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Les Hommes Libres l Histoire oubliée des Arabes occupés

Les Hommes Libres l Histoire oubliée des Arabes occupés

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Article de Rue 89 (© Rue 89)
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Published by: Tarek // Paris Tonkar & BD on Oct 03, 2011
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10/03/2011

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   P   r   i   n   t   e   d   w   i   t   h
«Les Hommes libres», l’histoire oubliée des Arabesoccupés
Le cinéaste Ismaël Ferroukhi, aidé del’historien Benjamin Stora, raconte ces« invisibles » de Paris sous l’Occupation.
N
ous sommes en 1942, à Paris. Younes (Tahar
Rahim, « Un Prophète ») pousse la porte d’une
bâtisse en ruines. Dans la cour, l’attend une
bande de vieillards algériens creusés par la faim. Ilstroquent leurs dernières richesses contre quelques
cigarettes, une casserole, une boîte de sardines.« Prends, c’est tout ce qu’il me reste », dit un vieilhomme, tendant son instrument, un« oud » 
[1]
, au jeune homme.
Ferroukhi : « C’est un sujet historiquetellement nouveau »
En découvrant le quotidien de la communauté al-gérienne à Paris pendant l’Occupation, Ismaël Fer-roukhi avoue s’être « pris une claque ».
Après « Le Grand Voyage », le réalisateur marocain
se lance dans une ction historique exigeante avec
« Les Hommes libres » – malgré un budget qui im-pose la sobriété à la reconstitution :
« L’idée était avant tout de recréer un univers
qui avait existé et que personne ne connais
-
sait. »Pour montrer comment 100 000 Algériens de Paris
ont traversé la Seconde Guerre mondiale, Ferroukhi
 joue la mesure :« J’ai essayé de ne pas aller trop loin dans la
ction. C’est un sujet historique tellement
nouveau qu’on allait me dire : “ Mais qu’est-
ce que tu racontes ! ” »
De fausses attestations de foi musulmanedélivrées aux juifs
Les temps sont durs. Younes, le héros, vit du marché
noir et nourrit sa famille, restée en Algérie. Quandil se fait arrêter, il est contraint de passer un mar-ché avec la police vichyssoise : il doit espionner la
communauté maghrébine qui fréquente la mosquée
de Paris et son recteur,Si Kaddour Benghabrit 
[2]
 (Michael Lonsdale).Le jeune homme découvre rapidement que le rec-teur protège des syndicalistes et délivre de fausses
attestations de foi musulmanes à des familles juives.Il rencontre aussi Salim Halali 
[3]
, étoile des cabarets
arabes, qui animent la vie festive de l’époque.
Par Aurélie Champagne | Rue89 | 27/09/2011 | 12H12
 Page 1
http://www.rue89.com/2011/09/27/les-hommes-libres-lhistoire-oubliee-des-arabes-occupes-223665
« L’Histoire avec sa grande hache »
 
   P   r   i   n   t   e   d   w   i   t   h
«Les Hommes libres», l’histoire oubliée des Arabes occupés
 
Stora, complice historique de Ferroukhi
Dans le cinéma parisien où a lieu la projection enavant-première des « Hommes libres », il y a dubeau monde :
un conseiller du roi du Maroc,
le cinéaste Claude Lanzmann,
l’ambassadeur d’Israël en France,
des représentants du Conseil français du
culte musulman,
l’imam de la mosquée de Marne-la-Vallée…Ferroukhi a la tremblote :
« Ce sera un des premiers retours sur lelm. »
A ses côtés,Benjamin Stora 
[4]
, spécialiste de l’Algérie
coloniale et de l’histoire du Maghreb contemporain,
attend d’un air débonnaire. Dans la vie, les deux
hommes sont complices. Très complices. Ils onttravaillé main dans la main sur le scénario pour
raconter « la complexité d’une époque inconnue
et jamais traitée au cinéma ».
Les Algériens sous l’Occupation, « desinvisibles »
« Les 100 000 Algériens qui vivaient à Paris sous
l’Occupation font partie d’une immigration ouvrière
extrêmement pauvre, écrasée socialement », raconte
Stora :« Ils ne sont ni des Algériens – puisque l’Al-
gérie, c’était la France – ni des Français. Ilsn’ont pas le statut de citoyens français. A la
relégation juridique s’ajoute l’écrasementsocial, qu’on voit très bien dans la scène
d’ouverture du lm. »« Ce sont des hommes invisibles », résume Stora :
« Ils sont arrivés en France bien avant le dé-
but de la guerre. En 1926, quand la mosquée
de Paris est inaugurée, il y a déjà une forte
présence d’Algériens à Paris. Ces hommesconnaissent Maurice Chevalier, le mouve
-ment ouvrier, les grèves du Front popu-laire… » 
Beaucoup sont syndiqués et suivent « Messali Hadj,
grand leader syndical algérien, qui a refusé la Col
-
laboration avec l’Allemagne ». Avec l’exode, les
membres de la communauté se retrouvent « aban-donnés, perdus dans le Paris déserté du début desannées 40. »
Par Aurélie Champagne | Rue89 | 27/09/2011 | 12H12
 Page 2
http://www.rue89.com/2011/09/27/les-hommes-libres-lhistoire-oubliee-des-arabes-occupes-223665
 
