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Balada Triste de Trompeta

Balada Triste de Trompeta

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Categories:Types, Reviews, Film
Published by: Fabien Legeron on Jan 02, 2012
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05/27/2012

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Balada Triste de Trompeta"un clown avec une machette, ça va leur foutre les jetons à ces connards"
Alex de la Iglesia est le meilleur réalisateur espagnol en activité. Alex de la Iglesia a lamégaclasse et ne s’en laisse pas conter, comme le prouve son dernier coup d’éclat en date : président depuis deux ans de l’académie du film, il est parti avec pertes et fracas pour ne pascautionner l’Hadopi locale promue par tous ses petits camarades (Almodovar en tête), et afoutu un beau bordel comme on rêverait d’en voir chez nous. Pourtant Alex de la Iglesia adéjà été pris au collet de la conformité avec
Oxford Murders
. Il faut comprendre ce demi-échec artistique pour apprécier pleinement la résurrection anar que représente ce
BaladaTriste
. Il faut en fait remonter au moins à
Perdita Durango
, qui devait ouvrir toutes sortes de portes internationales (notamment américaines) à son auteur. Trop fou, trop agressif, trop cul,trop stylisé, trop baroque, et faisant surtout trop peu de concessions à la bienséance, le films’est banané en beauté par faute d’une distribution décente. Alex (
vous permettez que je vousappelle Alex ?
) a ceci de particulier qu’il fabrique des boulets qui ne correspondent pas audiamètre des canons les plus répandus, où s’engouffrent sans peine tant d’autres cinéastes pourtant considérés comme iconoclastes. Au passage, il met en évidence l’effet pervers d’uncertain mode de production et de distribution, où un film peut être sanctionné de la sorte précisément pour excès de qualité et d’originalité.Diffusé donc de manière très très confidentielle par ses propres instigateurs (bonjour la prodCanal + qui le sort en France en putain de DTV plusieurs années après sa sortie officielle),son ticket pour Hollywood lui est passé sous le nez : de retour en Espagne, le sieur s’estemployé à faire des comédies plus ou moins noires qui comptent parmi les meilleures des 15dernières années, en rodant ses effets et son discours. Paradoxalement (car il s’agit de filmscomplexes avec des thématiques riches et multiples), leur caractère plus identifiable, plus propice à être rangé dans un genre, a permis à ces films de lui valoir le succès qui lui avait étérefusé lors de
Perdita Durango
– et le sésame de se rouvrir. Lorsque l’occasion s’est ànouveau présentée, on peut comprendre que de la Iglesia ait plutôt joué la carte de la démotechnique en mettant ses idiomes dans sa poche. En résulte le film qu’on sait, très bien fait, bien écrit et bien joué, mais étouffant d’immobilisme, platonicien jusqu’à la caricature, aussi plat qu’un encéphalogramme d’écureuil mort et inoffensif comme une révolte de StéphaneHessel. Entre deux propositions dont on se contrebranlait (Elijah Wood qui baise, desdiscussions philosophiques déjà entendues dans
La Corde
et mille fois depuis) et de timidessaillies misanthropes qui rappelaient parfois qui était aux commandes (le bus d’handicapés),
 
