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DÉCEMBRE 2009
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ONDE
diplomatique
2
 Notre combat
 L’éditorial de Serge Halimi «Notrecombat», publié dans le numéro d’oc-tobre, a suscité un courrier abondant, signe de l’intérêt porté à la question par nos lecteurs. M.Morin nous écrit (courrier électronique):
Lecteur assidu de «votre» journal,d’abord ponctuellement(numéro par numéro) en tant qu’étudiant, puis abonné, jesouhaite en premier lieu vous remercier  pour les inormations précises que voustransmettez sur l’activité du
 Monde diplo-matique,
notamment sur la répartition enchifre d’afaires(CA) par origine: abon-nements, kiosques et publicité. La plupartdes médias réservent ce genre d’exercice àleurs... actionnaires.
(...)
Etant abonné et désirant le rester aussilongtemps que possible, j’accepteraisvolontiers une hausse du prix que j’ac-quitte, pour peu que cela puisse pallier les problèmes du
 Monde diplomatique
. Mais je pense que ce type de réponse risque d’être peu viable à terme si elle ne s’appuie passur une stratégie de développement etqu’elle risque aussi de laisser un certainnombre de lecteurs sur les quais de l’aug-mentation des taris.
(...)
Concernant Internet, j’ai apprécié votreassimilation des internautes du site du
 Monde diplomatique
à des
«passagersclandestins»
d’un média qui serait financé par d’autres(passagers «avec billet»). Le passager «déclaré» que je suis ne s’enofusque pas, tant que son journal arrivedans sa boîte aux lettres, mais il comprendqu’une proportion exagérée de passagersclandestins risque de aire couler la barque.
(...)
Concernant cette version en ligne, je pro- poserais qu’une partie reste accessible sansinscription ni paiement, afin de permettre àtous d’accéder à une inormation de qua-lité.
(...)
Ensuite, je proposerais que
tous
lesarticles en ligne soient aussitôt disponibles pour les abonnés «papier»: d’une part pour les inciter à aller voir ce qui figure sur le site(ce qu’ils ne ont pas orcément),d’autre part pour mesurer la valeur de leur solidarité quand ils acceptent que les pas-sagers clandestins(qui ont accès gratuite-ment à une partie du contenu) puissent aussise joindre à eux. Enfin, pour la partie la plus «délicate», je proposerais que ces passagers clandestins acceptent des’ins-crire(c’est-à-dire de se connecter, avecidentifiant et mot de passe), afin d’accéder aux contenus en ligne. Cela permettrait au
 Monde diplomatique
de recenser ses lec-teurs sur Internet, non pas pour les «ven-dre» aux annonceurs, mais pour leur  transmettre, régulièrement, des ofresd’abonnement.
(...)
Certaines expériences de partage de res-sources en ligne prouvent que ce type deonctionnement peut être viable. Ainsi, dessites Internet de musiques équitables enligne existent(www.airtrade-music.com).Le principe est simple: ceux qui téléchar-gent les morceaux contribuent, selon leursmoyens, en décidant du montant qu’ils ver-seront pour chaque morceau téléchargé.
(...) Le Monde diplomatique
verrait ainsi sesrevenus augmenter et se diversifier, tout engarantissant un accès équitable à la totalitéde l’inormation en ligne et en préser-vant(voire en valorisant) sa politiqued’abonnement «papier».
(...) M.Dijon, lui, nous adresse unreproche(courrier électronique):
Fidèle depuis plus de quinze ans à votre journal, que j’achète(et que j’achèteraiencore), je viens de lire avec attention votrearticle relati à la baisse de vos ventes enkiosques. Il me semble que vous avez oubliéquelque chose d’essentiel dans cette ana-lyse. Depuis le 11septembre 2001 le mondeà changé.
(...)
J’attends que vous soyez à la pointe de l’inormation dans ce dossier. Or vous avez reusé, pour je ne sais quellesraisons, l’évidence d’un complot.
(...)
Au plaisir de vous lire enfin sur cet événementmajeur qui va continuer à réduire nos liber-tés, dans un silence assourdissant – et avecvotre complicité.
