Welcome to Scribd, the world's digital library. Read, publish, and share books and documents. See more
Download
Standard view
Full view
of .
Save to My Library
Look up keyword
Like this
1Activity
0 of .
Results for:
No results containing your search query
P. 1
Cochran, Terry - La violence de l’imaginaire. Gramsci et Sorel

Cochran, Terry - La violence de l’imaginaire. Gramsci et Sorel

Ratings: (0)|Views: 14 |Likes:
Published by Mohssine Benzakour

More info:

Published by: Mohssine Benzakour on Jul 26, 2011
Copyright:Attribution Non-commercial

Availability:

Read on Scribd mobile: iPhone, iPad and Android.
download as PDF, TXT or read online from Scribd
See more
See less

05/12/2014

pdf

text

original

 
La violence de l’imaginaire. Gramsci et Sorel
Terry Cochran, Université de Montréal
Politique, fiction, image et fondation
Dans un monde constamment traversé par une pléthore dereprésentations symboliques qui réveillent et provoquent des dé-sirs, des pensées et des actions aussi réels que virtuels, la tâche visant à démarquer la politique de la fiction est irréalisable. Ainsiles images symboliques ou emblématiques, souvent sous la formede personnifications, ont littéralement structuré la mentalité col-lective de la modernité, offrant un moyen idéal de fusionner laconception de la communauté et sa réalisation territoriale, cultu-relle ou religieuse. Les exemples de cette opération figurativesont nombreux et comprennent la figure du Christ, notammentdans
De imitatione Christi 
de Thomas Kempis dont s’inspire saintIgnace de Loyola en fondant la Société de Jésus; la représenta-tion littéraire de Vasco de Gama dans
Les Lusiades 
de Camões,image jetant les bases de la littérature portugaise et de la cons-cience étatique; la figure de Jeanne d’Arc devenue l’incarnationdu rassembleur par excellence de la France; ainsi que des imagesou des notions plus abstraites, comme celle de «progrès», quisous-tend la plupart des récits historiques occidentaux depuis le
 XVIII
e
. Dans ce sens, les images jouent un rôle fondamental de ca-talyseur dans la représentation du monde «réel», d’un mondemeilleur avec ses rêves de transformation; enfin, elles jouent unrôle dans la compréhension de l’histoire ainsi que dans les projetspotentiels visant à métamorphoser le domaine politique.Les images littéraires — ou, plutôt, textuelles — restent un véhicule essentiel pour la diffusion des figures de la pensée, maisl’économie instaurée par l’écriture prolifère dans d’autres médiaset l’écriture elle-même n’est plus liée exclusivement au livre, aupapier ou à une matière de reproduction palpable. En outre, lesimages excèdent très souvent le littéraire, l’écrit, et circulent sousune forme déjà visualisée qui n’exige plus de médiation linguisti-que. Néanmoins, malgré l’extension monstrueuse des images,inondant le globe selon une immédiateté multimédiatique, l’entre-lacement de «fiction» et de «politique» persiste, même si la puis-sance de ces amalgames éventuels a augmenté d’une manière
 
