/  2
 
 La gravité partagée de Bahaa Taher et MohamedLeftah
Publié le : 7 décembre 2011 | 0 comment. LE SOIR
http://www.lesoir
echos.com/la
gravite
partagee
de
bahaa
taher
et
mohamed
leftah/culture/36160/
 
C’est un si beau livre que ce roman del’Égyptien Bahaa Taher ! On pourrait dire qu’ilvous empoigne tant on s’attache auxprotagonistes d’Oasis du couchant (Gallimard2011) tels que nous les fait découvrir latraduction de Simon Corthay et CharlotteWoillez. Il s’agit bel et bien d’un roman, c’est-à-dire d’une œuvre d’imagination mais bâtie àpartir d’une information sûre, et même savante.Le vrai nom du gouverneur de Siwa au coursdes dernières années du XIXe siècle estMahmoud Azmi dont on sait fort peu dechoses. Il devient, dans Oasis du couchant,Mahmoud Abd El Zaher, époux d’uneirlandaise, Catherine, férue d’archéologie etversée en langues anciennes.Oasis du couchant a reçu le Prix Internationalde la fiction arabe en 2008. On peine à croirequ’il y avait alors beaucoup de titresconcurrents témoignant d’une telle maîtrise –elle est parfaite-et d’une telle sensibilité. Nouscroyons aux tourments qui agitent MahmoudAbd El Zaher, relégué par le Caire à Siwa dontla population, à l’époque, ne parlait pas l’arabeet apparaissait vouée à des querelles intestinessur fond de superstitions tenaces. Mais, commetoujours, dans les grandes fables empathiques,c’est parce qu’il respecte profondément leshabitants de Siwa que Bahaa Taher passionne en racontant les querelles qui opposent les Issiwanes entreeux et aux autorités du Caire sous la coupe britannique tandis que l’impôt est levé, si nécessaire, sous lamenace du canon.Siwa, cette oasis, dont l’empereur Alexandre Le Grand a foulé le sol jadis, vit encore dans la mémoire del’antiquité. Tout le roman baigne ainsi dans une rumeur ancestrale en même temps que des conflits plusmodernes se nouent.«
 Les habitants viennent de l’Ouest, nous est-il dit, et non de l’Est, ils sont de la tribu des Zenata, unetribu berbère du Maghreb, et ils parlent un dialecte berbère. Mais Siwa a fait partie de l’Égypte pharaonique, et on y adorait le dieu suprême, Amon
».C’est tout ce passé et tout le présent, jusqu’à notre présent à nous, gens du XXIe siècle que Bahaa Tahersuggère ou ranime, qu’il dresse un portrait saisissant de la jeune Malika voulant échapper à l’emprisedélétère des mœurs de la tribu ou que nous soit transmise la sagesse de son oncle Cheikh Yahya,inconsolable du sort funeste réservé à sa nièce, l’intrigue d’Oasis du couchant traverse les siècles avecune surprenante vraisemblance, tant et si bien qu’on lit sans protester dans les pensées d’Alexandre leGrand avant de retrouver le fil des tensions conjugales que vivent le gouverneur Mahmoud et sa femmeCatherine, tandis que Fiona, la sœur de celle-ci, les rejoint dans l’espoir de guérir au soleil de Siwa.

Share & Embed

More from this user

Add a Comment

Characters: ...