   P   r   i   n   t   e   d   w   i   t   h
«Les Hommes libres», l’histoire oubliée des Arabes occupés
« Quand les gens ressortent du lm, ils se
demandent : “ Mais est-ce que c’était vrai
tout ça ? ”. Bah oui, c’était vrai… Moi, c’est
leur étonnement qui m’étonne. »
La mosquée de Paris, un enjeu pour lesNazis et Vichy 
Ferroukhi et Stora mettent en lumière le rôle mé-
connu de la mosquée de Paris pendant l’Occupation.
« On a d’ailleurs tourné toutes les scènes dans un
palais à Rabat », explique le premier.« A la mosquée de Paris, ça aurait été com
-pliqué. Notamment avec les gens qui vien-nent prier. Là, on a eu toute la liberté qu’onvoulait. On a donné au palais la couleur deParis. »Lorsque les Allemands entrent dans Paris en 1940,
la mosquée est un enjeu politico-stratégique pour le
régime de Vichy, comme pour les Nazis. A l’époque,
c’est un endroit symbolique pour la gestion de l’is-lam de France.
En parlant du recteur Si Kaddour Benghabrit, Stora
s’illumine :
« Ah ! Que dire de ce personnage… Il est très
proche de la cour du sultan du Maroc. Il estrecteur, c’est un homme de foi, mais c’est
surtout un homme politique. Il est agréé par
l’Etat français pour gérer la mosquée. Il doit
naviguer entre sollicitations et pressions ve-
nant du pouvoir politique vichyssois et des
Allemands qui veulent l’instrumentaliser. »
Des « Hommes libres » en zone grise
Dans « Les Hommes libres », Benghabrit ne protège
pas seulement les membres de sa communauté –alors que « tout le monde de gauche et l’univers
syndical n’existent plus, que plus rien n’existe ».
Sur ce point, « il n’y a pas eu de décision centralisée
de la mosquée », précise l’historien.« La mosquée de Paris devient un territoire
mixte, bizarre. Entre pression et acceptation
légitime de collaboration d’Etat. Toutes les
institutions ocielles sont obligées d’accep
-
ter la collaboration, à l’époque.A part le préfet Jean Moulin qui a refuséd’obéir, tous les préfets et toutes les insti-tutions ont accepté de collaborer. Tous les
fonctionnaires de l’appareil d’Etat ont conti-
nué leur travail. Les choses ont commencéà se décanter seulement à partir de l’année1943. »
C’est cette zone grise qu’explore le lm de Ferroukhi.
Et c’est le débarquement anglo-américain de 1942au Maroc, quichange la donne 
[5]
et constitue l’un
des rebondissements de la ction.
« Le recteur Benghabrit, un homme quiajuste ses pratiques »
« En Europe, on accorde beaucoup d’importance –à juste titre – à la bataille de Stalingrad, en 1943 »,conclut Stora.« Mais pour le Maghreb, le tournant de laguerre, c’est le débarquement américainen novembre 1942. Si Kaddour Benghabritest proche du sultan du Maroc. Il ne peut
pas rester insensible à ça. Il sent que le vent
tourne.
L’intelligence du lm est aussi de montrer
un homme qui ajuste ses pratiques et sonlangage. »
Les Hommes libres
 
d’Ismaël Ferroukhi - avec Ta-har Rahim et Michael Lonsdale - 1h39 - sortie le 28septembre 2011.
Liens
[1]
 fr.wikipedia.org 
|
Par Aurélie Champagne | Rue89 | 27/09/2011 | 12H12
 Page 3
http://www.rue89.com/2011/09/27/les-hommes-libres-lhistoire-oubliee-des-arabes-occupes-223665

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