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Vintila Horia - Sur l’imminence de la découverte d’un langage anagogique 1983

Vintila Horia - Sur l’imminence de la découverte d’un langage anagogique 1983

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Le langage scientifique n’est donc pas capable de se confondre avec la réalité, mais seulement de la dire, en laissant à la poésie la tâche d’aller plus loin (plus haut, anagogiquement). [...] Le discours rationnel serait donc condamné à traiter des choses qui n’ont aucune relation avec la signification de la vie, et à se limiter au monde des faits, tandis que ce serait au langage poétique d’aller de l’avant, jusqu’au fond du monde des valeurs, là où la morale se confond avec l’esthétique, le beau avec l’éthique, sous une lumière que Platon avait déjà pressentie.
Le langage scientifique n’est donc pas capable de se confondre avec la réalité, mais seulement de la dire, en laissant à la poésie la tâche d’aller plus loin (plus haut, anagogiquement). [...] Le discours rationnel serait donc condamné à traiter des choses qui n’ont aucune relation avec la signification de la vie, et à se limiter au monde des faits, tandis que ce serait au langage poétique d’aller de l’avant, jusqu’au fond du monde des valeurs, là où la morale se confond avec l’esthétique, le beau avec l’éthique, sous une lumière que Platon avait déjà pressentie.

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Sur l’imminence de la découverte d’un langage anagogique par Vintila Horia
 
(Revue 3
e
Millénaire. N
o
6 ancienne série. Janvier-Février 1983)Vintila Horia (1915-
1992) écrivain roumain d’expression française et esprit
universel. Il a reçu leprix Goncourt en 1960 pour son livre :
 Dieu est né en exil.
 J
avais l'intention de répondre, c'est-à-dire de me situer dès le début sur un niveau polémique et je ne garde, de cette tentation initiale, que l'humble désir de commenter et de continuer. Et je meréfère surtout aux articles de Basarab Nicolescu et de Jacques Oudot publiés dans le numéro 4 de 3
e
Millénaire. Articles si pleins de suggestions et de possibilités de réponses, mais surtout decommentaires et de continuations que je me vois dans l'obligation de les placer dans un contextecontemporain, ou, comme dirait Ferdinand Gonseth, de climat nécessitaire, ce qui me permettrade me situer moi-même, en tant qu'écrivain, au centre du problème du langage, mais dans unsens complétement en dehors des limitations structuralistes. Il y a donc contemporanéité etcomplémentarité, et les sources qui me permettent de démarrer seront Dante et Wittgenstein,mais sans fixation aucune et sans parti-pris, puisqu'il n'est pas question de limiter et defractionner les choses, dans le sens idéologique du mot, mais de permettre une éclosion et unrapprochement.Il s'agit donc de savoir si un langage universel est possible, si la science peut constituer la basepour un tel langage et, aussi, si la tension pluridisciplinaire, qui semble être une descaractéristiques les plus transcendantales et les plus pragmatiques de notre temps, pourrait nousaider dans ce sens, je veux dire dans le sens de la découverte d'un langage universel valable.Dante s'est posé ce problème au début du XIV
e
siècle et il l'a résolu à sa façon, compte tenu de lasituation nécessitaire de son temps, dans la Divine Comédie, mais aussi dans ses ouvrages enprose, notamment
 Il Convivio
et aussi
 De vulgari eloquentia
, au moment où, en se considérant,après la mort de Béatrice, dans la possession d'une connaissance universelle (il avait, dans ce but,étudié tout ce que les sciences étaient en état de lui offrir : mathématiques comme astronomie,histoire comme philosophie, théologie comme médecine, etc.), il entreprend de rédiger unouvrage capable de chanter sa bien-aimée. Chanter, à l'ombre de cette discipline, signifiaitpénétrer au fond des choses pour arriver au plus haut, en présence de la Vérité elle-même, ce quivoulait dire, sous l'angle thomiste de sa perspective, en présence de Dieu. Dante est le seulécrivain qui rend compte de l'aspect de Dieu, à la fin de sa quête, dans le chant XXXIII duParadis. Son langage, comme expression et technique de son intention mise en vers, estanagogique, ce qui signifie, selon lui, un « sovrasenso » un super-sens
1
. (Anagogie de ana, enhaut, et agôgos, qui conduit ou qui guide, dans le sens mystique la lecture, par exemple, duCantique des Cantiques qui nous mène depuis la description d'un amour profane à l'expression laplus pure d'un amour divin qui nous élève à la connaissance de choses plus importantes quecelles représentée dans les vers ; Béatrice, dans ce même contexte, n'est qu'un guide vers le haut,une présence anagogique). Le sovrasenso inclus dans la lecture de la Divine Comédie donne laclef du substratum spirituel au-
delà duquel l'œuvre de Dante n'a pas de justification et manque de
toute possibilité de compréhension. Son intention, comme sa lecture, sont anagogiques. Il y aascension vers la vérité, symbolisée par l'accompagnement de Béatrice, mais aussi, il faut
1
 
