Welcome to Scribd. Sign in or start your free trial to enjoy unlimited e-books, audiobooks & documents.Find out more
Download
Standard view
Full view
of .
Look up keyword
Like this
1Activity
0 of .
Results for:
No results containing your search query
P. 1
Risto Lainovic - Les Incertitudes Spirituelles de Loti

Risto Lainovic - Les Incertitudes Spirituelles de Loti

Ratings: (0)|Views: 8|Likes:
Published by littefr

More info:

Published by: littefr on Jul 15, 2011
Copyright:Attribution Non-commercial

Availability:

Read on Scribd mobile: iPhone, iPad and Android.
download as DOC, PDF, TXT or read online from Scribd
See more
See less

07/15/2011

pdf

text

original

 
 Risto LAINOVIĆ 
LES INCERTITUDES SPIRITUELLES DE LOTI
Il y a dans
 Jérusalem
une scène qui caractérise le sentiment essentiel qu’éprouve PierreLoti face au divin et à l’absolu: „Contre l’olivier, mon front lassé s’appuie et se frappe. J’attends je ne sais quoi d’indéfini que je n’espère pas, - et rien ne vient à moi, et je reste le cœur fermé,sans même un instant de détente un peu douce“
1
.Ces phrases sont motivées, chez l’écrivain, par la douleur de sa foi perdue, le vide quel’événement a laissé dans son cœur, la nostalgie de cette foi, le peu de crédit qu’il conférait à la possibilité de redevenir croyant et la lassitude de sa recherche du Christ.Il n’a effectivement cru que durant son enfance, au temps où l’absence de libre arbitre nelaissait naître en lui aucun doute, était d’innocence intellectuelle comparable à celle de ses amisles simples, qu’il enviait à cause de cela même. Son imagination se rassasiait des merveilles querelatait la
 Bible
, sa lecture préférée à l’époque. Il dira plus tard : „J’étais fasciné par toute cette poésie de rêve et de terreur“
2
, ce qui signifie que même alors sa croyance n’était pas la simpleimitation du comportement des adultes qui l’entouraient ; elle était, sinon conditionnée, du moinsintensifiée par son attirance pour le bizarre et par son goût de l’artistique. L’être passionné qu’ilfut, la religion l’eût peut-être porté à des actes romanesques et sublimes. Enfant, il désiraitdevenir pasteur 
3
; adulte, il déclarait qu’il chercherait joyeusement „la mort des missionnaires,aux avant-gardes du christianisme“, s’il avait la foi
4
.C’est à l’occasion de sa première communion à Paris qu’il conçut sa première incertitude.Plus tard, il la commentera ainsi : „Cette incertitude (…) est suffisante pour me tourmenter“
5
.Sesdoutes ne sont pas nés d’un désir vaniteux de connaître la justification d’un tel cérémonial, mais par besoin invincible d’avoir des preuves complémentaires et convaincantes sur la réalide lasurvie selon la conception chrétienne. Fatal besoin, c’est lui qui a stimulé son raisonnement,réveillé ses soupçons et l’a entraîné à l’athéisme.Son athéisme était, indubitablement, le sentiment le plus spontané de son être. Loti estdevenu athée sans le vouloir et a considéré cette prise de position intellectuelle comme un desévénements les plus tristes de sa vie. Dans cette lumière, le cynisme de
 Fleurs d’Ennui
et les blasphèmes d’
 Aziyadé 
ne sont pas uniquement, comme nous le verrons ulrieurement,
1
Pierre Loti,
 Jérusalem
, Calmann-Lévy, Paris, 1929, p. 202.
2
P. Loti,
Le Roman d’un Enfant 
, Hachette, Paris, 1946, p. 94.
3
Ibid., pp. 1117-118.
4
P. Loti,
Fleurs d’Ennui
, Calmann-Lévy, 1924, p. 125.
5
P. Loti,
Correspondance inédite
, Calmann-Lévy, 1929, p. 44.
 
