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Léon-Jacques Delpech - Vers de nouveaux entendements 1983

Léon-Jacques Delpech - Vers de nouveaux entendements 1983

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Un processus passionnant est né, les logiques et méthodologies se sont multipliées pour mieux comprendre le réel. Epuiser cette longue aventure qui part de 1893 avec Duhem et Milhaud pour continuer avec Leroy et Poincaré... puis E. Meyerson, mais ce serait trop long à décrire... Nous allons nous contenter de marquer quelques étapes centrées autour de l'univers physique et logique... Les caractéristiques de ces premières recherches sont en particulier, d'une part la priorité accordée à la synthèse sur l'analyse, et d'autre part à la pluralité des perspectives par rapport à l'unilatéralité dépassée.
Un processus passionnant est né, les logiques et méthodologies se sont multipliées pour mieux comprendre le réel. Epuiser cette longue aventure qui part de 1893 avec Duhem et Milhaud pour continuer avec Leroy et Poincaré... puis E. Meyerson, mais ce serait trop long à décrire... Nous allons nous contenter de marquer quelques étapes centrées autour de l'univers physique et logique... Les caractéristiques de ces premières recherches sont en particulier, d'une part la priorité accordée à la synthèse sur l'analyse, et d'autre part à la pluralité des perspectives par rapport à l'unilatéralité dépassée.

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Vers de nouveaux entendements par Léon-Jacques Delpech
(Revue 3
e
Millénaire. N
o
7 ancienne série. Mars-Avril 1983)
Priorité de la synthèse sur l'analyse et pluralité des perspectives par rapport àl'unilatéralité dépassée.
NON je n'emprunte pas son titre à la thèse de M. Beigbeder, que j'estime beaucoup, mais à lalangue française. Il est certain, en effet, qu'une évolution du monde telle que nous la subissonsdepuis près d'un siècle devait amener de multiples métamorphoses dans la notion de rationalitéallant jusqu'à la faire éclater. C'est au siècle dernier que ce changement a été amorcé parl'éclosion de logiques nouvelles de Boole, Morgan et Stanley Jevons. Le recteur Liard, alorsprofesseur de logique, s'était fait l'historien de ce mouvement dans un petit livre :
 Les logiciensanglais contemporains
(1878). La logique de Boole, logique algébrique, devait être appliquée àla cybernétique dès 1936 à la suite d'une note à l'Académie des sciences du mathématicien LouisCouffignal. Curieusement on a difficilement mesuré l'apport des logiciens anglais à latransformation de notre univers qui croule sous un informatisme quasi délirant, fruit d'un peuplequi par une bêtise quasi congénitale a tendance à mettre la machine au-dessus de l'homme, aulieu de se souvenir qu'elle n'en est qu'un produit et un instrument. Seul dans ses cours de laSorbonne des années 1930, le professeur L. Brunschvicg semble avoir pris conscience de cettemutation. Un processus passionnant est né, les logiques et méthodologies se sont multipliéespour mieux comprendre le réel. Epuiser cette longue aventure qui part de 1893 avec Duhem etMilhaud pour continuer avec Leroy et Poincaré... puis E. Meyerson, mais ce serait trop long àdécrire... Nous allons nous contenter de marquer quelques étapes centrées autour de l'universphysique et logique... Les caractéristiques de ces premières recherches sont en particulier, d'unepart la priorité accordée à la synthèse sur l'analyse, et d'autre part à la pluralité des perspectivespar rapport à l'unilatéralité dépassée.
Les physico-logiques
Il s'agit de disciplines qui étudient particulièrement les rapports des théories physiques et de lalogique. Elles furent créées par Gonseth, Bachelard et Destouches.Le premier, mathématicien et épistémologue suisse, condisciple d'Einstein à l'École
 polytechnique de Zurich, est mort en 1976. Dans une œuvre de plus de huit volumes et cent
cinquante articles, il a énoncé quatre principes de base :1)
Le principe de réversibilité
. Aucun élément de la connaissance ne peut « sans arbitraire »être posé comme « fermé », achevé dans sa signification et par conséquent irréformable danstoutes ses significations. Au plan de l'hypothèse scientifique, le principe ne s'oppose pas à telleou telle « hypothèse de fermeture », qu'on se proposerait de mettre à l'épreuve. Il doit cependantêtre interdit de décréter qu'un élément quelconque ne sera jamais susceptible d'être réformé, qu'ilne sera jamais capable de la révision qui lui permettrait éventuellement d'entrer dans une positionultérieurement corrigée ou précisée. « Il n'existe pas de raison absolument etinconditionnellement valable de nous croire capable de décider, par avance et pour toujours, quetel ou tel secteur de notre connaissance n'aura jamais à être révisé. »
 
