christianisme. Une chose pourtant est hors de doute : c'est un chrétien aussi savant queconvaincu qui compose cette "métabole" de l'Evangile de Jean."Métabolé", c'est le mot que cet Egyptien hellénisé choisit pour désigner son ouvrage. Tandisque la "Paraphrasis" parle selon le sujet et le développe, ou que la "Metaphrasis" est plutôtune interprétation, la "Métabolé" est la répétition d'une même chose sous la variété des termes: c'est donc bien
un même récit répété sous des termes soumis à l'hexamètre, et entrecoupé d'images poétiques ou de pieuses réflexions
.La langue française n'étant pas la grecque, il a bien fallu au traducteur se résoudre à employerle mot "paraphrase" dans le titre, tout en s'en expliquant dans l'introduction.Au vrai, lire cette paraphrase, c'est entrer dans un échange à quatre voix : d'abord et avanttout, Jean, le "
disciple bien aimé
", auteur de l'Evangile ; puis Nonnos qui autours du sobretexte de l'Apôtre multiplie les variations en vers héroïques, ensuite le traducteur, qui noncontent de rendre en français la teneur de cette "Métabolè" dut préalablement en réviserintégralement le texte grec, et enfin le lecteur qui recevra ce texte en fonction de son proprearrière plan, de ses propres attentes.Disons donc un mot du traducteur, puisque c'est à travers son regard que nous parvient letexte de Nonnos. Le comte de Marcellus fut diplomate durant les quinze années de laRestauration : d'abord secrétaire d'ambassade à Constantinople, il fut ensuite en poste àLondres, Madrid et Lucques, avant de se voir proposer un poste de Sous-Secrétaire d'Etat auxAffaires étrangères dans le gouvernement Polignac, poste qu'il refusa. La monarchie de Juilletmit fin à sa vie publique.C'est pendant qu'il était en poste à Constantinople qu'il empêcha in extremis - avec culot etpugnacité - que la Vénus de Milo nouvellement découverte ne soit embarqué sur un navireturc : au final, c'est à lui que l'on doit de la voir au Louvre…Ses années "orientales", le marquèrent durablement et, bien longtemps après, dans sa retraiteforcée, il publia ses "
Souvenirs de l'Orient
", puis les "
Chant du peuple en Grèce
" avant de selancer dans l'œuvre immense consistant à traduire les 48 chants des "
Dionysiaques
".Ce n'est donc pas en béotien qu'il entreprit de traduire le second poème de Nonnos.De son auteur il connaissait le vocabulaire, la tournure des phrases, et même les petitesmanies lorsqu'il décida de se pencher sur les 3750 vers de "Métabole de l'Evangile". L'éditiongrecque de Franz Passow, publiée en 1834 à Leipzig, laissant beaucoup à désirer malgré uneprésentation fort intéressante (sur la même page, le texte de Nonnos et le passagecorrespondant de l'Evangile), il fallut tout d'abord "nettoyer" un texte par endroit défiguré parquelque copiste négligent ou par quelque critique trop imaginatif avant de pouvoir donner unetraduction en français. Nonnos écrivait en hexamètres dactyliques, le Comte traduisit en prose: tenter de mettre le vers grec en vers français eut été pour le moins hasardeux, le rythme desphrases et la richesse des images suffisent.Ce travail, il eut tout juste le temps de le mener à bien, et c'est de manière posthume que futpubliée, en 1861 la "
Paraphrase de l'Evangile selon Saint Jean par Nonnos de Panopolis,rétablie, corrigée et traduite pour la première fois en français
", ainsi qu'une édition du textegrec "
rétabli et corrigé
".Mine de rien, le chantre de Bacchus avait ramené le Comte passionné d'hellénisme vers lesparoles de l'Apôtre.Dans cette traduction, on trouvera donc inextricablement liés les mots de Nonnos, et ceux deson traducteur.