Convivio
, premier chapitre du « Second Traité ». Il serait possible de parler ici d'une super-conscience capable de mener le jeu le plus ambitieux et qui permet au poète d'aller si loin.
 
 
toujours l'accentuer, par la connaissance acquise par le poète avant de se mettre à la tâche. Sonpoème est le résultat d'une concentration de connaissances. Il devient ainsi le premier
 — 
ou, toutau moins, le premier des modernes
 — 
chercheur occidental conduit dans sa recherche par cettequête d'une totalité qui part de la connaissance de toutes les sciences, mais qui se développe sousla protection, pour ainsi dire, de la théologie et de la poésie. Il faut reconnaître que Goethe
2
, dansun climat nécessitaire plus proche à nous et plus évolué, n'est pas arrivé si loin, en ayant éliminéprobablement de sa panoplie l'arme essentielle, comme nous le verrons plus loin.Il faut donc sauter par-dessus le XIX
e
siècle pour arriver aux temps quantiques, au premier textede Max Planck, au principe d'incertitude, ou d'indétermination, aux interprétations deWeizsäcker sur la peinture et la littérature ou de celles de Heisenberg sur l'art abstrait, ou bienaux intentions interdisciplinaires de Jung et Pauli
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sur la physique et la psychologie et, pourquoipas, aux confins et aux voisinages des études traditionnelles (Guénon, Schuon, Titus Burckhardt,Evola et Luc Benoist) et des sciences naturelles. Une épistémologie correcte du point de vue dela vision actuelle des choses devient ainsi plus englobante encore que la préparation que Danteenvisageait comme sine qua non afin de pouvoir exprimer la dernière vérité. (Dernière dans lesens anagogique du mot). Il s'agit donc de récupérer des antennes perdues, ou mal orientées,depuis la Renaissance, vers ce que Jacques Oudot appelle « les prisons centrales de la culture » etqui ne se limitent pas aux cloîtres universitaires hérités du XIX
e
siècle, le siècle des spécialistes,selon Toynbee, et qui ont transformé la res cogitans en une pénible et monotone res extensa.Mais, évidemment, comment est-il possible d'arriver à un langage interdisciplinaire en utilisantle langage des sciences ? Heisenberg a concentré l'univers en une formule mathématique. Maiscela formule, cela n'exprime pas. Il s'agit là d'un Aleph plus que spécialisé. Et si nousdescendons d'un degré et nous proposons le langage des physiciens comme modèle universel,nous nous retrouvons pris dans les limites d'une spécialité, d'où l'homme, par exemple, estabsent, ou seulement présent dans ce qui l'unit au non-humain, à ce qu'il y a de commun entredes électrons, chargés de mémoire humaine, comme Jean Charon l'a si bien démontré, et « lapoussière éternelle » de ce que les préquantiques appelaient la matière morte
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. Où aller chercherle langage capable de restituer à toute recherche et à toute épistémologie sa résonnanceanagogique ? Nous retrouvons dans cette question, apparemment si simple, le contenu de tout ceque nous venons de dire depuis le début de cet article : il y a possibilité contemporaine deretrouver une validité de plus en plus utile de la technique pluridisciplinaire et il y a, aussi et defaçon parallèle, la nécessité de concentrer cet effort en un langage universel.Nous avons vu comment, à travers Dante, l'élan pluridisciplinaire a été envisagé, depuisl'automne du Moyen Age, comme une possibilité d'arriver au fond du problème. Si nous nousadressons à un contemporain de ce qu'on a appelé le drame quantique, nous nous trouverons en
2
 
Surtout dans Les Affinités électives où la chimie l'aide à forger un concept littéraire etpsychologique à la fois.
3
 
Jung a élaboré, vers la fin d'une vie dédiée à la recherche d'une grande synthèse, une théorie dela synchronicité, en collaboration avec Wolfgang Pauli. Dans son livre Mysterium coniunctionis(1955-1956) Jung postule l'unité du monde psychique et du monde matériel. L'ouvrage auquel jeme référé plus haut s'intitule
 La synchronicité 
 
comme principe de liaisons a-causales
.
4
 
Dans
 Mort, voici ta défaite
, Paris 1979.
 
