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Bart De Wever: un populiste de droite - André Mommen

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08/13/2013

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 Bart De Wever : un populiste de droite.« Nazis durant les guerresEt catholiques entre elles »(Jacques Brel)Qui est en fait Bart De Wever? Nous savons plutôt peu sur lui-même, malgréson omniprésence dans les media. Heureusement, le blogueur francophone MarcelSel a rédigé un ouvrage à son sujet
1
.« Les secrets de Bart De Wever » necontiennent pas, en soi, de révélations étonnantes. Mais tout y est cependant biensynthétisé. Son engagement dans toutes sortes d’organisations flamingantes atoujours été important. Lui-même fut d’ailleurs membre du Vlaams NationaalJeugdverbond (VNJ). Il devint en outre rapidement membre de la Volksunie. Sel estdisert au sujet des groupes radicaux et fascistes, sur leurs racines dans lacollaboration et sur les relations personnelles entre la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) et le Vlaams Belang (VB). En compagnie de Pim Fortuyn, Geert Wilders,Umberto Bossi, Jörg Haider et Viktor Orban, Bart De Wever appartient au groupedes inventeurs pleins de faconde du populisme de droite, en train de réaliser uneavancée inédite dans la plupart des pays européens. A l’aide de l’ouvrage de Sel,nous tenterons ici d’examiner la figure et les idées de Bart De Wever.
Bart De Wever et Joris Van Severen
Commençons par ce livre où Sel passe De Wever à la moulinette. Sanséquivoque, De Wever appartient à la nouvelle droite. En outre, il y a lieu de placer laN-VA aux côtés du Partij voor de Vrijheid (PVV) de Geert Wilders ou du FreiheitlichePartei Österreichs (FPÖ) de Jörg Haider. La N-VA se situe en effet dans la ligne dunoyau nationaliste de l’ancienne Volksunie, elle-même héritière du Vlaams NationaalVerbond (VNV) de Staf De Clercq et Hendrik Elias ou du Verdinaso (Verbond vanDietsche Nationaal Solidaristen) de Joris van Severen
2
. De Wever y fait fréquemmentréférence. La N-VA recrute en outre ses cadres
 
quasi-exclusivement parmi lesorganisations de jeunesse et étudiantes de la droite radicale. Beaucoup de membresont des parents ou des grands-parents issus de la collaboration. Ils exigent tousl’amnistie pour les collaborateurs condamnés. C’est pourquoi De Wever s’engagevolontiers en leur faveur. La collaboration n’a d’ailleurs jamais constitué pour lui unrécit abstrait, mais bien, dans sa pensée et ses réactions, une réalité vivante
3
.
Al’issue de sa rupture avec le CD&V en 2008, De Wever a, par exemple, comparé legouvernement Leterme à celui du régime de Pétain. Consternation unanime. Maisc’était bien là une référence essentielle dans son discours nationaliste : Leterme étaitun collaborateur de l’establishment belge et donc pour cette raison une « couillemolle » (« platbroek »). Ce faisant, De Wever a réussi à concentrer ses attaquesvisant aussi bien l’ennemi extérieur (les wallons et les bruxellois francophones) quel’ennemi intérieur (les « mauvais » flamands) sur une seule personne, Leterme.
1
M. SEL,
Les secrets de Bart De Wever 
, Bruxelles-Paris, Eds. De l’Arbre, 2011, 439 p.
2
Cf. M. SEL, op. cit., p. 177 – 212.
3
Jean-Pierre STROOBANTS a défini De Wever comme suit : «
Il porte le virus du nationalisme que lui ont transmis ses parents, et ses études d’historien ont ancré en lui la conviction d’une revanche à prendre sur les francophones, trop longtemps dominateurs
»,
Le Monde
, 15 juin 2010.
1
 