 Pour sa part, M.Couret(courrierélectronique) nous écrit:
Je ais partie de vos soutiens sans lesavoir puisque je lis votre journal unique-ment en l’achetant dans les gares, lorsque jevoyage en train. Je vous ai entendu diredans l’émission «Là-bas si j’y suis» qu’onvous reprochait de aire des articles troplongs. C’est justement ce que j’appréciechez vous. Je préère également un style plus littéraire qui donne au moins l’impres-sion que le rédacteur a pris la peine destructurer ses idées avant de nous les livrer.Bien sûr l’efort de lecture est plus grand etil n’est pas question de lire le «Diplo» envingt minutes dans le métro. C’est pourquoila réquence mensuelle est susante dans la
 Edité par la
SA Le Monde diplomatique
Société anonyme avec directoireet conseil de surveillanceActionnaires : SA Le Monde,Association Gunter Holzmann,Association Les Amis du
 Monde diplomatique
Directoire
Serge HALIMI, président,directeur de la publication(secrétariat: 01-53-94-96-78),Alain GRESH, directeur adjoint(secrétariat: 01-53-94-96-01),Bruno LOMBARD, directeur de la gestion(secrétariat : 01-53-94-96-07)Responsable des éditions internationaleset du développement :Dominique VIDAL(01-53-94-96-21)Rédaction1, avenue Stephen-Pichon, 75013 ParisTél. : 01-53-94-96-01Télécopieur : 01-53-94-96-26Courriel : secretariat@monde-diplomatique.r Site Internet : www.monde-diplomatique.r Directeur de la rédaction :Serge HALIMI(9678)Rédacteur en che : Maurice LEMOINE(9612)Rédacteurs en che adjoints :Martine BULARD(9604),Philippe RIVIÈRE (Internet, 9618),Anne-Cécile ROBERT (9624)Rédaction : Laurent BONELLI (9609)Mona CHOLLET(Internet, 9679)Alain GRESH (9608),Evelyne PIEILLER(9628)Pierre RIMBERT (9671),Dominique VIDAL (9621)Cartographie: Philippe REKACEWICZ(9619)Site Internet: Guillaume BAROU(9620)Conception artistique : Alice BARZILAY (9602),Maria IERARDI (9610)Rédacteur documentaliste :Olivier PIRONET (9615)Mise en pages et photogravure :Jérôme GRILLIÈRE (9614), Didier ROY (9611)Correction : Pascal BEDOS (9627),Xavier MONTHÉARD (9603)Diusion numérique : Vincent CARON(9629)Contrôle de gestion : Zaïa SAHALI(9682)Secrétariat général (9601, 9607) :Anne CALLAIT-CHAVANEL(9678)Sophie DURAND (9607),Joseline FLEURY(9605),Monique SALOMÉ (9601)Fondateur : Hubert BEUVE-MÉRYAnciens directeurs : François HONTI(1954-1972), Claude JULIEN (1973-1990),Ignacio RAMONET (1990-2008)Publicité : Nedjma LIASSINE (01-57-28-38-67)et Amélie LEBOUCHER (01-57-28-39-34)Secrétariat : Dominique AYMARD(01-57-28-39-66)Télécopieur : 01-57-28-21-83Diusion, mercatique: Brigitte BILLIARD,Jérôme PONS, Pascale LATOUR,Marie-Dominique RENAUDRelations marchands de journaux(numéros verts):Diuseurs Paris: 0805 050 147Dépositaires banlieue/province: 0805 050 146Service relation abonnés
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Récemment publié sur le sitedu
M
ONDE DIPLOMATIQUE
 – Union européenne : un président pour quoi faire ?,par
Anne-Cécile Robert
 – Vers une assurance médicale pour chaque Amé-ricain ?, par
Serge Halimi
 – «Angolagate», ce qu’on ne dit pasassez, par
Augusta Conchiglia
 – Guerre idéologique au Venezuela, par
 Jean Ortiz
B
LOGS
 – Guinée-Equatoriale: l’étrange impunité d’un fils de président, par
 Jean-Christophe Servant
Echos d’Afrique») – Barack Obama en Chine: des droits humains (un peu)à l’économie (beaucoup), par
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Planète Asie ») – Néoconservateurs, de Washington à Paris,par
Laurent Ballouhey
(« Planète Asie ») – Le chaudron de M.Netanyahou, par
Alain Gresh
(« Nouvelles d’Orient ») – «Air Sarko One», par
Philippe Leymarie
(« Défense en ligne »)
Colloques et rencontres
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AVALISEDIPLOMATIQUE
3décembre, à 17h30, à l’université de Lau-sanne(salle 263 du bâtiment Internet).
