D
evinette. Pouvez-vous citer l’un des der-niers livres interdits d’entrée au Maroc ?
Le grand malentendu
de Ali Amar ?
Le jour du roi
de Abdellah Taïa ? Vous n’yêtes pas. C’est
La revanche du clitoris
.Avec un tel titre, on imagine un livre porno ouune incitation à la débauche. Que nenni ! Il s’agit
d’un essai féministe écrit par un sexologue et une
journaliste. Mais il faut croire que les services de
publication du ministère de la Communication ne
se contentent de lire que les titres... En revanche,les livres de Ali Amar et de Abdellah Taïa n’ontjamais été interdits. Simplement, personne n’apris le risque d’importer le premier. Et le secondest resté dans les limbes quelque temps, sans au-torisation ni interdiction, avant que la remise du
prix de Flore, la combativitéde Abdellah Taïa et les pres-
sions médiatiques –
actuel
y avait pris part – arrachent
l’autorisation de diffusion.Ce qui advient du
Dernier
combat du captain Ni’mat
, le
très beau roman posthume
de Mohamed Leftah, rappelle
étrangement les mésaven-tures du
Jour du roi
. Voilàun livre lauréat – à l’unani-mité ! – du prestigieux prixde la Mamounia, introuvable dans le pays de son
auteur. L’ouvrage, qui raconte la passion dévorante
d’un pilote retraité de l’aviation égyptienne et de
son jeune serviteur, est estampillé « pur souffre »
sur la jaquette de l’éditeur. Ce pourrait être un
bon candidat à la censure. Mais comme le montre
notre enquête, aucune interdiction véritable nefrappe ce livre, on s’est contenté de renvoyer lesexemplaires à l’éditeur...On ignore pourquoi, et le ministère de la Com-
munication... ne communique pas sur cette
affaire en dépit de nos appels insistants depuisdeux semaines. Si ce n’est pas de la censure, celay ressemble fortement comme les deux lamesd’une paire de ciseaux. Mais c’est une censuresournoise qui n’a pas besoin d’oukazes. Comme
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Edito
actuel
/Semaine du
22 au 28 octobre 2011
Le vice de la vertu
ac tue l
si malgré tous les changements que connaît leMaroc et, en dépit de l’article 25 de la nouvelleConstitution qui stipule que «
sont garanties leslibertés de pensée, d’opinion et d’expression sous
toutes ses formes. Sont garanties les libertés de
création, de publication et d’exposition en matière
littéraire et artistique et de recherche scientique
et technique
», les vieux instincts liberticides
perdurent.
Mais à quoi sert cette censure molle dans un siècle
où tout ce qui est interdit... nit par se retrouver
en libre accès sur Internet ? Pire, chaque coup
porté à la liberté de pensée amplie la publicité
autour de ce qu’on voudrait cacher. La censure est
l’expression ultime de la bêtise, elle provoque lecontraire de l’effet recherché.Cette volonté de régenternos cerveaux est aussi un
symptôme d’une société
qui refuse d’avancer. Ce
n’est plus le Makhzen qui
pilonne, mais des mini-caïds
qui croient savoir ce qui
est bon pour autrui. Nous
avons encore nos milices de
la vertu qui s’autorisent à
verbaliser (ou à bakchicher)
le quidam qui s’achète un
pack de Spéciale. Les mêmes
utilisent sans vergogne l’article 490 du code pénal,
qui punit d’emprisonnement toute personne
ayant des relations sexuelles hors mariage, pourrançonner les couples en voiture alors que la loi,par ailleurs en contradiction agrante avec les
pactes internationaux ratiés par le Maroc, précise
que l’infraction doit prouver la relation sexuelle.La vertu a ses vices et la censure n’est plus l’apa-
nage d’un arbitraire étatique mais un réexe
atavique. Nous avons inventé une censure diffuse,
impalpable, fourbe. La censure est devenue la
grimace de la vertu.
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La censure estl’expression ultimede la bêtise,elle provoque lecontraire de l’effetrecherché.
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