2)
Le principe de structuralité
. Si la réversibilité est à la fois le trait commun à touteconnaissance et la condition de tout progrès, il est une seconde caractéristique du fait scientifiquequi elle aussi s'impose à l'observation en même temps qu'elle apparaît comme la forme querevêtent l'acquisition et le progrès de la connaissance. Cette seconde caractéristique dans leprolongement de l'opposition classique du rationnel et de l'empirique est quelquefois désignéepar Gonseth sous le nom de principe de dualité. Mais déjà dans «
la géométrie et le problème del'espace
», la notion de dualité est dépassée. L'équivalence de vérité entre l'intuitif, l'expérimentalet le rationnel implique la coexistence de trois aspects et non de deux aspects. La secondesynthèse dialectique confirme que trois aspects concourent à l'unité et à la cohérence del'opération géométrisante. Dans la conclusion de son livre, Gonseth insiste sur l'insuffisanced'une simple mise en synthèse de l'empirique et du rationnel. Aucun aspect, aucun phénomènen'est localisable et discernable à l'état pur. Si la méthode peut néanmoins se proposer de mettrel'un ou l'autre en évidence, elle se gardera de l'isoler de la diversité intégrée des aspects ou desphénomènes. A ces derniers correspondront des schémas plus ou moins adéquats et significatifs,des structures qu'il y aura lieu d'envisager comme rattachées à une diversité que l'état présent dela recherche n'épuise ni ne circonscrit jamais. Comme pour l'axiomatisation, la méthodologieconteste que telle ou telle structure puisse prendre son sens méthodologique et scientifique horsd'une mise en situation dialectique, hors d'un effort de synthèse où la valeur des éléments enprésence est suspendue à la nature de la relation qui peut s'établir entre eux. De ce point de vue,la diversité intégrée des aspects ou des structures suppose une unité structurale propre à chaquedomaine de connaissance ou du moins à chaque discipline. Cette unité structurale représentel'horizon méthodologique et critique où les schémas de la connaissance spécialisée, notamment,révéleront, au-delà de leur signification intrinsèque, les significations extérieures qu'ils peuventrevêtir soit du côté de l'objet, soit du côté du sujet. Mais cette unité n'est pas donnée d'avance,elle est à construire selon une idée directrice, à faire valoir, et susceptible d'être révisée en touttemps.3)
Le principe de technicité
. C'est en corrélation avec le principe précédent que le principe detechnicité prend toute sa valeur. Dans la méthodologie, la technicité recourt à l'instrumental, entant qu'il est susceptible de se distinguer des informations naturelles et des opérations de l'esprit.Sa forme variera du verbal à l'objet ou à la machine : l'essentiel est de voir que rien, et à aucuntitre, ne peut être considéré comme du purement instrumental, toute délimitation se justifiant enfonction des données propres à chaque discipline. L'autonomie d'une discipline, l'efficacité de sespratiques expérimentales, sont intimement liées à sa technicité ; la méthodologie doit prendreacte du fait technique comme d'un fait principal sans lequel son analyse resterait en deçà desréalités de la pratique.4)
Le principe de solidarité ou d'intégralité
. Il relève simplement du fait « que la connaissancescientifique forme une trame dont toutes les parties se tiennent et se conditionnent les unes lesautres. Il rappelle le fait qu'une révolution portant sur telle ou telle partie de ce système bien liépeut ou doit entraîner des révisions en tel ou tel autre point. Il n'y a là guère autre chose que laformulation d'une expérience commune. »Gaston Bachelard, professeur à la Faculté de Dijon, puis à la Sorbonne, est mort en 1961. Il s'estefforcé durant sa carrière de créer une psychologie de l'esprit scientifique avec pour corollaireune méthodologie en vue d'établir les fondements d'une conscience de la rationalité qui soit à la
 
