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Traité de la formation de la langue française_Hatzfeld & Darmesteter

Traité de la formation de la langue française_Hatzfeld & Darmesteter

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TRAITÉ DE LA FORMATIONDE LA LANGUE FRANÇAISE
 par 
Adolphe Hatzfeld
Professeur de Rhétorique au Lycée Louis-le-GrandEt
Arsène Darmesteter
Professeur de Littérature française du moyen âge et d'histoire de la langue françaiseA la faculté des lettres de ParisAvec le concours de
Antoine Thomas
Chargé du cours de philologie romane à la faculté des lettres de Paris
PARIS
LIBRAIRIE DELAGRAVE
1890 - 1900
 
 
INTRODUCTIONI
 
I. -- L'ouvrage que nous présentons au public est un Dictionnaire de la langue françaisedepuis le commencement du XVII
e
siècle jusqu'à nos jours. Il a pour objet, non seulementde finir les mots de la langue écrite ou parlée, d'en terminer les diversesapplications, d'en indiquer le véritable emploi, mais encore de rendre compte de cetemploi et d'en expliquer l'origine. C'est un dictionnaire raisonné de l'usage, pendant troissiècles, des changements que la langue a subis durant cette période et des causes quiont amené ces changements.Nous avons essayé de répondre aux besoins du plus grand nombre, sans rien sacrifier dela sévérité de la science ; de composer une œuvre simple, claire et intelligible pour tous,en observant scrupuleusement les règles de la méthode historique ; car, puisque les motsnaissent, se développent et se transforment dans le temps, ils ont une histoire. Cettehistoire ne s'adresse pas seulement aux érudits ; elle intéresse tous ceux qui veulentconnaître exactement le sens des mots qu'ils emploient. Comme on l'a fort bien dit,
l'érudition est ici, non l'objet, mais l'instrument, et ce qu'elle apporte d'historique est employé à compléter l'idée de l'usage, idée ordinairement trop restreinte
(1)
.Mais suffit-il de présenter un tableau complet des formes et des acceptionssuccessivement employées, pour faire connaître l'histoire d'un mot ? Est-ce là que seborne la méthode historique, quand il s'agit du langage, c'est-à-dire d'une matière quetransforme incessamment l'activité de l'esprit ? Peut-on dire enfin, avec l'éminent auteurdes lignes qu'on vient de citer, que
l'usage complet a en lui sa raison
(2)
, ce qui supposequ'aucune idée supérieure ne le dirige ? Nous croyons le contraire, et c'est ce qui doit justifier le travail que nous avons entrepris.La méthode historique ne consiste pas simplement à faire connaître les divers sens d'unmot, en partant de la signification première, de laquelle toutes les autres sont sorties.Après avoir constaté, recueilli les faits, il faut en montrer le lien et l'enchaînement.Comment ranger les divers sens dans l'ordre où ils se sont succédé, si l'on ne démêle lescauses qui ont déterminé cet ordre ? Si la suite des événements politiques a sa raisond'être, les énumérer dans l'ordre chronologique, sans chercher les causes qui en ontamené la succession, c'est faire de la chronique et non de l'histoire ; de même, si lelangage sert à exprimer la pensée, les mots ne sauraient passer du sens primitif aux sensdérivés et figurés sans suivre un certain ordre, qui a son explication rationnelle ; et l'ondoit chercher dans les lois de la pensée la cause historique des transformationsauxquelles les mots ont été soumis.II. -- Lorsqu'on embrasse les différentes acceptions d'un mot dans leur ensemble, il s'endégage le plus souvent une notion commune qui les domine et les rattache les unes auxautres. Cette notion n'est point une conception abstraite et arbitraire ; elle a existéréellement dans l'esprit du peuple ; elle a été la raison supérieure des modifications quele sens a subies. La négliger ou l'ignorer, c'est supprimer l'élément essentiel de l'histoiredu mot ; car c'est omettre le point de vue selon lequel il a été considéré d'âge en âge,c'est-à-dire le fait principal qui a déterminé, en vertu de la logique de l'esprit humain, lepassage d'une signification à une autre.Cette notion commune est facile à saisir dans certains mots, dont la simple logique adéterminé le développement. Ainsi, dans le mot
bouche,
la pensée va naturellement dupremier sens à ceux qui en dérivent : bouche à feu, bouche de chaleur, les bouches du
 
