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Du «Voyage au Maroc» au «Vice de la lecture»d’Edith Wharton
Publié le : 19 décembre 2011http://www.lesoir-echos.com/du-%C2%AB%E2%80%89voyage-au-maroc%E2%80%89%C2%BB-au-
 
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Ce n’est pas le goût du paradoxe qui, en 1903,inspira à Edith Wharton (1862-1937) ce textepétillant d’intelligence Le vice de la lecture (traduitde l’américain par Shaïne Cassim aux éditions duSonneur en 2009). Wharton écrivit plus de quarantelivres dont un Voyage au Maroc disponible encollection de poche. Ce récit fut entrepris quatorzeans après son analyse décapante du Vice de lalecture. Elle avait eu, bien sûr, un goût précoce pourla lecture, mais elle s’acharne à dénoncer avec toutel’acuité de pensée nécessaire à la mise en pièces deslieux communs celui qu’elle sait l’ennemi même dela littérature et de la culture: le lecteur mécanique.Enfin, quelqu’un qui rappelle que savoir lire nesignifie pas seulement savoir déchiffrer ce qui estimprimé; c’est pouvoir le goûter ou en être, à bonescient, dégoûté. La démonstration à laquelle se livre Edith Wharton n’est passeulement lumineuse, elle est aussi implacable que possible et elle ne concerne pas queles lecteurs puisqu’elle vise naturellement ceux que, bien plus tard, Roland Barthesappellera les écrivants pour les opposer aux écrivains. Dès lors, Wharton pouvait seréclamer d’une romancière anglo-irlandaise Maria Edgeworth (1767-1849) –dont,convenons-en, elle nous apprend l’existence—et qui dit de l’un de ses personnages:«
 Jamais son esprit n’avait été submergé par un torrent de connaissances inutiles. Quele courant de la littérature l’ait irrigué n’était perceptible qu’à sa fertilité 
».Ces phrases me parlent d’autant plus que je peux mettre des visages sur elles. Je voisalors ces «
gros lecteurs
», dont le profit qu’ils tirent de ce «
vice impuni
» ainsi queValéry Larbaud appelait la lecture, est tellement inexistant que c’en est presquepathétique. Edith Wharton, dans Le vice de la lecture, explicite quelle supercherie estl’accumulation aveugle de lectures par le lecteur mécanique.Sa démonstration aboutit à la conclusion suivante: «
 Il est probable que si ne lisaient queceux qui savent lire, personne d’autres que ceux qui savent écrire ne produiraient delivres; mais c’est la moindre des offenses du lecteur mécanique que d’avoir encouragé l’auteur mécanique. (…) Le crime d’attirer le talent créatif dans les rangs de la lecturemécanique.
»C’est ainsi qu’Edith Wharton nous fait partager sa conviction que «
ceux qui créent lademande pour le cent millième exemplaire peuvent être accusés de malveillance enversles lettres
».

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