La N-VA est-elle un parti dont Hugo Schiltz a dit un jour lors d’une interview àla VRT ne pas vouloir devenir membre, car elle lui rappelait le pire (le « péchéoriginel ») du nationalisme flamand d’avant-guerre ?
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C’est bien exact. La N-VA eststructurée autour d’une personne, à savoir Bart De Wever. Il est omniprésent en tantqu’oracle. Comme Leader il ne se limite pas seulement à esquisser les grandeslignes stratégiques, mais agit également comme l’idéologue chargé de jeter un pontentre passé (l’histoire « noire » de la Flandre) et avenir (une Flandre indépendante).Dans le cas de De Wever, les deux aspects sont étroitement liés dans la personnede Joris Van Severen. Van Severen est demeuré après la deuxième guerre mondialeune figure suffisamment attrayante pour que l’on puisse débattre à son sujet sans lemoindre complexe. Durant les journées chaotiques de 1940, il fut assassiné, encompagnie d’autres déportés, à Abbeville par des soldats français ivres. Il devintainsi un martyr pour son peuple et une victime de l’impérialisme français. S’il avait pusurvivre, aurait-il choisi pour la collaboration ou pour la résistance à l’occupant ?Cela reste un grand mystère et une question qui devrait tourmenter maint flamingant.Comme tous les leaders populistes, De Wever est un homme chargé par laProvidence de sauver son peuple. Par d’habiles apparitions médiatiques il a réussi àfaire renaître une N-VA, jugée cliniquement morte, par une alliance éphémère avecle CD&V en 2007. Ce serait donc le parti d’un seul homme ? Indiscutablement. Maisil y a des nuances. Sa collègue anversoise Liesbeth Homans, qui a rencontré DeWever au KVHV lors de ses études à Leuven, le concède : «
Bart émerge. Et oui, laN-VA fut longtemps le parti d’un seul homme. Mais ce n’est plus le cas depuislongtemps
»
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. Toutefois, enlevez Bart De Wever, et il ne reste plus grand’chose. Lesommet du parti est surtout peuplé de poids légers. Ils expriment souvent desopinions qui ne coïncident pas toujours avec celles de Bart De Wever, ce quidésarçonne facilement les opposants. Mais le dernier mot reste toujours au Leader.Et cela touche toujours le peuple. Car dans un langage anversois châtié, il révèle sapréférence pour les frites et la bière plutôt que pour un grand cru ou la nouvellecuisine décadente. Cela rassure dès lors totalement celui qui travaille dur pour gagner sa crte. De Wever ne peut toutefois pas s’emcher de biterégulièrement des citations latines, une manière de démontrer qu’il ne vient pasprécisément de la rue. Qu’il ait fait un peu plus d’études que d’autres ne l’empêchepas d’effectuer ses courses chez Colruyt dans un costume négligé. Bref, Bart est unhomme du peuple avec des traits particuliers. C’est pourquoi la Flandre l’aembrassé. Et vice-versa.
Le discours nationaliste
Il arrive souvent à Bart De Wever de griffer sauvagement autour de lui commeun lion agacé. C’est indubitablement le cas lorsque les media francophones veulentl’attaquer, voire le diaboliser 
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. Le discours de De Wever est cependant moins subtilque ce que l’on serait en droit d’attendre d’un intellectuel. Ses sorties témoignentd’une vanité très vite froissée. Adoptant le style de feu le populiste bavarois Franz-Josef Strauss (1915-1988) – sans doute son grand modèle – il fulmine contre tout quiveut lui barrer la route. Il réagit également via le dépôt de plaintes officielles contre
4
Youtube. « Schiltz over N-VA »,http://www.youtube;Com/watch?v=o_MxLOv9yyQ&playnext=1&list=PL8CE48D266AD9CAF6.
5
«
Bart springt eruit. En ja, de N-VA was lang een eenmanspartij. Maar dat is al lang niet meer het geval 
»,
De Standaard 
, 16-17 juillet 2010.
6
D’où sa propension à accoler à la RTBF le surnom de Radio Mille Collines. Pour qui l’ignorerait,c’était le nom de la radio incitant en 1994 les Hutus à assassiner les Tutsis. Cf. SEL, op. cit., p. 112.
2
 