on s’emmerdait quand même un brin en se disant que s’il fallait qu’il fasse ça pour continuer,c’était un mal nécessaire. Il met tout, absolument tout, dans son dernier effort en date, dans une esthétique de collagedont l’accumulation elle-même devient une violence systématique, volontaire et dirigée.Heureusement (ce qui est malheureux à dire), et en dépit de qualités réelles,
Oxford Crimes
est passé un peu inaperçu et a renvoyé notre Alex à ses droogies (la réconciliation avecSantiago Segura semble consommée) et sur ses terres (on peut d’ailleurs se demander si cefilm très sage n’a pas joué comme patte blanche pour l’Académie suscitée). Face à cettedéconvenue, le type réagit intelligemment : il pète la gueule à tout, déclare l’enfer au mondeet à son propre cinoche et colle avec plus d’ostentation qu’auparavant des nez rouges auxcavaliers de l’Apocalypse. Accessoirement, il met tout, absolument tout, dans son dernier effort en date, dans une esthétique de collage dont l’accumulation elle-même devient uneviolence systématique, volontaire et dirigée. A l’opposition de celle, intransitive et nivelante,de l’époque actuelle qui mélange tout dans un magma où plus rien n’a de spécificité et où toutavatar culturel se retrouve annihilé dans le relativisme et l’inculture indifférenciée (le premier qui a reconnu la pseudo-inventivité gloubiboulguesque saluée chez une Lady Gaga par exemple, on lui offre une sucette). Ici, les collisions de référents, d’ambiances, de sentimentset de motifs artistiques ont pour vocation de provoquer la fission avec suffisamment de massecritique pour que tout pète, fort et sur tout le monde. L’incroyable générique d’ouverture, quiaccole brutalement visions et personnages de l’histoire espagnole franquiste et figures de laculture populaire, artistique, cinématographique et télévisuelle (dont un hommage discret àPaul Nashy) donne le ton d’une négation de la hiérarchie culturelle sur une prétenduenoblesse qu’auraient certaines de ses occurrences par rapport à d‘autres. De la figure de Dali àun club Kojak, du
Ghost Rider
à Goya ou à la Valle de los Caidos, tout élément de la vie physique ou mentale dépeint ici a potentiellement la même importance dans la constructionsubjective et pathologiquement hallucinatoire d’un monde monstrueux appelé à n’engendrer que des monstres. L’hétéroclisme forcené du film n’est pourtant pas désordonné, et encoremoins gratuit – il est excessif. Il reflète surtout très précisément la vie de Javier et celle, àtravers lui, de l’Espagne du vingtième siècle et de ses paradoxes.
 
 Qu’on ne s’y trompe pas ; de la Iglesia convoque Cooper / Schoedsack, Browning, Hitchcock ou Jodorowski, mais ne parle que de son art, dont il synthétise avec ce film une vision trèsstylisée et magnifiée.La vie de Javier d’ailleurs, parlons-en : c’est le personnage typique de de la Iglesia, inapte,inepte, par moments magnifique, vu avec autant d’empathie que de mépris, et condamné àéchouer dans ce qui lui tient à cœur, ou dont les rares victoires ne peuvent être que d’uneamertume délirante. Car si le monde que voit le cinéaste crée des monstres parce qu’il estmonstrueux, ce n’est pas pour autant à ses yeux une excuse pour les monstres. Misanthropie ethumanisme (à l’instar des tatouages love et hate du pasteur Powell) sont les deux élémentsindissociables de la personnalité de de la Iglesia, qui semble constamment à deux doigts decrever sous la pression de cet Ouroboros oxymorique. Trop retenu dans son précédent film, ils’est en réaction gavé de ses propres motifs et les régurgite tels quels, dans un désordre simuléoù chaque coup porte où il le doit. On trouvera, entre autres éléments déjà vus dans les filmsde de la Iglesia : Santiago Segura défiant le diable, le protagoniste à proximité d’un fauvedans une séquence prégénérique, un drap qui glisse sur un cul surnaturel de perfection, un personnage secondaire suspendu dans les airs en un comic relief récurrent, des clowns tristes,de l’uniforme franquiste, une image de film à la fois rédemptrice et pathogène, un épilogueréduit à presque rien, se coupant net sur un deuil paroxystique, un couple de persos défiguréset clochardisés, qui se testent mais ne peuvent pas se cher, un climax quidémarque
Vertigo
,
King Kong
et
Freaks
dans le même mouvement, des coups de marteaudans une fête foraine, des véhicules de police sur une route vus d’hélicoptère… Qu’on ne s’ytrompe pas ; de la Iglesia convoque Cooper/Schoedsack, Browning, Hitchcock ouJodorowski, mais ne parle que de son art, dont il synthétise avec ce film une vision trèsstylisée et magnifiée, pour peut-être le résumer avant d’aller plus loin, de faire plus fou, moinsrangé, plus contondant.

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