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Le Beurre et L’argent du Beurre
Feuille d’infos du Reseau Solidaire d’Allocataires Numero 1 octobre 2008
- Un homme « en situation irrégulière », la bouche scotchée sur un siège d'avion. Quinze ans en France, des années
de boulot au

black, et puis le refus de régularisation, l'arrestation et l’expulsion - Un ouvrier bien de chez nous, trente ans de boite avant d'être viré, effondré devant un courrier de l'anpe: radiation de deux mois, motif refus d'une offre d'emploi valable, en l'occurrence un CDD de trois mois.

- Un jeune qui sue à porter des parpaings sur un chantier. Il n'est pas en train de mériter sa première paye, il ne pourra ni quitter le domicile familial, ni même payer son permis. Il est en Civis, la mission locale lui paye quelques centaines d'euros par mois pour un taf à temps plein, mais il s'agit d'une formation et dans l'histoire, c'est l'employeur qui est payé à coups de subvention pour faire bosser le jeune.

«Les prolétaires n'ont pas de patrie, les prolétaires n'ont pas de pays », chantait-on autrefois en manif. Slogan toujours
d'actualité pour peu qu'on y ajoute « ils n'ont qu'un bassin d'emploi».

- Le bassin d'emploi, c'est l'unité de lieu et de temps à partir de laquelle le Préfet élabore la liste des métiers qui ouvriront droit à un titre de séjour. Le vôtre n'y figure pas ou plus, alors c'est la clandestinité, l'exploitation dans les bassins d'emploi clandestins, l’expulsion et possiblement la mort.

- Le bassin d'emploi recèle un certain nombre d'offres d'emploi valables. Elles ne sont pas valables parce que le boulot est intéressant ou bien payé mais tout simplement parce qu'elles existent. Et elles existent telles quelles parce que les employeurs en ont décidé ainsi. A chaque précaire de s'« employabiliser », ou de se faire radier.

- Les bassins d'emploi sont des eaux troubles et changeantes. Il faut apprendre et réapprendre à nager, et se jeter et se rejeter à l'eau pour pas un rond. Ca s'appelle la formation tout au long de la vie, et le bon sens des employeurs leur fait bien évidemment préférer la formation sur le tas, c'est à dire du travail gratuit.

Le bassin d'emploi est la réalité hostile où se débattent des millions de personnes, LA réalité qui se cache
derrière l'écran de fumée de l'identité nationale.

En Chine, le concept juridique de bassin existe depuis Mao et a toujours été reconduit depuis: chaque prolétaire est lié à son lieu de naissance, ne peut franchir les limites de sa zone de résidence à moins d'en avoir l'autorisation. Sans le précieux passeport interne, aucun moyen d'avoir un emploi légal, et encore moins un logement ou les

SOMMAIRE
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SOMMAIRE:
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- Page 1 et 2 : Edito, Précaires en
sous-France

Pages 3 et 4 : Quand les profiteurs
ne sont pas ceux qu’on croit :
L’assurance maladie, les sans
papiers et les autres…
- Pages 4, 5, 6 et 7 : C’est la
situation qui profite de s sans

papiers

- pages 7 et 8 : ASSEDIC : des contrôles aléatoires qui ciblent surtout les étrangers

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maigres droits sociaux qui peuvent exister. En réalité des millions de chinois vivent en dehors de leur zone de résidence, sans papiers de l'intérieur, à la merci d'une économie parallèle sans laquelle l'officielle ne pourrait pas réaliser les profits du « miracle économique ».

Les critères d'attribution des fameux passeports internes sont adaptés aux besoins des employeurs: a-t-on besoin de main d'oeuvre dans tel ou tel secteur, on délivre des titres de séjours temporaires, liés à la durée du contrat de travail.

Toutes mesures gardées, le système du bassin d'emploi et son corollaire la décentralisation est une application
hexagonale du système de contrôle de la population et de gestion de la main d'œuvre du modèle chinois

Il n'y a certes pas de « passeport interne » en France: mais les droits de tout précaire sont désormais conditionnés à sa résidence. Avec le RSA modulable par département et même par commune, le même précaire n'aura ni le même calcul de complément de salaire ni les mêmes droits connexes, ni le même contrat d'insertion unique, nouveau nom des contrats dérogatoires au Code du Travail, ex-contrats aidés. De même la définition de l'offre d'emploi valable sera définie bassin d'emploi par d'emploi et la radiation encourue en cas de refus aussi.

Pas de hasard derrière la guerre que se mènent entre eux les collectivités territoriales pour se refiler leurs
pauvres : il est de plus en plus difficile pour ceux qui n'ont pas de logement fixe d'être reconnus comme habitants

d'une ville ou d'un département et de bénéficier des droits qui sont liés au critère de résidence stable. Résidents des foyers, des hôtels, hébergés chez des particuliers, SDF sont de plus en plus écartés de tout accès à leurs droits «locaux».

Le saisonnier qui passe parfois plusieurs mois à des centaines de kilomètres de chez lui a peu de chances d'obtenir une aide financière pour financer son hébergement pendant la durée de son contrat. De plus en plus nombreux sont les exclus de la CMU parce qu'ils ne parviennent pas à cumuler trois mois de résidence stable dans un département, notamment en Ile de France.

Comment ne pas faire le lien entre ce mode de gestion des pauvres «natifs» et celui qui est appliqué aux «étrangers», dont le titre de séjour et sa durée sont désormais limités à celle du contrat de travail ? Eventuellement autorisés à se faire exploiter en toute légalité, mais interdits de droits sociaux.