(Contact: grc@unil.ch)
AMÉRIQUE LATINE. – Le 9décembre, à18h30, à la Maison de l’Amérique latine(217,boulevard Saint-Germain, Paris 7
e
), IgnacioRamonet, Hernando Calvo Ospina et MauriceLemoine interviendront sur le thème «L’Amé-rique latine et les Caraïbes ace aux bases mili-taires américaines en Colombie»; avec Mémoiredes luttes.
(Tél.: 01-49-54-75-00.)
MÉDIAS. – Le 10décembre, à 19heures, dans lecadre des «Jeudis d’Acrimed», conérence-débatavec Mona Chollet, Sébastien Fontenelle etMathias Reymond autour du thème: «Les édito-crates ou comment parler de tout en disant n’im- porte quoi»; à la Bourse du travail, 3, rue duChâteau-d’Eau, Paris 10
e
.
(Renseignements: 06-21-21-36-13.)
Avec
 Le Monde diplomatique
PROCHE-ORIENT. – Les Trois Luxembourg orga-nisent pour la quatrième année le estival «Proche-Orient: que peut le cinéma?» et proposent des projections de longs et courts-métrages suivies dedébats avec Leila Shahid, Michel Warschawski,Christian Chesnot, Jean-PaulChagnollaud, AhmadSalamatian, Dominique Vidal,etc. Au centre desdiscussions: la question israélo-palestinienne. Tousles soirs du 2 au 13décembre, 67, rue Monsieur-le-Prince, Paris 6
e
.
(Renseignements: 01-46-33-97-77.)
L’association Palestine 45 organise, le16décembre à 20h30, salle Eifel, rue de la Tour-neuve à Orléans, une conérence-débat avec Domi-nique Vidal sur la mainmise israélienne à Jérusa-lem-Est.
(Contact: palestine.45@wanadoo.fr)
ÉTATS-UNIS. – A l’initiative du groupe Regardscritiques, conérence avec Serge Halimi:«Obama, un an plus tard». A Lausanne, le
mesure où la lecture du journal demande bien une dizaine d’heures. Continuez doncà aire des articles longs et exhaustis.
 M 
lle
Cardot(courrier électronique)met l’accent sur la gratuité du site:
Merci de conserver un large contenu gra-tuitement accessible sur Internet. Je n’ap- précierais pas de devoir payer pour vouslire, et les sites de presse qui pratiquent cesméthodes n’ont pas ma réquentation. Enrevanche, pouvant librement lire ce quim’intéresse, et tant que ça m’intéresse, jeserais prête à consentir un don régulier.Pour cela il audrait un mécanisme en ligne,type Paypal ou autre.
 M. Lambrechts (courrier électro-nique) nous demande :
Pourquoi ne pas prévoir une possibilité de paiement par carte de crédit ? Conscients del’importance de maintenir une presse d’ana-lyse indépendante des grands groupes, lesabonnés n’habitant pas en France aimeraient pouvoir répondre à l’appel lancé dans lenuméro d’octobre.Pour le moment, seul le règlement par chèque pour des lecteurs domiciliés en Franceest autorisé. Bizarre pour un journal comptantautant d’éditions internationales et plus delecteurs dans le monde qu’en France...
Je fais un don deau prot exclusif de
Et je libelle mon chèque à l’ordre de :Presse et pluralisme/ Opération
Le Monde diplomatique
Je précise mes coordonnées
(afin que Presse et pluralisme puisse émettre le reçu fiscal qui me permettra de bénéficier de laréduction d’impôt sur le revenu 2009, acquitté en 2010)
Nom PrénomAdresseCode postal VilleCourrielTéléphone
Coupon à compléter et à retourner, accompagnéde votre chèque, exclusivement à : Presse et pluralisme, TSA 32649,91764 Palaiseau Cedex
M
ONDE
diplomatiquediplomatique
Depuis notre appel du mois d’octobre (« Notre combat »), cinq centseize lecteurs ont déjà versé des dons défiscalisés au
Monde diplo-matique,
pour un montant de 52914 euros.
