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Hallwar Tout Est Possible Meillassoux

Hallwar Tout Est Possible Meillassoux

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02/02/2013

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Tout est possible
à propos de Quentin Meillassoux, Après la finitude. Essai sur la nécessité de lacontingence
 par Peter Hallward
La spéculation philosophique peut recouvrer un savoir déterminé de la réalité absolue. Nous pouvons penser la nature des choses telles qu’elles sont, «en soi»,indépendamment de la façon dont elles nous apparaissent. Nous pouvons démontrer quela modalité de cette nature est radicalement contingente –qu’il n’y a pas de raison pour que les choses ou «lois» demeurent telles qu’elles sont. Rien n’est nécessaire, mise à part la nécessité que rien ne soit nécessaire. Tout peut arriver, en tout lieu et en touttemps, sans aucune raison ni aucune cause.
Tel est le message détonnant formulé par un remarquable philosophe français, QuentinMeillassoux, dans son premier livre paru au Seuil en 2006, Après la finitude. Contre latendance autocritique et autoréflexive de la philosophie postkantienne, Meillassouxannonce que nous pouvons dès lors retrouver le «Grand Dehors, le Dehors absolu des penseurs pré-critiques» (AF, p.21), le grand «territoire étranger» qui subsiste «en soi»,indépendamment de notre relation à lui. Et lorsque nous commençons à explorer ceterritoire étranger qu’est la réalité «en soi», nous apprenons que «rien, en vérité, n’a deraison d’être et de demeurer ainsi plutôt qu’autrement –pas plus les lois du monde, queles choses du monde. Tout peut très réellement s’effondrer– les arbres comme lesastres, les astres comme les lois, les lois physiques comme les lois logiques. Cela, nonen vertu d’une loi supérieure qui destinerait toute chose à sa perte, mais en vertu del’absence d’une loi supérieure capable de préserver de sa perte quelque chose que cesoit» (AF, p.73).
 Ni les événements ni les lois ne sont gouvernés en dernière instance par quelquenécessité autre que celle d’un «devenir ultimement chaotique –c’est-à-dire non gouverné par une nécessité quelle qu’elle soit»(Meillassoux, « Potentialité et virtualité »,inFaillesn°2,« Situations de la philosophie », 2006, p.115).
Pour Meillassoux, tout comme pour Platon ou Hegel, la préoccupation première de la philosophie concerne la nature de la réalité absolue, mais telle que Meillassoux laconçoit, la nature de cette réalité requiert que la philosophie s’astreigne à penser non«ce qui est, mais ce qui peut possiblement être». La préoccupation propre à une philosophie contemporaine (postmétaphysique, postdogmatique mais également postcritique) concerne non plus l’être mais le peut-être. Si Meillassoux peut être définicomme un «réaliste», alors la réalité qui le préoccupe n’implique pas tant les chosestelles qu’elles sont, que la possibilité qu’elles puissent toujours être autrement.
 
