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Pierre Rosenstiehl - Les Mots Du Labyrinthe 1983

Pierre Rosenstiehl - Les Mots Du Labyrinthe 1983

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Il est vrai que le voyageur effrayé et ignorant, enfilant les couloirs au hasard, peut finir ses jours à tourner en rond totalement frustré, laissant inexplorés des pans entiers du labyrinthe. Au contraire le voyageur averti de la règle d'or, pour autant qu'il recoure à un peu de méthode, parvient à prendre chacun des couloirs du labyrinthe deux fois exactement, à raison d'une fois dans chaque sens : il accomplit ce qu'on appelle ici une battue du labyrinthe. La méthode, on le verra, n'est pas unique. Le rôle de la théorie est de concevoir toutes les méthodes, toutes les règles possibles de battue. Cela pour un voyageur sans carte, bien entendu.
Il est vrai que le voyageur effrayé et ignorant, enfilant les couloirs au hasard, peut finir ses jours à tourner en rond totalement frustré, laissant inexplorés des pans entiers du labyrinthe. Au contraire le voyageur averti de la règle d'or, pour autant qu'il recoure à un peu de méthode, parvient à prendre chacun des couloirs du labyrinthe deux fois exactement, à raison d'une fois dans chaque sens : il accomplit ce qu'on appelle ici une battue du labyrinthe. La méthode, on le verra, n'est pas unique. Le rôle de la théorie est de concevoir toutes les méthodes, toutes les règles possibles de battue. Cela pour un voyageur sans carte, bien entendu.

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Les mots du Labyrinthe par Pierre Rosenstiehl
(Revue CoEvoluion. N
o
11. Hiver 1983)
La règle d'or
Annonce aux voyageurs égarés : aucun labyrinthe fini n'est un piège ! Et contre toutes lescroyances
1
, sachez que pour en sortir,
la règle d'or est de ne jamais parcourir deux fois unmême couloir dans le même sens
.Nous voici partiellement rassurés : la règle salutaire prescrit au voyageur de ne jamais tourner enrond : mais le conduit-elle au point désiré ?Il est vrai que le voyageur effrayé et ignorant, enfilant les couloirs au hasard, peut finir ses joursà tourner en rond totalement frustré, laissant inexplorés des pans entiers du labyrinthe. Aucontraire le voyageur averti de la règle d'or, pour autant qu'il recoure à un peu de méthode,parvient à prendre chacun des couloirs du labyrinthe deux fois exactement, à raison d'une foisdans chaque sens : il accomplit ce qu'on appelle ici une battue du labyrinthe. La méthode, on leverra, n'est pas unique. Le rôle de la théorie est de concevoir toutes les méthodes, toutes lesrègles possibles de battue. Cela pour un voyageur sans carte, bien entendu.
La séduction du champ de recherche
Mais battre aveuglément le labyrinthe, n'est-ce pas dédaigner le Minotaure, la Pièce Centrale, leTrésor, l'Etre Aimé, en un mot le lieu sacré de la carte, l'objectif légendaire de la quête à traversle labyrinthe ? Ce lieu dissimulé au voyageur est conçu ici comme un carrefour ordinaire. Il setrouve inévitablement sur la battue, puisque celle-ci est un cheminement exhaustif. Maispersonne ne peut dire où, tout en bout peut-être. Pour établir une stratégie de la marche duvoyageur, je peux supprimer la Pièce Centrale de la géométrie labyrinthique.J'entends déjà la réprobation des architectes, des mystiques aussi : "Le labyrinthe est fait pourl'homme, son plan parfait est plein d'intentions ; son Centre est un lieu exceptionnel, et sublime ;les détours conduisent au Centre, mais je mourrai ayant de l'avoir atteint, pourquoi l'ignorer dansla marche en avant ? Telle ruelle ne peut pas rapprocher du Centre, etc." Stop, ne les écoutonspas, car à bien y réfléchir, c'est le voyageur et sa myopie qui font le labyrinthe, et non pasl'architecte et ses perspectives. La preuve en est qu'il a fallu que Dédale, le grand bâtisseur deCnossos, soit lui-même jeté par le roi Minos furibond dans le fameux palais-prison duMinotaure, sans plan, pour qu'il vive vraiment son chef-
d’œuvre comme un labyrinthe
2
.
1
 
« Un roi des îles de Babylonie ordonna à ses architectes et à ses mages de construire unlabyrinthe si complexe et si subtil que les hommes les plus sages ne s'aventureraient pas à l'entreret que ceux qui l'entreraient s'y perdraient ». In : J.-L. Borges, « Les deux Rois et les deuxLabyrinthes », l'Aleph, Paris : Gallimard. 1967.
 
2
 
On sait comment il en échappa : « L'envol constitue une seconde clé du Labyrinthe, unredoublement aussi de l
’expérience du fil
», in : Frontisi-Ducroux - Dédale, Mythologie del'artisan en Grèce ancienne, Paris : Maspéro, 1975. Suggérons à notre académie d'architecture derendre un jour hommage au plus virtuose des bâtisseurs.
 