Beaucoup d’autres se sont abonnés au journal ou ont offert des abonnements à leursparents et amis. A l’heure où des difficultés économiques affectent une grande partie de lapresse écrite, vous pouvez à votre tour participer à ce mouvement de soutien. Vous confor-terez ainsi l’indépendance du
Monde diplomatique
et vous garantirez son développement.Une association, Presse et pluralisme, a été créée pour permettre aux lecteurs de devenirdes partenaires de leurs titres préférés. Ils peuvent donc effectuer des dons au profit exclu-sif de leur journal et bénéficier d’une réduction d’impôt égale à 66% du montant versé, dansla limite de 20% du revenu imposable.Ainsi, lorsque vous faites un don de 100 euros, vous déduisez 66 euros de votre impôt : ilne vous en coûte donc que 34 euros.Si vous souhaitez faire bénéficier le journal d’un don, voici la marche à suivre :– libeller votre versement à Presse et pluralisme/Opération
Le Monde diplomatique
;– remplir le coupon ci-dessous (ou une photocopie);– l’envoyer à Presse et pluralisme, TSA 32649, 91764 Palaiseau Cedex;– ne pas écrire directement au
Monde diplomatique
, nous serions contraints de réex-pédier votre coupon à Presse et pluralisme, afin qu’il soit enregistré;– votre reçu fiscal vous sera envoyé au moment de la déclaration d’impôt sur les reve-nus de 2009.
 
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D
ANS
les milieux économiques, unerumeur revient cycliquement, dégui-sée le plus souvent sous les habitsd’une analyse roide et scientifiquementéprouvée: l’Arique ne servirait à rien; elleserait un ardeau pour le reste de la communauté humaine. C’est ce ponci quemet en pièces, argument par argument, cenuméro de
 Manière de voir
intitulé juste-ment «Indispensable Arique»(1).S’agissant de ce continent, deux écueilsguettent en permanence le lecteur occiden-tal: la déploration (le ameux «cœur desténèbres» conradien) ou le réenchantementà tous crins (le tout aussi ameux «sangneu»). A distance de ces extrêmes, lesauteurs de
 Manière de voir
montrent que lecontinent occupe une place essentielle dansle jeu mondial, tant du point de vue écono-mique que géopolitique.Jean-Christophe Servant pointe commentWashington a cyniquement enrôlé deshommes d’afaires américains d’origine ari-caine pour conquérir des marchés en Arique,sous couvert de panaricanisme et d’empa-thie raciale. Les
«amis chinois du Congo»
(Colette Braeckman) sont eux aussi dans lacourse aux richesses minières du continent,également convoitées par les Russes (JulienBrygo). Ce n’est pas par goût pour le saariet la musique dombolo que le président HuJintao multiplie depuis 2003 les visites sur lecontinent, aisant de son pays le troisième partenaire commercial de l’Arique. Lesmenées chinoises confinent à une
«nouvelle forme de néocolonialisme drapée des illusions d’un développement Sud-Sud».
L’assujettissement des emmes et deshommes du continent ne prend pas toujoursles voies anciennes de la ruée vers l’or ou le bois d’ébène. Il existe
«des armes tout aussiredoutables pour orienter le cours deschoses»
(Anne-Cécile Robert). Les institu-tions financières internationales et les bail-leurs de onds (la France, l’Union euro- péenne) utilisent tantôt le levier de l’argent(aide, reus d’annuler une dette aussiasphyxiante qu’inique), tantôt celui du droit(définition des normes juridiques au traversde traités et d’institutions comme l’Organi-sation mondiale du commerce, OMC) pour arriver à leurs fins. Parois, il n’est même pas nécessaire d’agiter le bâton tant les éliteslocales baignent dans l’idéologie néolibé-rale. C’est l’un des obstacles à l’armationdu continent, abordée dans la troisième par-tie de ce numéro.Les populations locales ne sont jamaisrestées inertes ace aux défis. En avance sur leurs élites, elles ne regardent plus Paris ouWashington avec les yeux de Chimène. Ellesrésistent, inventent des ruses et des remèdes,à l’instar des paysans burkinabés rejetantles organismes génétiquement modifiés(OGM) (Françoise Gérard). Ra Custersanalyse quant à lui la lutte pour la révisiondes contrats miniers outrageusement avan-tageux pour les multinationales.En phase avec ces initiatives populaires,on trouve une myriade d’économistes, de penseurs, de militants et d’artistes qui rejet-tent les discours paresseux et redessinentles contours de l’Arique de demain. Pro- posant d’utiles portraits de ces acteurs, sou-vent méconnus,
 Manière de voir
trancheavec la pensée unique plaquée sur l’Arique.Ici, les journalistes – dont les analyses sontillustrées par une cartographie ournie etdes chronologies – empruntent des cheminsde traverse où l’Aricain n’est pas quel’
«obscur objet du désir»
de l’Autre, maisle sujet plénier de son destin.
