En fait, aucune des affirmations de Loti n¶était faite par malice ; sa noble figure n¶aurait pu être mal intentionnée ; tout au plus, il aurait pu être indifférent à l¶égard de ces gens qu¶il atrop peu fréquentés pour les affectionner. Preuve à l¶appui : Äses³ montagnards ± tout à l¶heuresauvages, sales, à l¶air de bandit ± deviennent à l¶improviste humbles lorsqu¶ils le saluent au passage en ôtant avec respect leur béret rouge. Ses remarques sont impressionnistes et doiventêtre acceptées comme remarques provenant d¶un artiste et non pas d¶un reporter ou d¶unchroniqueur. En tout cas, ce dernier épisode implique l¶idée qu¶il commençait à percevoir lavraie nature du montagnard slave, parfois brut et Äsauvage³, mais presque jamais perfide etsournois, vivant dans une trop grande intimité avec la nature pour pouvoir être différent. Et qui

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