 
J'abandonne donc le cauchemar de ce Minotaure imprévisible, embusqué en un carrefourinconnu, c'est-à-dire partout, donc nulle part. Et je lui substitue, fidèle à la généalogie du mythe,la séduction proprement dite du taureau, ce pelage blanc sorti des eaux marines. La séductionomniprésente dans tous les labyrinthes. L'appel à l'exploration, la fascination de l'espace derecherche.
L'algèbre d'Ariane
 Et la Mathématique ? Comment a-t-elle formalisé les battues de labyrinthe ? Un premierthéorème, au siècle dernier, fut le fruit d'une coopération entre archéologues et mathématiciens.Il fondait une règle qui fait usage d'inscriptions au sol.A l'époque le problème restait enlisé, obscur : on avait un artifice combinatoire pour échapper,mais de théorie point. Récemment tout est devenu clair, avec le développement de l'Algèbre.L'Algèbre révèle les structures. En l'occurrence, la structure des cheminements de Thésée, lebatteur. Les battues sont devenues les mots d'un langage formel qui ne fait que reprendre la rused'Ariane : le Fil. La théorie a ainsi levé le voile d'un détail qui n'est pas sans importance et quel'on a souvent escamoté : comment Ariane pouvait-elle avoir donné en peu de mots une règlecomplète et infaillible au guerrier ? Comment lui avait-elle fait savoir le moyen d'utiliser le Filpour la marche en avant, alors qu'il n'est, à première vue, que ce que l'on laisse en réserve pour laretraite ? C'est là que résidait le mystère d'Ariane.L'algèbre des grammaires génératives résout le mystère, en quelque sorte d'une manièrenaturelle. Accepterons-nous que la ruse du mythe soit mise en symboles et signes d'égalité ? Oui,Ariane est moderne... et fascinante !
Un graphe de carrefours et de couloirs
Le labyrinthe est fait de couloirs et de carrefours. Un couloir a deux bouts. En chaque bout il estincident à un carrefour. Un carrefour est incident à un ou plusieurs couloirs. Le carrefourincident à un seul couloir est un cul-de-sac. Un couloir incident par ses deux bouts à un mêmecarrefour est une boucle. La présence d'une grosse colonne dans une salle constitue une boucleincidente au carrefour-salle, boucle par laquelle le voyageur fait le tour de la colonne. Un couloirpeut être une simple communication entre deux carrefours-pièces, ou consister en un long boyau,droit ou sinueux, horizontal ou en escalier - les tubes de l'aéroport de Roissy.Qu'importe la forme des couloirs et carrefours. Pour l'enchevêtrement général, tout labyrinthepeut être schématisé par l'objet suivant : des lignes et des points, chaque ligne-couloir étantincidente à deux points-carrefours, cela s'appelle un graphe - graphe ou réseau -. On peutimaginer le graphe dans l'espace, ou tracé sur la feuille de papier, en étant bien conscient que lesintersections fortuites des lignes du tracé en dehors des points-carrefours n'ont pas designification. Pour un traité moderne de théorie des graphes, je renvoie à "Graphes etHypergraphes"
3
.Il est commode de se représenter deux types extrêmes de graphes : le polygone et l'arbre.
3
 
C. Berge, Graphes et hypergraphes, Dunod, Paris, 1975.
 
 
 - Le polygone comporte autant de carrefours que de couloirs, disposés alternativement etcirculairement ; tout carrefour est alors incident à deux couloirs exactement. Ce sont lesboulevards extérieurs et les portes de Paris si on oublie le reste du plan de la ville. Battre lepolygone pour un taxi, c'est faire le tour de la ville dans un sens, puis revenir complètement dansl'autre sens. Tout boulevard est parcouru deux fois.- L'arbre comporte pour sa part un carrefour de plus que de couloirs et on ne peut pas y trouverde polygone ; ceci constitue sa définition. Il est commode d'imaginer un arbre tel qu'on en trouvedans la nature avec un carrefour-racine, sur lequel se greffe par un bout, un couloir qui donne àl'arbre par son autre bout un autre carrefour, et ainsi de suite ; chaque greffe apportant un couloir,greffé par un bout à un carrefour existant, et donnant à l'autre bout un autre carrefour,provisoirement cul-de-sac. La racine est le carrefour excédentaire dans la «presque égalité» descarrefours et des couloirs. De la construction d'un arbre par greffes, résulte immédiatement lethéorème suivant :
Théorème des culs-de-sac : Un arbre a deux culs-de-sac s'il est linéaire, etplus sinon
.Le labyrinthe unicursal frappé sur les pièces de Cnossos est un arbre à deux culs-de-sacseulement : l'entrée et la pièce centrale.On considère maintenant un arbre avec des carrefours à trois incidences au moins, afin qu'il soitpossible de s'y égarer. On fait battre l'arbre par une fourmi. Arrivée en un cul-de-sac, elle prend àrebours le dernier couloir emprunté : l'arbre, pense-t-elle, est une figure où il faut souvent revenirsur ses pas si l'on veut continuer !La fourmi de retour en un carrefour déjà découvert,
, observe les trois couloirs incidents,
a
,
b
,
c
.L'un,
a
, par lequel elle a découvert
; l'autre,
b
, qu'elle a pris antérieurement et par lequel ellerevient présentement et
c
qu'elle n'a jamais pris. Que va-t-elle faire ? Si elle reprend de suite lecouloir
a
, elle parcourt le couloir de découverte de
en sens inverse et se prive par làdéfinitivement de prendre
c
: elle ne battra pas l'arbre, puisque dans l'arbre il n'y a pas depolygone permettant à notre fourmi d'attraper par l'autre bout
c
, le couloir délaissé. La règle de lafourmi batteuse dans l'arbre est donc :
En un carrefour, qui n'est pas carrefour de départ, le

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