La division entre sans papiers et avec papiers n'a donc que peu de sens au regard de la législation existante et des projets en cours. En réalité, chacun d'entre nous bute à sa manière sur des frontières plus ou moins visibles pour accéder à l'ensemble de ses droits fondamentaux dont l'existence est sans cesse conditionnée au droit au séjour et à la durée de celui-ci.

Les précaires attirés par les mirages de l'identité nationale, enclins à répéter qu'«on ne peut pas accueillir toute la misère du monde» feraient bien de prêter l'oreille aux déclarations politiciennes des uns et des autres: quand les maires utilisent la loi SRU pour détruire des logements au prétexte qu'ils « remplissent le quota », quand les Conseils Généraux contraignent les Rmistes à aller faire des travaux agricoles ou à participer à un chantier à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux, « toute la misère du monde », c'est bien nous et pas seulement

l'«étranger».

Et le « salarié bien français » risque d'avoir la mauvaise surprise d'être traité comme l’indésirable « qui vient manger notre pain » le jour où après un licenciement on l'enverra bosser à moindre coût pour sa réinsertion dans une région demandeuse de main d'oeuvre sous l'oeil indigné des locaux.

La lutte des sans papiers, le combat pour la libre circulation nous concerne tous. Non seulement parce que les expulsions, l'emprisonnement, la traque massive qui ont lieu en France sont de la responsabilité de tous ceux qui ne s'y opposent pas. Mais aussi par intérêt bien compris, parce qu'il serait grand temps que l'ensemble des précaires suivent cet exemple de lutte, s'ils ne veulent pas voir leur vie sombrer corps et âme dans le bassin d'emploi.

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Un sans-papiers qu’on ne peut pas expulser, c’est comme un chômeur qu’on ne parvient pas à forcer à accepter le premier CDD venu : à un moment, l’administration en vient à la sanction financière.

Radiation ANPE assortie de suspension d’allocation Assedic, contrôles et trop perçus CAF, on fait d’une pierre deux coups : des économies sur les allocations versées, et une bonne action en remettant dans le droit chemin de malheureux précaires qui ne connaissent pas la dignité de se faire traiter comme un moins que rien par son employeur.

Les caisses d’assurance maladie de la Sécurité Sociale
[car si on veut être précis, la CAF en constitue la branche

« Famille » ; mais l’Assedic n’est pas la branche « chômage » car nos chers fondateurs de la Sécurité Sociale, tout à l’euphorie de la reconstruction et à la promulgation dans la Constitution du Droit au Travail, n’avait rien prévu pour ceux qui n’avaient pas de boulot…] ne sont pas à la traîne. Mieux,

elles sont même à la pointe d’une tendance en pleine
expansion : le droit de cotiser sans contrepartie.

Le 11 septembre 2008, la caisse primaire d’assurance- maladie (CPAM) de Paris assignait en correctionnelle un sans-papiers pour l’avoir «par des manœuvres frauduleuses [une fausse carte de séjour] trompée », et demandait le remboursement des prestations versées, soit 475,92€.

Travaillant avec une fausse carte de résident dans l’intérim depuis son arrivée en France en 2001, Abdul a donc versé des cotisations sociales (chômage,

retraite, …). Mais il n’a droit à rien d’autre que des séjours gratuits en centre de rétention lors de tentatives de reconduite à la frontière qui ont toujours échoué, et la sécu, probablement informée par les services de police lui réclame la restitution des remboursements de soins dont il a pu bénéficier.

Ceux qui voudraient s’en désintéresser ou trouver que c’est bien fait tendent le bâton pour se faire battre, celui qui fait de plus en plus de médicaments ou de soins sont peu ou plus du tout remboursés, mais aussi celui qui fait qu’il devient de plus en plus difficile de percevoir des allocations chômage (nombre d’heures de travail dans une période donnée, refus en cas de démission ou de refus de renouvellement de CDD dans la fonction publique…), que les allocations logement ou les pensions de retraite sont à peine revalorisées quand loyers, charges et dépenses courantes explosent…

Celui-là, on ne nous l’enlèvera pas et tous les précaires le partagent :
le droit à rien !
L’idée de réduire la contrepartie liée aux cotisations sociales n’est pas nouvelle.
Et les sans-papiers sont loin d’être les seuls à
cotiser sans rien toucher en retour (pour les

employeurs, c’est l’inverse: exonération de cotisations et aides diverses à l’embauche ou à la formation en pagaille)

Une grande partie des salariés rémunérés en chèque emploi service universel (CESU) ont de multiples employeurs à temps partiel, sans contrat de travail. Comment déposer une demande d’allocation chômage quand il n’y a pas de fin de contrat clair et que la plupart des particuliers ne remplissent pas d’attestation Assedic ? Comment se faire indemniser par l’assurance maladie en cas d’arrêt de travail, quand il faut produire les attestations de salaire des 3 derniers mois mais que

celles-ci arrivent au fur et à mesure que l’URSSAF de Saint Etienne traite les documents renvoyés souvent en retard par les employeurs ?

Il était prévu au départ que pour certains contrats aidés du plan Borloo, le CI-RMA et le contrat d’avenir, les cotisations ne concerneraient que la part du salaire réellement versée par l’employeur (puisque celui-ci touche l’allocation que percevait auparavant son nouveau salarié). Un Rmiste qui percevait 380 euros se retrouvait avec un salaire de 800 euros en contrat d’avenir à temps partiel. Son patron touchait 450 euros (montant du RMI réservé aux SDF), et n’aurait dû verser de cotisations que sur 350 euros. Imaginez

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