l’expression, la boutade d’un esprit byronien, mais aussi l’exécration la plus sincère de sonmalheur d’avoir, d’une manière si funeste, ouvert les yeux face à la réalité de sa destinéehumaine et d’avoir été gagné, une fois pour toutes, par les idées matérialistes. Le terme de„boutade“ est impropre ; il implique l’idée d’une attitude plus ou moins enfantine à l’égard d’unereligion communément accepe et, par , à l’égard de la société elle-même. Le termed’„exécration“ que nous proposons suggère le refus de Loti de se contenter de son sort d’êtrelimité, ce qui est conforme, à la longue, à notre conception d’un individu égotiste et solitaire.Citons une déclaration de cette espèce et mentionnons quelques échos :„Il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas de morale“ (s’exclame Loti dans
 Aziyadé 
), „rienn’existe de tout ce qu’on nous a enseigné à respecter ; il y a une vie qui passe, à laquelle il estlogique de demander le plus de jouissance possible, en attendant l’épouvantable finale qui est lamort“.
6
A.Praviel se demande à propos de cette phrase : „Déclaration froidement rédigée ousimple fanfaronnade ?“
7
R. Doumic est plus explicite et moins virulent : „Y a-t-il dansl’expression de ces principes quelque outrance, un peu de forfanterie et de bravade ? Cela est possible. Il semble bien néanmoins que ce soit ici le fond même de la pensée de Loti (…). Il necroit à rien, en dehors des réalités présentes“.
8
 Alors que L. Belmont n’y voit „qu’une boutaderancuneuse d’éphèbe aigri par la vie, et en train de byroniser sur le néant de l’amitié et del’amour et de la vanité des dogmes“
9
, P. Souday prend la position d’un pasteur indulgent : „Maisqui ne serait ému par l’angoisse de ce cœur resté intensément religieux et chrétien après avoir  perdu la foi“.
N. Serban, lui, essaie de justifier les paroles du jeune écrivain en disant que soninsensibilin’est qu’apparente : „Son cynisme n’existe que dans son imagination (…). Néanmoins, le fatalisme des Turcs, la vie beaucoup moins agitée des populations de l’Islamfurent sûrement pour quelque chose dans le nihilisme romantique du jeune officier“.
V. Giraud,enfin, trouve que „les doctrines ambiantes ont soufflé sur ses convictions religieuses, et de cesdoctrines il n’a su retenir que le côté purement négatif“.
Tout cela est évidemment plus ou moins exact, mais il faut souligner l’aspect romantiquede cette déclaration. Loti était âgé de vingt-sept ans quand il l’a faite, et venait juste de subir unchoc émotionnel, caupar son chagrin d’amour éprouvé au Sénégal. Conséquence d’undésenchantement tragique, ces paroles sont un cri au secours du fond de son être désolé par la vieet privé d’un soutien spirituel. Athée sans impiété, en reniant Dieu il ne s’insurge pas contre lui ;il exprime plutôt le regret de ne pas le connaître. Ses paroles cachent une humilité profonde vis-
6
P. Loti,
 Aziyadé
, Calmann-Lévy, 1969, livre de poche, pp. 53-54.
7
Armand Praviel,
Du Romantisme à la Prière
, Perrin, Paris, 1927, p. 21.
8
René Doumic,
Ecrivains d’aujourd’hui
, Parrin, 1894, pp. 103-104.
9
Louis Belmont,
La Revue générale
, p. 904.
10
Paul Souday,
Les Livres du Temps
, II série, Emil-Paul, Paris, 1929, p. 71.
11
Nicolas Serban,
Pierre Loti, sa Vie et son Œuvre
, Les Presses françaises, Paris, 1924, p. 65.
12
Victor Giraud
, Les Maîtrises de l’Heure
, Hachette, 1911, p. 15.
 