les « gredins »
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. Mais en général il évite d’entamer un débat détaillé à propos de lacollaboration et de l’holocauste. De Wever est le plus brillant quand il peut vitupérer contre les francophones arrogants qui ne feraient pas preuve de respect envers lesflamands ou contre les wallons « paresseux » qui seraient une charge pour lesflamands durs à la che
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. Dans sa vision, les francophones sont des « o-arrivants » en Flandre et doivent donc acquérir droit de ci, comme tous lesimmigrants. C’est d’autant plus étrange que les belges francophones sont tout demême des compatriotes, donc des citoyens de ce pays. Or ce n’est apparemmentplus le cas selon Bart De Wever. La frontière linguistique n’est plus, pour lui, unefrontière administrative, mais est devenue une « frontière politique ».De Wever cherche l’assentiment du « peuple flamand » à son projetséparatiste. A cet effet, il ne sème pas seulement la haine, mais vise également àconvaincre par des arguments « rationnels ». Des chiffres forts devraient pouvoir démontrer que le séparatisme est la seule solution pour assurer la prospérité de laFlandre. C’est pourquoi De Wever aime brandir des statistiques basées sur desmodèles de calcul assez discutables
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. Il préfère à cet effet des mises en scèneludiques. C’est ainsi qu’il s’est rendu avec douze camions de livraison chargés defaux billets de banque aux ascenseurs de Strépy-Bracquegnies pour démontrer combien d’argent « flamand » avait été englouti dans ce projet inutile
. Il aimeégalement agiter le montant de 11 milliards d’euros de transferts sociaux annuels dela Flandre vers la Wallonie. Pour bien faire comprendre aux flamands ce que celasignifie pour eux, il ajoute qu’il s’agirait ainsi de 5.000 euros par famille flamande.Bref, ceci constitue pour De Wever l’argument ultime pour détacher la Flandre ducontexte fédéral belge
. Priorité à la prospérité de son propre peuple. De Wever ajoute qu’il se présente pour une « Flandre forte ». C’est pourquoi il faut absolumentune sixième réforme de l’Etat. Car, selon lui, comme en témoigne son interview dans
Der Spiegel 
(13 décembre 2010), la Belgique est « l’homme malade de l’Europe »
.Le discours de De Wever n’est pas seulement basur cette logiqueéconomique « de fer », mais également sur une argumentation culturelle et ethnique,à savoir la formation d’une Flandre indépendante sur base d’une communauté d’unpeuple comme c’est le cas dans les Balkans. Seuls des « compagnons d’un peuple »qui parlent la même langue peuvent, selon lui, devenir des citoyens à part entière.Un peuple, une langue, un Etat ? Mais que deviennent alors les autres langues etdialectes ? Sel indique dans son ouvrage que, à l’encontre de ce que prétend De
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C’est ainsi qu’il a introduit une plainte auprès du Centre pour l’Egalité des chances et la lutte contrele racisme quand l’écrivain francophone Pierre Mertens l’accusa en 2007 de négationnisme (voir infra).
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Quand le groupe Sudpresse dévoila que sa sœur Karina s’était installée en communauté dans lehameau de Poncelle à Tintigny près d’Arlon et y percevait des indemnités de chômage, les mediaflamands prirent immédiatement leur parti. Het Nieuwsblad intitula même un article « Les wallonsprennent la sœur de De Wever pour cible» ( B. MAECKELBERGH, « Walen schieten op zus van DeWever »,
Het Nieuwsblad 
, 26 septembre 2007).
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Bien que les chiffres émanent surtout du Voka, ils suscitent de grands points d’interrogation. Ceux-cifurent notamment soulevés par André Decoster, professeur au Centrum voor Economische Studieënde la KUL en ce qui concerne les propositions liées à la loi de financement. Cf. A. DECOSTER,« Discussie over cijfers »,
De Standaard 
, 25 octobre 2010.
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SEL , op.cit., p. 111.
11
Umberto Bossi recourt au même discours pour détacher l’Italie du Nord (la « Padanie ») de Rome etde l’Italie méridionale corrompue. Cf. SEL, op. cit., p. 69.
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