A
BDOURAHMAN
A. W
ABERI
,
écrivain et enseignant au Claremont McKennaCollege (Caliornie), auteur de
 Passage deslarmes
, Jean-Claude Lattès, Paris, 2009.(1)
 Manière de voir,
n
o
108, «IndispensableArique», décembre 2009-janvier 2010, 7euros, envente chez votre marchand de journaux.
COURRIER DES LECTEURSCOURRIER DES LECTEURS
U
NE NOUVELLE LIVRAISON DE
« M
ANIÈRE DE VOIR 
»
Un enjeu mondial
Un mécanisme de donsen ligne est en cours d’installationà l’adresse suivante:www.monde-diplomatique.fr/dons
 
L
E
M
ONDE
diplomatique
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DÉCEMBRE 2009
3
ÉPARERD
UNEMAINCEQU
ONDÉTRUITDEL
AUTRE
Les multiples visages d’Ernest Renan
Au XIX
e
siècle, l’aristocratisme élitaire d’Ernest Renan a joué unrôle essentiel dans la laïcisation de la culture française eteuropéenne. Plusieurs des œuvres de ce grand écrivain, moralisteironique et controversé, se lisent encore avec plaisir, et certaines,comme les textes que Shlomo Sand vient de rééditer sous le titre«De la nation et du “peuple juif” chez Renan», restentessentielles – sous réserve de les replacer dans le contexte deleur époque – pour le débat contemporain.
P
AR
H
ENRY
L
AURENS
*
E
RNEST
ENAN
a connu uneimmense gloire au XIX
e
siècle, principalement pour sa critique«historique» du christia-nisme ; mais ce sont des com- bats et des débats qui semblent oubliés,même si le transert de ses cendres auPanthéon a dû régulièrement être repousséen raison des protestations des milieuxcatholiques, où se lisent des condamna-tions définitives :
«L’entrée au Panthéonqu’on veut lui décerner, à titre de renégat et de blasphémateur, ne lui sera pas d’un grand secours devant le Dieu qu’il atrahi
(1)
.»
Quant aux libres-penseurs, ilss’en sont toujours un peu méfiés car, si sacritique de la religion a bien été radicale,il n’en a pas moins toujours insisté sur sonrôle social et sur les mérites de l’espritreligieux, dont il pensait être l’un desreprésentants. Il est alors aisé de croireque, pour citer George Sand,
«Renan s’acharne à réparer d’une main ce qu’il détruit de l’autre»
.Aujourd’hui, c’est avant tout de racismeet de colonialisme que Renan se trouveaccusé. C’est en accompagnant la genèseet l’interrogation de ce qu’il nommera la
«religionification»
qu’on peut compren-dre et mesurer les enjeux de sa définitionde la nation, de la race et du judaïsme(2). Né en 1823, dans un milieu modeste, lasolidarité de sa amille et son statut de boursier lui permettent de aire desétudes, qui le conduisent au grand sémi-naire de Saint-Sulpice. Destiné à la prê-trise, il connaît des tourments intérieursqui le mènent à se détacher progressive-ment du catholicisme. Il préère la vérité,telle que la science l’établit, à la religion,qui est d’abord le produit de l’afectivitéhumaine. Il quitte le séminaire pour l’Université, dans des conditions maté-rielles diciles.Sa rélexion le conduit à airmer quela question religieuse doit être abordée
* Proesseur au Collège de France, auteur, notam-ment, de
 LaQuestion de Palestine,
Fayard, Paris (troistomes, 1999, 2003, 2007).
