l'establissement, l'appuy et asseuré fondement de son peuple.» A quoyse rapporte aussi naïfvement, ainsi que toute verité s'accorde à touteverité, le dire de Platon, Que les Royaumes seront heureux quand lesPhilosophes regneront, ou que les Roys philosopheront, c'est à dire,quand ils feront profession d'aimer la sapience: propos veritablementmemorable, digne d'estre souvent recordé et profondement engravé éscoeurs des Monarques et Roys, d'autant qu'en ce poinct-làprincipalement, à le bien prendre, gist et consiste la grandeur augustede la Majesté Royale, et que c'est enquoy les Roys approchent pluspres, et ressemblent mieux à la divinité, de pouvoir beatifier et rendreheureux, non une ville seulement, ou un païs particulier, ains tout unmonde, par maniere de dire, selon l'estendue de leur Empire, n'ayantla hautesse de leur estat rien de meilleur que de vouloir, ny de plusgrand que de pouvoir bien faire à une multitude innumerable detoutes sortes d'hommes. Or y ayant en nostre ame deux principalespuissances necessairement concurrentes à toute louable et vertueuseaction, l'entendement et la volonté, l'un pour comprendre ce qu'il fautfaire, et l'autre pour l'executer, sapience est la perfection de toutes lesdeux, qui enlumine, sublime et affine le discours de la raison par lacognoissance des choses, pour sçavoir discerner le vray du faux, lebien du mal, et le droit du tort, afin de pouvoir bien juger: et quirectifie, reigle et conduit la volonté pour luy faire aymer, elire etpourchasser l'un, hair, fuir, et eviter l'autre. Ces deux perfectionscertainement sont graces singulieres de Dieu, et dons speciaux dusainct Esprit, mais plus necessaire celle de la volonté, qui n'est autrechose que la crainte de Dieu, et conscience craintive, et tremblante depeur de l'offenser, tant et si souvent recommandee par toute la saincteescriture, que en plusieurs passages elle est honnoree du tiltre et nomvenerable de Sapience, <p a2v>disant le bon Job, «Sapience est lacrainte du Seigneur Dieu: et l'intelligence, se garder de mal faire.» Maissi elle est requise à toutes sortes de gens qui desirent traverser latourmente de ceste vie sans mortel naufrage, beaucoup plus l'est- elleaux Princes souverains qu'à nuls autres, d'autant que les inferieurs etsubjects, si d'aventure ils choppent quelque fois, trouvent assez qui lesreleve: mais les Roys qui ne recognoissent aucun superieur en cemonde, qui se disent estre par dessus les loix, et avoir plein pouvoir,puissance absoluë, et authorité souveraine, s'ils ont enuie de
Add a Comment