exponentielle. C’est dans ce contexte que la question du pouvoirfondateur de la fiction, du littéraire ou, plus précisément, de lareprésentation sous une forme quelconque, a la plus grande réso-nance. En fin de compte, la question de la fondation relève de laforce de l’image, de l’imaginaire, et de son incarnation représen-tée. Il en va de même pour la collectivité qui se reconnaît dansune image et trouve son fondement dans une représentation quila constitue comme protagoniste historique. La réflexion sur cetteproblématique se révèle extrêmement abstraite et difficile, commel’indique même le concept de «fondation», qui ressemble davan-tage à une image qu’à un concept. Pendant toute la modernité, lafiction fondatrice a été tout autant «politique» que l’action dite«exécutive». Au
 XX 
e
siècle, moment historique de grands mouve-ments de masse, de nombreux penseurs politiques et littérairesont réfléchi sur la nécessité d’identifier une image rassembleusesusceptible de cristalliser un mouvement politique, et de produireune prise de conscience collective. Dans ce contexte, les formula-tions d’Antonio Gramsci ont été décisives.
Gramsci et Machiavel
Les propositions de Gramsci ont profondément marqué lathéorie et la pratique sociopolitiques après la Deuxième GuerreMondiale. Malgré la distance qui sépare ses analyses du mondecontemporain, elles demeurent pertinentes quant aux aspectsprincipaux de toute image fondatrice et des présupposés qui l’ac-compagnent. En fait, Gramsci a spécifiquement théorisé la conso-lidation du parti politique comme un problème conceptuel. En vue de quoi et dans quelles conditions pourrait-on concevoir unensemble ou une collectivité politique? Autrement dit, comment
 penser 
le moteur du parti politique afin de canaliser ses forceshistoriques? Ses considérations sur cette question, qui visait lecontexte philosophique et politique à l’époque du fascisme, com-mencent avec une discussion des théories politiques de Machia- vel, qui a été le premier à saisir et à articuler les paramètres del’État moderne
1
.En discutant les analyses de Machiavel, Gramsci remarque:
Tangence 
56
1.Antonio Gramsci, «Petites notes sur la politique de Machiavel», Cahier 13,
Cahiers de prison 
, Paris, Gallimard, 1978. J’indiquerai les pages de ce texteentre parenthèses après les citations.
 
Entre l’utopie et le traité scolastique, formes sous lesquelles seprésentait la science politique jusqu’à Machiavel, celui-ci adonné à sa conception la forme imaginative et artistique, grâceà laquelle l’élément doctrinal et rationnel se trouve personnifiépar un
condottiere 
, qui représente de façon plastique et«anthropomorphique» le symbole de la volonté collective.(p.353)
Traçant la figure du prince comme représentation de l’action col-lective, Machiavel a introduit une autre façon de raisonner, qui si-gnale une nouvelle économie politique que l’histoire subséquentea nommée la «modernité». Avec pour résultat sans doute ungenre de pensée basée sur l’image, sur la mise en image d’uneforce politique et historique, qui fusionne l’action réelle avec sareprésentation idéale. Dans les commentaires de Gramsci, ce«genre» de pensée se différencie à la fois du discours du traité etde la projection utopique. En tant que discours établis qui ontfortement imprégné la tradition moderne, l’utopie et le traité im-pliquent des théories respectives de l’action et des conditions me-nant à sa réalisation. À sa façon, l’utopie laïcise le jugement der-nier de la divinité chrétienne et projette une image vers l’avenir;ce futur, plus ou moins éloigné, sert de référent idéal et permet laformation d’un groupe ou d’une communauté qui attend l’accom-plissement de cette projection. Au fond, l’utopie est une questionde foi, même si les membres qui partagent cet idéal s’engagentconsciemment à en diminuer l’attente. En revanche, le traité, an-cré dans les fictions de la connaissance objective, décrit les condi-tions, les facteurs et les principes qui influeraient sur une actionéventuelle ou qui ont contribué à une conclusion ou à une cer-taine série d’événements. Il sépare, d’une façon nette, l’objet, l’es-prit observateur et l’analyse raisonnée.Néanmoins, selon les interprétations de Gramsci, la figure duprince ou du
condottiere 
n’est pas irrationnelle; en tant que per-sonnification ou image «anthropomorphique», cette figure appar-tient au domaine de la fiction, de la représentation idéale. Leprince est simultanément l’expression et la représentation dumouvement collectif que la figure incarne. La personnification etla prosopopée sont des tropes très particuliers dans les études lit-téraires, justement parce qu’ils fournissent les moyens — sorte demécanisme rhétorique — de penser ce qui est impensable en soi.Une collectivité quelconque ne peut sans doute même pas deve-nir le «sujet» d’une phrase sans une opération rhétorique, sansTerry Cochran
57

You're Reading a Free Preview

Download
/*********** DO NOT ALTER ANYTHING BELOW THIS LINE ! ************/ var s_code=s.t();if(s_code)document.write(s_code)//-->