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n’est finalement rien d’autre que la preuve parle fait de ce qu’un système complet de règlesse déduit tout naturellement du principe deliberté individuelle. Une première conséquenceen est qu’il suffit à la défendre, et que toutelégislation est donc inutile. Mais une secondeen est qu’il est nécessaire, au sens ou toutelégislation s’en écartant ne pourrait être quenocive.
Damien Theillier :
Pourquoi intituler« éthique » une œuvre traitant plutôt depolitique ?
Jérémie Rostan :
En raison de sonradicalisme, encore une fois. Pour Rothbard, lesystème de règles nécessaire à la vie ensociété relève de l’éthique, et non pas de lapolitique. La différence est simple, maisrévolutionnaire. S’il est possible d’établir un telsystème par pure déduction logique, sur la basede principes incontestables, alors toute activitélégislative est non seulement inutile, maisnéfaste. Or c’est la ce que permet l’éthique,selon Rothbard : partir d’une norme objective,dont l’autorité soit donc parfaitement légitime.Démocrates, il nous semble normal que les loisémanent d’un processus de décision collective.A la réflexion, il y a là contradiction, pourtant.En effet, si l’on juge un tel processus normal,c’est parce que l’on pense inacceptable que lesgouvernants exercent un pouvoir arbitraire.Mais pour quelle raison ? On commencerapeut-être par répondre qu’il est illégitime qu’uneinfime minorité règne par la force sur l’immensemajorité. Bien vite, on se rendra cependantcompte que les effectifs n’ont rien à voir dansl’affaire : on trouvera tout aussi illégitime quel’immense majorité règne par la force sur uneinfime minorité, comme cela peut être le casdans un régime esclavagiste. On dira donc qu’ilest illégitime qu’un groupe d’hommes enasservisse un autre, quelque soit leur nombre.De fait, ce que l’on refuse, c’est le principemême du règne par la force en tant que modede rapport humain. Soyez donc cohérents avecvous-même, dirait alors Rothbard. Si vousacceptez ce principe de non-agression, vousdevez en effet en accepter toutes lesimplications logiques. Or celles-ci constituent unsystème de normes permettant l’économie detoute la politique. Ne voyez-vous pas,ajouterait-il, que celle-ci ne peut être qu’uneversion parmi d’autres de la loi du plus fort,laquelle ne peut être dépassée que dans unesociété libertarienne interdisant toute initiationde la force — et rien d’autre ?
Damien Theillier :
La société libre de Rothbardest, selon ses propres termes, un pur marché,le règne d’un capitalisme débridé. N’est-ce paslà encore la loi du plus fort ?
Jérémie Rostan :
C’est l’opinion courante, eneffet, mais elle est mille fois fausse. D’une part,ce qu’on appelle « loi du plus fort », ici, c’est lalibre concurrence. Or il y a là une graveconfusion. Certes, la libre concurrencerécompense les plus forts aux dépens des plusfaibles, qu’elle peut sanctionner jusqu’à lafaillite. Mais ceux qui règnent grâce à elle, cesont, par exemple, les plus forts dans laconstruction automobile, c’est-à-dire ceux quioffrent le meilleur véhicule au meilleur prix.C’est l’intervention de l’État entravant la loi dumarché qui favoriserait les intérêts particuliersdes plus aptes à la violence légale, et cela auxdépens de la satisfaction de la demande, c’est-à-dire de l’intérêt général—l’accès du plusgrand nombre possible aux meilleurs véhiculespossibles.D’autre part, si la libre concurrence récompenseles plus forts, au sens des plus compétents, ils’ensuit qu’elle ne peut bénéficier qu’auxfaibles. Ceux qui occupent les meilleurespositions, les gagnants, n’ont pas intérêt à ce