Surplus cognitif et collaboration, à l’heure de la RSE 2.0F.Mauleon, M. Gioani
Introduction
La posture de la présente communication ne s’interroge pas sur le besoin fondamental de penser laresponsabilité sociale de l’entreprise (RSE) comme une nouvelle responsabilité élargie del’entreprise vis-à-vis de ses parties prenantes. La chose est entendue d’un point de vue académique(Capron et Quairel, 2000 ; Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007) et les affaires comme Nike, GAP,Coca Cola, nourrissent dorénavant les
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sur la RSE depuis une grosse décennie. L’ouvragefrançais dirigé par Jacques Igalens (2004) le clame haut et fort : « Tous responsables ».Mais, au-delà des discours, débats, attaques et tentatives de réponses formulées par les entreprises, laRSE souffre aujourd’hui d’un manque de concrétisation. Si la plupart des acteurs ne contestent plusla nécessité de passer à un autre mode de management (Porter, 2011), une grande majorité d’entreeux s’interroge aujourd’hui sur le processus de matérialisation de ce changement. Nous allons présenter les contours d’un nouveau concept - la RSE 2.0 – qui est, nous semble-t-il,susceptible d’ouvrir des voies de mise en œuvre de ce rapport revisité entre l’entreprise et l’action dela sphère publique. Ce travail se propose d’en faire, en premier lieu, une brève présentationthéorique. Mais il propose aussi, en second lieu, d’explorer une nouvelle théorie : le surplus cognitif.Cette dernière illustre parfaitement les pistes d’interaction entre les différents acteurs de la RSE et pose un cadre expliquant les modalités et les enjeux de la mobilisation des citoyens. Elle dégageainsi des pistes de concrétisation de la mise en œuvre de la responsabilité de l’entreprise encollaboration avec ses parties prenantes.
1.Les frontières 2.0 de la RSE participative
Le qualificatif « .0 » trouve ses sources dans le domaine de l’informatique et plus précisément dansla numération des versions de logiciels. Il symbolise surtout une évolution qui concerne autant lesusages que les techniques ; et qui dépasse donc la seule sphère informatique. Nous l’emprunterons pour décrire une évolution de la RSE.
1.1. De la RSE 1.0 à la RSE 2.0
Le mouvement en faveur d’un meilleur équilibre entre l’entreprise et l’action de la sphère publiquesubit des changements qu’il serait malheureux de sous-estimer et face auxquels toute résistance seraitsynonyme de contraintes futures. Ainsi, des éléments de contexte devront être rappelés, dans un premier temps, pour mieux comprendre les défis devant lesquels se trouve un manager responsable ;avant de voir, dans un second temps, l’évolution des postures de l’entreprise vis-à-vis des parties prenantes.
1.1.1. Les éléments de contexte en faveur d’un besoin d’évolution
L’objet de cette présente partie n’est pas de retracer à grands traits les origines et les contours duconcept de RSE. Actuellement, ce mouvement est, pour beaucoup, une réponse naturelle àl’apparition de la « société du risque » décrite par Beck (2001) dans laquelle la perception de lamenace de périls majeurs a entraîné une baisse d’acceptabilité des risques et par conséquent une pression accrue sur les firmes, généralement accusées d’être à leur origine (marée noire etcatastrophe écologique, atteinte à la biodiversité et à la santé publique, accentuation de l’exclusionsociale et des atteintes aux droits de l’homme…). Cette atteinte à leur réputation, et dès lors à leur valorisation boursière ou force de vente, a poussé les firmes multinationales à réagir et à tenter dereconquérir la confiance perdue auprès des consommateurs et citoyens. Il ne fait peu de doute, aussi,qu’en France en particulier, la RSE doit beaucoup au paternalisme d’entreprise du XIXe siècle. Maisla RSE n’est dorénavant ni de la philanthropie ni une simple prise en charge morale ou juridique dessalariés de l’entreprise et de leurs familles. La RSE est, depuis ces dernières années, l’expression« explicite » de la réponse des entreprises aux attentes et pressions des acteurs de la société civile.L’objet de cette partie est de présenter un double constat : l'avènement d’un monde de plus en plusimprévisible, complexe et paradoxal - qui contraint les managers à préciser leurs engagements enfaveur de meilleures pratiques de responsabilité sociale ; mais aussi l'émergence de l'entreprise 2.0, par le déploiement du web 2.0 dans les organisations, compose une évolution favorable à une plusgrande responsabilité partagée de l’entreprise et de la société civile (Mauléon et Gioani, 2010).En premier lieu, la diffusion actuelle de la RSE se fait dans un monde en plein déséquilibre. Sanscertitude d'une sortie de crise, tous les acteurs politiques et économiques sont à la recherche de