non seulement par la philosophie, maisaussi par l’histoire, par l’étude de la
« religioniication »,
c’est-à-dire le pro-cessus de abrication de la religion,comme il l’écrit à son ami Marcellin Ber-thelot le 28 août1847(3). Il observeainsi chez les républicains de son tempsun processus de sacralisation de la Révo-lution rançaise : celui
«qui la blas- phème passe pour un insensé»
. Il en estde même pour le socialisme, mais il aune certaine sympathie à son égard, lorsde la révolution de 1848(4) :
«Organi- ser scientiiquement l’humanité, tel est donc le dernier mot de la sciencemoderne, telle est son audacieuse maislégitime prétention.»
Les soubresauts de la II
e
République leconduisent à se détacher de ce progres-sisme. Il craint bientôt une dictature clé-ricale soutenue par les masses ignorantes – c’est ainsi qu’il interprète l’avènementdu Second Empire –, et devient un libéralqui déend la thèse du rôle indispensabled’une étroite élite intellectuelle, seule atta-chée à la liberté de penser et persécutée par tous les anatismes religieux.Dès cette époque, son système intel-lectuel est pratiquement achevé. Il veutaire de la philologie une science des produits de l’esprit humain :
«La philo-logie est la science exacte des choses del’esprit. Elle est aux sciences de l’hu-manité ce que la physique et la chimie sont à la science philosophique descorps.»
Selon lui, toute langue est uneappréhension globale de l’univers. Dèslors, un système linguistique contientvirtuellement tous les développementsintellectuels des peuples qui l’ont adopté.C’est ainsi que, pour lui, les peuplesaryens ou indo-européens portent en euxl’esprit de la science et de la philoso- phie, et les peuples sémitiques l’idéed’un Dieu unique. La rencontre des deux par le biais du christianisme va permet-tre de onder l’universel.
PIERRE-HENRY. – «Le Déménageur d’idée» (1980)
nation comme le contraire de la race, à laois produit de l’histoire et acte volon-taire de tous les jours. Le processus decivilisation détruit inexorablement lesraces originelles, et les peuples ne sontque des ormations historiques sans aucunsoubassement physiologique.Le petit recueil de Shlomo Sand  s’intéresse à ce Renan-là, celui qui nous parle encore. La célèbre conérence du11mars1882 – « Qu’est-ce qu’unenation ? » – comprend un double rejet:celui de la conusion entre la race et lanation, et celui de la conusion entre les
«groupes ethnographiques ou plutôt lin- guistiques»
et les
«peuples réellement existants »
. Il reprend l’histoire des grandesormes de regroupement politique pour montrer que la nation moderne est un
«résultat historique amené par une sériede aits convergeant dans le même sens»
.Plus la usion des races s’opère, plus lanation est achevée. Il utilise presque lesmêmes mots que dans sa lettre à Gobi-neau, trente-cinq ans plus tôt :
«Le ait dela race, capital à l’origine, va donc tou- jours perdant de son importance
.
»
Il en ressort sa magnifique définition dela nation :
« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vraidire, n’en ont qu’une, constituent cetteâme, ce principe spirituel. L’une est dansle passé, l’autre dans le présent. L’uneest la possession en commun d’un richelegs de souvenirs ; l’autre est le consen-tement actuel, le désir de vivre ensemble,la volonté de continuer à aire valoir l’hé-ritage qu’on a reçu indivis.»
Du ait de son immense popularité, c’està Renan que l’on doit la difusion du terme«race sémitique», qui avant lui n’étaitconnu et utilisé que par une petite poignéede savants. Au moment où l’antisémitismes’étend, il était de son devoir de aire de saconérence du 27 janvier 1883 sur « Le judaïsme comme race et comme religion »un rappel à l’ordre. Il part de la distinctionentre religion universelle (hindouisme- bouddhisme, christianisme et islamisme), par définition ouverte à tous, et religionlocale, limitée à un groupe humain déter-miné. Or le ait majeur de l’histoire estque les religions universelles ont ait dis- paraître les religions locales. Il est hors dedoute que le judaïsme était à l’origine unereligion locale, peu diférente de celle des peuples voisins, mais dès le VIII
e
siècleavant notre ère les prophètes ont été les pre-miers à concevoir une autre orme de reli-gion, celle d’un Dieu créateur de l’univers,qui aime le bien et punit le mal :
«Quand on proclame une telle religion, on n’est  plus dans les limites d’une nationalité, onest en pleine conscience humaine, au sensle plus large.»