mesure de notre temps. La science incite l'homme à saisir les choses et les phénomènes dans descadres rigides (précis) mais avec un contrepoint dans l'imaginaire. La réflexion philosophiqueest, dans un premier moment, constructive. La science est une suite infinie de rectifications. Laconnaissance est approchante, elle est toujours approchée (c'est le titre de sa thèse de 1929), jamais définitive. Le sujet connaissant est en interaction incessante avec le phénomènescientifique. Jamais la science n'est donnée d'un coup, elle suit un long processus d'élaboration. Ily a d'abord une connaissance première des faits scientifiques ; celle-ci est fournie par lespremiers enregistrements des sens. Mais aussitôt la raison, loin d'entériner ces faits, les travaillepour en dégager le sens par rapport à la science. Or, rien dans la raison humaine n'est immobile.Au contact de l'objet scientifique la raison se forme et se déforme (
 Le Nouvel Esprit scientifique
). Aucun principe, aucune catégorie, aucune structure que la raison se donne n'estdéfinitive. Tout change en fonction du stade de développement de la science. La science fondeaujourd'hui un type d'intelligibilité qui est dialectique. Connaître ne peut éveiller « qu'un seuldésir : connaître davantage, connaître mieux ». Le nouvel esprit scientifique est l'ébauche decette attitude, mais au préalable il faut jeter par-dessus bord deux types d'explicationsmétaphysiques. La pensée de Bachelard, après avoir établi que la science est dialectique, vaadopter un ton critique. D'une part pour Bachelard la science ne se borne pas à l'enregistrementdes faits bruts. Il n'y a de science que de ce qui est caché. Il est nécessaire pour l'espritscientifique d'établir des normes et des cadres qui favorisent l'explication de ces donnéesimmédiates des sens et de la perception. D'autre part, la raison humaine ne peut se constituer unefois pour toutes. La science est un effort sans cesse rectifié pour s'adapter aux phénomènes. Lesdomaines nouveaux conquis par la science contemporaine ne peuvent plus faire l'objet d'unemise en pratique des cadres aristotéliciens et kantiens. L'intelligibilité aristotélicienne étaitvalable pour la science macroscopique. Aujourd'hui elle est un obstacle à la connaissance, carelle ne permet pas l'analyse du domaine de l'infiniment petit. Au contact des phénomènesl'homme transforme son esprit, sa raison s'affine.
 Le Nouvel Esprit scientifique
montre sous saforme la plus simple, la plus pure, le jeu dialectique de la raison. Les moyens de la connaissances'approfondissent sans cesse. Il faut donc que la connaissance soit admise comme un faitdialectique. Le savoir est une remise en question incessante. « Rien n'est jamais acquis », c'estdonc par un échange sans fin et dans les deux sens entre l'objet et le sujet que s'accroît laconnaissance. Le monde connu n'est pas une donnée brute, le monde connu est un mondeconstruit en fonction d'un type d'intelligibilité. Pour Bachelard, la science dans son histoire etdans ses processus de construction est l'affirmation d'une dialectique. Une connaissance n'estqu'un moment sur l'axe du devenir. Au niveau de l'activité scientifique, l'homme est donc l'êtrede la dialectique. Il est dans le monde mais il cherche à le réduire à l'expression qu'il en a. Sonrapport au monde est dialectique, c'est-à-dire que le monde est sa représentation. Celle-ci estco
nsécutive à sa façon de le penser, autrement dit aux moyens mis en œuvre, c'est
-à-dire lescadres de l'intelligibilité. Nous venons de saisir cette dialectique dans son caractère général :l'homme est présent au monde. Ce monde lui est donné, il pense ce monde et réagit sur lui ; cerapport met en évidence une interaction entre l'homme et le monde. Le modèle de l'explicationdu monde n'est jamais définitif. Une théorie est sans cesse rectifiée, transformée, vérifiée aucontact de l'expérience. Elle va du réel à l'abstrait, puis revient vers le réel : la technique ouquelque forme que ce soit de vérification. Ce retour au réel rend nécessaire un nouveau typed'intelligibilité. La raison humaine se transforme ainsi indéfiniment au contact de l'expérience.Une rectification objective est immédiatement une rectification subjective. « Si l'objet m'instruit,il me modifie. De l'objet comme principal profit, je réclame une modification spirituelle. »

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