 
plein problème du langage. Le Tractatus logico-philosophicus
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de Ludwig Wittgenstein seraitpeut-être en état de répondre, tout au moins au niveau où la recherche contemporaine a mené cedébat, à la question que nous venons de formuler. Le thème impliquerait un long développementmais notre espace n'est pas propice à ce genre de contiguïtés. Disons seulement que le penseurviennois, pendant longtemps confondu avec l'École positiviste de Vienne dirigée par Mach, maisdont les visées, comme la technique, dépassèrent de loin les frontières de tout genre dematérialisme
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, arrive à une importante distinction entre les sphères de la raison et celles de lafantaisie, entre le langage de la science et celui de la poésie, ou bien entre ce qu'il appelle lasphère des faits, envisagée par la science, et la sphère des valeurs envisagée par la morale. Lemodèle de sa recherche dans ce sens se concentra sur le mystère de la proposition capable dereprésenter le monde des faits, mais jamais de s'y confondre. Il y a, d'un côté, le monde des faits,que la raison, en utilisant l'instrument logique concentré dans une proposition, serait en état denous enseigner comme être dit (gesagt) ou seulement montré (gezeigt). Mais si, d'un autre côté,nous nous posons le problème, beaucoup plus ample, de la « signification de la vie », et dans cesens Wittgenstein continue jusqu'à un point l'existentialisme kierkegaardien, nous nous trouvonsdevant l'impossibilité de la raison de pénétrer au-delà d'une certaine limitation imposée justementpar la logique de la proposition. Il faudrait se laisser entraîner par le totalitarisme axiomatique,que Hilbert a exposé dans son livre
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et qui a si évidemment influencé De Saussure et lesstructuralistes, pour octroyer à la raison un pouvoir qu'elle n'a pas, ou qu'elle se concède elle-même, mais au prix que nous savons et qui risque de freiner tout progrès. Le langage scientifiquen'est donc pas capable de se confondre avec la réalité, mais seulement de la dire, en laissant à lapoésie la tâche d'aller plus loin (plus haut, anagogiquement). Le Tractatus a été interprétérécemment comme un ouvrage polémique dirigé contre tout rationalisme dont l'intention seraitcelle de « mutiler et d'enchaîner l'esprit ». Le discours rationnel serait donc condamné à traiterdes choses qui n'ont aucune relation avec la signification de la vie, et à se limiter au monde desfaits, tandis que ce serait au langage poétique d'aller de l'avant, jusqu'au fond du monde desvaleurs, là où la morale se confond avec l'esthétique, le beau avec l'éthique, sous une lumière quePlaton avait déjà pressentie. Et puisque « le sens du monde doit être trouvé en dehors du monde»
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, il s'agit de chercher chez les poètes ce que les hommes de science ne peuvent nous dévoiler.Je veux dire un langage universel. Le monde risque de nous apparaître comme absurde, soumisaux rigueurs limitatives ou terrorifiques de l'axiomatisme structuraliste, ou bien aux exclusivitésdu langage seulement scientifique, et nous savons aujourd'hui qu'il est absolument nécessaire depousser au moins au-delà de l'absurde, ce que les poètes, ainsi que les physiciens, ont déjà fait.Gonseth appelait cette sensation, ce risque de se situer au-delà de l'absurde, « une complétude »,en contraste avec l'incomplétude implicite dans toute recherche contemporaine si parfaitement
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L'ouvrage de Wittgenstein a été publié tout de suite après la Première Guerre mondiale (1918).L'édition anglaise, qui est de 1922, a été préfacée par Bertrand Russell.
 
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Wittgenstein's Vienna (New-York 1973) explique avec une profonde clarté le climatnécessitaire dans lequel naît le Tractatus... ainsi que les déboires qui s'en suivirent.
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 Les Fondements de la géométrie
(1905). Ferdinand Gonseth, le grand mathématicien etépistémologue suisse, mort il y a quelques années, m'a raconté cette histoire passionnante dansl'interview qu'il m'a accordé en 1969, publié dans mon ouvrage
Voyage aux centres de la terre
 (Barcelone, IV
e
édition, 1979). Gonseth a fondé la revue Dialectica et a exposé ses théories dans
Philosophie néo-scholastique et philosophie ouverte
(Paris 1954). Voir aussi
 La Philosophie dessciences de Ferdinand Gonseth
par E. Bertholet (Genève 1968).
8
 
V.
Tractatus
6.41.
 

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