C’est en ce sens que les pro- phètes annoncent Jésus de Nazareth et lechristianisme. Le messianisme jui s’inté-resse au sort de l’ensemble de l’humanité.Dès lors, l’universalité du message du judaïsme ne peut plus en aire une reli-gion nationale. De ce ait, le prosélytisme jui a été très acti dans les derniers sièclesde l’Antiquité et, dès l’époque gréco-romaine, le judaïsme a cessé d’avoir une signification ethnographique. Si le judaïsme est une religion ermée, très réti-cente à la conversion, il a été pendant delongs siècles ouvert à tous. Ce qui unit lesJuis, c’est une éducation commune et l’op- pression sociale qu’ils subissent. Cela n’arien d’ethnographique, de racial. Pour Renan, le judaïsme de son temps ait par-tie des grandes orces libérales :
«L’œuvredu XIX 
e
 siècle est d’abattre tous les ghettos,et je ne ais pas mon compliment à ceux quiailleurs cherchent à les relever. La raceisraélite a rendu au monde les plus grands services. Assimilée aux diférentes nations,en harmonie avec les diverses unités natio-nales, elle continuera à aire dans l’avenirce qu’elle a ait dans le passé. Par sa col-laboration avec toutes les orces libéralesde l’Europe, elle contribuera éminemment au progrès social de l’humanité.»
Si certaines de ses airmationsabruptes peuvent scandaliser le lecteur d’aujourd’hui, il aut néanmoins distin-guer ce qui dans l’œuvre relève de l’esprit du temps, et ce qui est riche de virtualités. C’est ainsi que, lorsqu’ildécouvre que le peuple, sous laIII
e
République, est devenu anticlérical etle protège de toutes les menaces del’Eglise, il estime que, pour la premièreois, se dessine une convergence entrel’étroite élite de la liberté de penser et lesmasses populaires civilisées par l’ins-truction. Il devient républicain quand,après 1870-1871, il était plutôt réaction-naire ; son théâtre philosophique, com- posé au tournant des années 1880, secharge de représenter cette réalité nou-velle. Reprenant
 La Tempête
de Shakes- peare, il raconte le ralliement de Caliban(le peuple) à Prospero (la liberté de pen-ser)(8) :
«Les races inérieures, commele nègre émancipé, montrent d’abord unemonstrueuse ingratitude envers leurscivilisateurs. Quand elles réussissent à secouer leur joug, elles les traitent detyrans, d’exploiteurs, d’imposteurs. Lesconservateurs étroits rêvent de tentatives pour ressaisir le pouvoir qui leur aéchappé. Les hommes éclairés acceptent le nouveau régime, sans se réserver autrechose que le droit de quelques plaisan-teries sans conséquence.»
Caliban n’est pas seulement le peuple-prolétariat européen, il est aussi explicitement le colonisé, de même que Prospero estle colonisateur. Aimé Césaire a su s’enrendre compte et jouer dessus.Celui qui représentait, pour Edward Said, l’orientaliste par excellence étaitdéjà considéré par ses pairs au moment desa mort, en 1892, comme un homme du passé (à l’exception de ses travaux pure-ment philologiques), et son œuvre histo-rique est complètement périmée. Maisson évolution politique permet de com- prendre le ralliement du libéralisme phi-losophique à la République, élémentessentiel de la grande synthèse de laIII
e
République.