à-vis de ce Dieu inconnaissable, lui-même considérant comme béatitude la croyance en lui. Sa position est loin d’être comparable à celle des révoltés sataniques mais nobles de Milton, deByron, de Lermontov ou de Hugo. C’est le mécontentement de son propre sort qu’il traduit àtravers les mots d’une insurrection apparente contre Dieu. Son comportement est juvénile etromantique, mais uniquement en tant qu’expression de son intransigeance avec la natureincomplète de sa destinée. Il ne s’occupe que de lui-même. Sa position envers la société offre desanalogies avec la position qu’il maintient envers Dieu. Il ne croit pas en celui-ci et ne se soucie pas du sort de celle-là. C’est pour cette raison qu’il est autant déplacé de parler de sa révoltecontre Dieu que contre la société. En bref, égotiste, mais désireux de l’amour et blessé par l’insensibilité d’une femme, il „jure“ tout en ayant envie de pleurer et d’appeler au secours. Lessentiments d’amour qu’il éprouvera pour la Circassienne Aziyadé aussitôt après en sont lameilleure preuve.Lorsqu’il note : „Tout est faux/ dans la religion/, mais l’autre l’est encore bien davantage,et notoirement plus absurde“
,ce n’est pas un nihilisme qu’il professe, mais, au contraire, leterme affirmatif d’une alternative à son athéisme. Comme s’il voulait dire : „Ne pouvant pas êtresûr de rien, j’ai raison de tout admettre et d’espérer la réalisation de mes rêves les plusfantastiques concernant l’au-delà“. Mais, comme nous le verrons plus tard, les désirs de Loti necoïncident pas avec sa capacid’admission effective de la foi chrétienne, comme d’ailleurs den’importe quelle autre foi. Son nihilisme apparent exprime la disproportion entre ce à quoi ilaspire et ce qui s’impose à son esprit de raisonneur involontaire. Autrement dit, il cherche la foiet finit par constater le bien-fondé de l’athéisme. La phrase citée traduit donc non pas satendance à nier le fondement des belles promesses sur une vie éternelle quelconque mais, aucontraire, son leurre volontaire concernant les possibilités multiples de la réalité d’une telle vie.De cette analyse il résulte, d’abord, que Loti n’est pas un nihiliste que d’une façon verbale, et,ensuite, qu’il n’est même pas un pessimiste aussi noir qu’on le croyait d’habitude ; l’existencedes illusions et des idéaux est incompatible avec un tel pessimisme. Par contre, Loti est, dans uncertain sens, optimiste, non pas, certes, parce qu’il croirait, à l’instar de Leibniz, que c’est „lemeilleur des mondes possibles“, mais parce qu’il aspire de tout son cœur à la réalisation de sesrêves. Ses lamentations mêmes ne sont pas conditionnées par sa conception de l’état actuel deschoses mais par le regret d’une béatitude fictive de l’âme humaine, autrement dit par la nostalgied’un paradis, terrestre ou céleste, qu’il recherchera toute sa vie à travers ses odyssées concrèteset spirituelles.C’est à cause de tout cela que le jugement de Marcel Coulon sur la phrase prétendumentnihiliste de Loti ne nous paraît pas conforme à la réalité : „Cette phrase injuste et absurde, tousses livres en sont d’éloquentes interprétations“
.Elle n’est ni absurde ni injuste. Par son intermédiaire, l’écrivain ne nie essentiellementrien parce qu’il n’admet rien. Par contre, il désire tout admettre quant au fondement de la foi, ou
13
P. Loti
, Le Château de la Belle-au-Bois-dormant 
, Bibl. contemporaine, Paris, 1909, p. 181.
14
Marcel Coulon,
Témoignages
, Mercure de France, Paris, 1911, p. 180.

You're Reading a Free Preview

Download
scribd
/*********** DO NOT ALTER ANYTHING BELOW THIS LINE ! ************/ var s_code=s.t();if(s_code)document.write(s_code)//-->