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LA RESIDENTIALISATION ET LA DIFFERENCIATION PAYSAGERE DE L’ESPACE POURFAVORISER LE DEVELOPPEMENT D’IDENTITES SOCIO-SPATIALES
Les différentes démarches évoquées précédemment reviennent à découper l’espace en unités résidentiellesdisposant de leurs propres espaces de proximité, clairement distincts des espaces publics qui les relient.Il convient de rappeler que les espaces isomorphes qui “ n’appartiennent à personne ” deviennent des lieuxabandonnés par les gestionnaires et investis par les délinquants qui les utilisent pour exercer un contrôle surl’ensemble du territoire. En outre, les habitants des grands ensembles se sentent écrasés et menacés par le faitd’appartenir à une masse anonyme de personnes qu’ils ne connaissent pas pour la plupart. Leur propre identité setrouve alors effacée. C’est seulement s’ils peuvent construire une identité socio-spatiale intermédiaire, à l’échelleplus réduite d’un îlot de quelques centaines de personnes, qu’ils peuvent se sentir protégé de la massification parcette identité intermédiaire.Le développement de l’espace paysager permet non seulement de découper l’espace en unités résidentiellesséparées par des limites végétales agréables, mais également de doter chacune de ces unités d’une identitépaysagère spécifique, en diversifiant le choix des essences et des ambiances paysagères. Ce travail derecomposition est d’ailleurs réellement réussi lorsque les habitants finissent par identifier leur résidence auxplantations qui les bordent, ? ? ? ? aux immeubles ne sont plus des termes arbitoires mais des signifiantscorrespondants aux images mentale que les plantes qui les entourent leur suggèrent. Des plantes comme “ lapinède ”, “ la roseraie ”, “ la sapinière ”, “ les chèvrefeuilles ” donnent alors un sens délicieux à l’espace habité ;ce qui bien entendu n’a rien à voir avec le fait d’affubler ces termes à des résidences dotées de quelques arbresrabougris et de pelouses pelées. Cette pratique courante ne leurre personne et donne aux habitants l’impressionque l’on se moque d’eux. Cela ne fait que renforcer leur sentiment d’être l’objet d’un profond mépris.Reliés à d’autres éléments de l’environnement urbain comme la proximité d’un boulevard, d’aires de jeux oud’équipements appréciés, l’amélioration de l’espace paysager permet de développer le potentiel identitaire socio-spatial que recèle chaque unité résidentielle.
LA NECESSITE DE TRANSFORMER LES CONCEPTIONS DES PROFESSIONNELS ET LESMODES DE GESTION
Pour que l’amélioration de l’espace paysager devienne un support de requalification urbaine efficace il estindispensable de transformer les ? ? ? des professionnels et les modes de gestion de ces espaces.Nous avons vu que la culture profonde des urbanistes et des maîtres d'ouvrage explique pour une large part lapauvreté de l’aménagement paysager des quartiers d’habitat, et tout particulièrement des grands ensemblesd’habitat social.Urbanistes et maîtres d'ouvrage reconnaissent volontiers cette pauvreté de l’espace paysager, mais ils la justifientpar la difficulté d’entretenir ces espaces qui se dégradent rapidement et par les coûts d’entretien démesurés quecela représente.Nous devons leur concéder qu’ils ont en partie raison. Néanmoins les difficultés et les coûts d’entretien desespaces ne sont pas inhérents à la nature même de ces espaces, mais aux modes de conception et de gestion quiprévalent.La conception de ces espaces privilégie souvent les plantes fragiles et saisonnières, qui ne résistent pas auxactivités turbulentes des enfants et demandent des soins coûteux.La culture des concepteurs, particulièrement vivace dans les services municipaux, les conduit à privilégierl’implantation de plates bandes et des massifs de fleurs de quelques mètres carrés, disséminés dans de vastesespaces laissés en déshérence. Comme ces micros espaces paysagers demandent beaucoup de soins etd’attention, leur coût d’entretien annuel (un mètre carré est effectivement exorbitant) d’autant plus que cesmassifs doivent être renouvelés plusieurs fois par ans.
Article IU/MB 2000 – La réduction de l’insécurité sans créer un espace carcéral