«Une nation est une âme, un principe spirituel»
I
LCONSACRERA
l’essentiel de son œuvreà la description des langues sémitiqueset de leurs déclinaisons intellectuelles, cequi débouchera sur une histoire généraledes origines du christianisme, puis sur l’histoire du peuple jui conduisant àl’émergence du christianisme. Quand, en1862, lors de sa leçon inaugurale au Col-lège de France, il traite Jésus d’hommeincomparable, il provoque un tel scandalequ’il est suspendu puis révoqué de son poste, ce qui n’empêchera pas sa
Vie de Jésus
, un an plus tard, de devenir un best-seller considérable.En revanche, on note peu à l’époque sacondamnation sans appel de l’islam :
« L’islam est la plus complète négationde l’Europe, l’islam est le anatisme,comme l’Espagne de Philippe II et l’Ita-lie de PieV l’ont à peine connu ; l’islamest le dédain de la science, la suppres- sion de la société civile ; c’est l’épou-vantable simplicité de la pensée sémi-tique, rétrécissant le cerveau humain, le ermant à toute idée délicate, à tout sen-timent in, à toute recherche rationnelle, pour le mettre en ace d’une éternelletautologie : Dieu est Dieu. »
L’ethnologie «philologique» qu’ildéend l’amène à onder un système centrésur l’opposition Aryens-Sémites. Pour lesautres groupes humains, il n’aura que descommentaires dépréciatis, ce qui tient à saquête exclusive des origines du mono-théisme. Ce qui est contraire à son sys-tème ne peut qu’être rejeté... Il ait alorscouramment usage de la notion de race,mais dans un sens proche de notre notionactuelle de culture. D’ailleurs, lui qui est proondément imprégné de culture alle-mande s’inquiète très tôt du risque de lavoir adopter un racialisme agressi. Il s’enexplique à Arthur de Gobineau, qui vient,en 1856, de publier le premier volume deson
 Essai sur l’inégalité des raceshumaines
:
«Le ait de la race est immenseà l’origine ; mais il va toujours perdant de son importance, et quelqueois, comme en France, il arrive à s’efacer complètement. Est-ce là absolument parlant une déca-dence ?
(...)
 La France, nation si complè-tement tombée en roture, joue en réalitédans le monde le rôle d’un gentilhomme. En mettant à part les races tout à ait  inérieures, dont l’immixtion aux grandesraces ne erait qu’empoisonner l’espècehumaine, je conçois pour l’avenir unehumanité homogène, où tous les grandsruisseaux originaires se ondront en un grand fleuve, et où tout souvenir des pro-venances diverses sera perdu
(5)
.»
La guerre de 1870-1871 lui cause unterrible choc moral. Il réagit en rejetantl’évolution démocratique de la société ran-çaise (comme le era Vichy en 1940), cequi ait de lui incontestablement l’une desgrandes réérences de la tradition conser-vatrice, voire réactionnaire, l’une dessources du maurrassisme(6), avec AugusteComte. Ses méditations annoncent un som- bre XX
e
siècle avec
«des guerres d’exter-mination
(...)
analogues à celles que lesdiverses espèces de rongeurs ou de car-nassiers se livrent pour la vie. Ce serait la fin de ce mélange écond, composé d’élé-ments nombreux et tous nécessaires, qui s’appelle l’humanité
(7)
»
.La question de l’Alsace-Lorraine accé-lère son évolution intellectuelle. Les Alsa-ciens sont de race germanique, mais ilsveulent être rançais. Il conçoit dès lors la
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(1) www.inobretagne.com/renan-ernest.htm(2) Dans
 De la nation et du «peuple jui» chez Renan
(Les liens qui libèrent, Paris, 2009), ouvragedont est tiré cet extrait, Shlomo Sand publie une pré-sentation de deux des grandes conérences de Renan,« Qu’est-ce qu’une nation ? » et « Le judaïsme commerace et comme religion », précédées d’une solideintroduction. Ces deux conérences rejoignent l’œuvrede Sand sur la nature de la nation et sur la notion de peuple jui, notamment son
Comment le peuple jui ut inventé
(Fayard, Paris, 2008).(3) Ernest Renan,
Correspondance générale,
tomeII, Honoré Champion, Paris, 1998, p. 437.(4) Les citations suivantes sont tirées de
 L’Avenir dela science,
rédigé en 1848-1849 mais publié en 1890.(5) Ernest Renan,
Correspondance,
tome I, Cal-mann-Lévy, Paris, 1926, p. 119 et suivantes.(6) Charles Maurras : idéologue rançais d’extrêmedroite, antisémite (1868-1952).(7) «Lettre à Strauss», dans
Qu’est-ce qu’unenation?
, Presses Pocket, Paris, 1992.(8)
Caliban,
dans
Œuvres complètes,
tomeIII, Calmann-Lévy, Paris, 1949, p. 413.
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