Rhône. Dans le mot
feuille,
l'idée d'une chose plate et mince conduit de la feuille d'arbreà la feuille de papier, à la feuille de métal.Il n'en est pas de même de certains mots, dont l'histoire est plus complexe et danslesquels le chemin parcouru par la pensée ne s'imposait pas nécessairement à l'esprit. Tel est le mot
 partir,
dont le sens actuel,
quitter un lieu,
ne sort point naturellement dusens primitif,
 partager 
(
 partiri
), qu'on trouve encore dans Montaigne : " Nous partons lefruit de notre chasse avec nos chiens
(3)
" Que s'est-il passé ? L'idée de partager a conduità l'idée de séparer : " La main lui fu du cors partie "
(4)
" Puis on a dit, avec la formepronominale :
se partir,
se séparer, s'éloigner : " Se partit dudict lieu
(5)
" Et, par l'ellipsedu pronom
se,
on est arrivé au sens actuel : quitter un lieu. Tel est le mot
gagner 
(au XI
e
siècle
guadagnier 
), de l'ancien haut allemand
*waidanjan,
paître (en allemand moderne
weiden
). Cette signification première du mot est encoreemployée en vénerie : " Les bêtes sortent la nuit du bois, pour aller
gagner 
dans leschamps. " Comment a-t-elle amené les divers sens usités de nos jours :
avoir villegagnée, gagner la porte, gagner de l'argent, gagner une bataille, gagner un procès,gagner ses juges, gagner une maladie ?
L'idée première
 paître
conduit à l'idée de trouversa nourriture ; de là, dans l'ancien français, les sens qui suivent : 1
؛
cultiver : " Bléssemèrent et gaaignèrent
(6)
" (
cf.
de nos jours
regain
) ; 2
؛
chasser (
cf.
l'allemand moderne
Weidmann,
chasseur) et piller, faire du butin : " Lor veïssiez... chevaus gaaignier etpalefroiz et muls et mules, et autres avoirs
(7)
." " Ils ne sceurent où aler plus avant pourgaegnier
(8)
. " L'idée de faire du butin conduit à l'idée de se rendre maître d'une place : "Quant celle grosse ville... fu ensi gaegnie et robée
(9)
. " " Avoir ville gagnée. " Puis l'idéede s'emparer d'une place conduit à l'idée d'occuper un lieu où on a intérêt à arriver :
gagner le rivage, gagner le port, il est parvenu à gagner la porte ;
par extension,
le feugagne la maison voisine,
et, au figu,
le sommeil le gagne.
En me temps sedéveloppe une autre série de sens : faire un profit :
gagner de l'argent, gagner l'enjeud'une partie, d'une gageure, gagner le gros lot d'une loterie ;
par analogie, obtenir unavantage sur quelqu'un :
gagner une bataille, un procès, le prix de la course ; gagner l'affection, le cœur de quelqu'un ;
et, par une sorte d'ellipse,
gagner quelqu'un au jeu,gagner quelqu'un de vitesse à la course, gagner quelqu'un par des présents.
Enfin l'onapplique le mot ironiquement à ce qui est tout le contraire d'un avantage :
il n'y a quedes coups à gagner, il a gagné une bonne pleurésie, il a gagné cette maladie en soignant son frère.
Partout se montre à travers ces transformations le trait commun qui domine etrelie entre eux les divers sens du mot
gagner,
l'idée d'acquérir, d'obtenir quelque chosequi profite ; et l'on suit en quelque sorte cette idée dans les phases diverses de la viesociale, appliquée d'abord aux fruits que la terre fournit à l'homme, puis au produit de sachasse, au butin qu'il fait à la guerre, enfin au profit qu'il tire du commerce et del'industrie, etc. C'est cette idée générale, toujours présente, qu'il faut mettre en lumière,pour donner véritablement l'histoire d'un mot.Mais l'esprit ne suit pas toujours cette voie simple, qui consiste à étendre une même idéeà une série de sens analogues au sens primitif. Au lieu de partir d'un caractère uniqueappliqué successivement à des objets différents, il peut considérer dans l'objet primitif divers caractères, dont chacun sert de point de départ à autant d'extensions ou degroupes d'extensions nouvelles.Le
 pain
est un aliment fait d'une masse de farine pétrie et cuite au four ; de là troisidées : l'idée de masse, l'idée de pâte et l'idée d'aliment. L'idée d'aliment conduit au sensfiguré de subsistance :
avoir le pain quotidien, gagner son pain.
L'idée de pâte conduit ausens de
 pain à cacheter,
de
 pain à chanter.
L'idée de masse conduit au sens de
 pain desucre,
de
 pain de suif.
La
queue
d'un animal, considérée comme appendice du corps, donne la
queue de la poêle,
et, au figuré, la
queue d'un parti ;
considérée dans sa forme allongée, la
queue debillard,
et, au figuré, la
queue des spectateurs.

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