La force incisive de cette affirmation nous dévoile sans aucun doute les raisons del’enthousiasme avec lequel le travail de Meillassoux a été relayé par un petit groupe(qui compte chaque jour davantage de membres) de chercheurs exaspérés par le manqued’inspiration global qui traverse la philosophie «continentale» contemporaine. Il est aiséde percevoir comment Après la finitude a acquis si rapidement quelque chose de l’ordred’un statut «culte» au sein d’un lectorat qui partage l’irrévérence dont le livre fait preuve pour les «choses telles qu’elles sont». Le livre est exceptionnellement clair etconcis, entièrement dévoué à une seule trame argumentative, et combine une insistanceconfiante sur l’autosuffisance de la démonstration rationnelle avec un soupçonégalement rationaliste à l’égard de l’expérience ordinaire et du consensus.L’argumentation invite, en une affriolante esquisse, à une histoire alternative de latotalité de la philosophie européenne moderne, de Galilée à Descartes en passant par Hume et Kant pour finir avec Heidegger et Deleuze. Argumentation qui n’est pas moinsouverte à nombre d’objections critiques. Dans les lignes qui suivent, je tente dereconstruire la séquence élémentaire de cette argumentation (en ayant égalementrecours, à l’occasion, à des articles publiés par Meillassoux au cours des dernièresannées), puis j’esquisse à mon tour trois ou quatre difficultés qu’elle semble pouvoir rencontrer.
I Repenser le problème de Hume
La façon la plus simple d’introduire au projet général de Meillassoux serait dereformuler ou de radicaliser ce qu’il décrit en de nombreuses occurrences comme le«problème de Hume». Ainsi que chacun sait, Hume soutenait que le pur raisonnement a priori ne pourrait suffire à prouver qu’un effet donné devrait toujours et nécessairementêtre précédé par une cause donnée. Il n’y aurait ainsi aucune raison pour qu’une seule etmême cause ne donne lieu à «cent événements différents». Meillassoux considèrel’argument humien comme une question sans réponse, comme une «évidenceaveuglante» : «nous ne pouvons établir que les lois doivent demeurer ce qu’elles sont»(AF, p.120). Hume lui-même (et avec lui Kant et une grande part de la traditionanalytique) se dédouane toutefois des pleines implications de sa démonstration. Plutôtque de liquider d’un trait le concept de nécessité causale, il l’affirme en tant quequestion de «foi aveugle». Que cette croyance soit de l’ordre de la simple habitude(Hume) ou qu’elle soit un composant irréductible de la logique transcendantale (Kant),elle est, au moins du point de vue de Meillassoux, de l’ordre de la querelle mineure.Depuis, les philosophes analytiques ont eu tendance a prendre le parti de cetteaffirmation –qu’il nous faut abandonner la spéculation ontologique pour recentrer notreréflexion sur la façon dont nous produisons des inférences inductives à partir del’expérience ordinaire ou à partir des manières ordinaires dont nous parlons de notre
 
expérience.
Redéployant une tactique qu’il utilise ailleurs, Meillassoux fait du vieux problèmehumien une opportunité. Notre incapacité à déterminer rationnellement une nécessitéabsolue ou une raison suffisante soutenant les choses qui puisse être proprementcomprise peut être affirmée démontrer qu’il n’y a en fait pas une telle nécessité ouraison. Plutôt que de tenter de sauvegarder une foi équivoque en la stabilité apparentede notre expérience, selon Meillassoux nous devons endosser l’hypothèse que Hume arejeté : qu’il n’y a aucune raison pour laquelle ce que nous expérimentons comme deslois constantes ne s’effondre ou se modifie à chaque instant, et ce, pour la simple raisonqu’il n’y a rien de tel qui réponde au nom de raison ou de cause. L’argument n’est pastant, simplement, qu’une même cause pourrait donner lieu à une centaine d’événementsdifférents, que le fait d’affirmer qu’une variété infinie d’«effets» peuvent émerger sur la base d’une absence radicale de cause, en un pure surgissement de nouveauté ex nihilo.
La vision d’un univers acausal et an-archique qui résulte de l’affirmation d’une tellecontingence est d’égale valeur à l’appréciation qu’exprimaient Deleuze et Guattari pour ces artistes qui pourfendent la normalité confortable de l’expérience ordinaire afin delaisser «un peu de chaos libre et venteux» nous rappeler à l’intensité tumultueuse deschoses : «Si nous regardons au travers de la fente ainsi ouverte sur l’absolu, nous ydécouvrons une puissance plutôt menaçante –quelque chose de sourd, capable dedétruire les choses comme les mondes; capable d’engendrer des monstres d’illogisme;capable aussi bien ne jamais passer à l’acte; capable certes de produire tous les rêves,mais aussi tous les cauchemars; capable de changements frénétiques et sans ordre, ou, àl’inverse, capable de produire un univers immobile jusqu’en ses moindres recoins.Comme une nuée porteuse des plus féroces orages, des plus étranges éclaircies, pour l’heure d’un calme inquiétant.[…]C’est bien quelque chose comme un Temps, mais unTemps impensable par la physique –puisque capable de détruire sans cause ni raisontoute loi physique– comme par la métaphysique –puisque capable de détruire tout étantdéterminé, fut-il un dieu, fut-il Dieu» (AF, p.87-88). Sans reculer devant lesimplications que cela soulève, Meillassoux attribue à un tel «temps sans déroulement[devenir]» le potentiel de générer la vie ex nihilo, de faire naître l’esprit dans la matièreou la créativité de la stase –ou encore de ressusciter l’esprit immortel d’un corps sansvie.
La réflexion rationnelle nous encourage à postuler l’absence de raison suffisante et àspéculer sur les potentialités de ce temps absolu : c’est notre expérience seule qui,

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