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LES NOUVELLES TENDANCES SUR LE MARCHEDE L’INFORMATION NUMERIQUE
Ludovic Bour
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ÉSUMÉ
 Le concept d’intelligence économique renvoiesystématiquement à la notion d’information.L’information est entendue à la fois du point de vue de savaleur d’usage, mais aussi comme une matière premièrequi entre dans un processus de traitement et de restitutionpour au final amener à la prise de décision. Laprésentation qui suit a pour objectif de revisiter le cycle del’information suivant une analyse dynamique du marchéqui organise le traitement de cette matière première qu’estl’information.L’analyse dynamique de ce marché suppose quel’information entre dans un processus de production, demodification, de transformation et de diffusion qui répondà des règles d’organisation qui lui sont propres.L’analyse des forces concurrentielles en présence est unmoyen d’expliciter dynamiquement ce marché et de mieuxapprécier les enjeux qui s’y dessinent.Le séquençage de la présentation consiste dans un premiertemps à relever la présence d’une multitude d’acteurs surce marché (éditeurs de contenus, éditeurs de logiciels,agrégateurs de contenus, serveurs, intermédiaires,entreprises consommatrices, acteurs publics, nouveauxentrants, individus). Cette phase doit aussi consister enune évaluation de ce marché pour mieux appréhender lesrapports de force. Dans un second temps, l’analysedynamique de ce marché consiste à identifier les voies dedéveloppement possibles et probables compte tenu desmouvements capitalistiques sur les principaux acteurs, del’évolution des technologies et de celle des usages.L’analyse du jeu des forces en présence sur le marché del’information doit permettre de donner une clé de lecturedynamique qui vise à comprendre comment nous sommespassés d’une gestion de la pénurie (au niveau des sourcesinformationnelles et des inputs) à une gestion de lacomplexité (par excroissance des données nonstructurées).Au final, il s’agit d‘arrimer l’intelligence économique etstratégique à l’éco-système informationnel. En toutelogique, l’analyse dynamique de cet éco-système doitinviter les participants à adopter une posturesuffisamment critique par rapport à l’information. Elledoit aussi donner les clés de lecture aux professionnels del’information et des travailleurs du savoir pourappréhender ce marché et comprendre le déplacement dela valeur de l’information. D’une logique de capture etd’organisation de l’information, le professionnel assiste etparticipe à l’émergence de nouvelles fonctions dansl’entreprise : repérage de l’information pertinente, gestiondu flux et analyse.
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E TEMPS DES AUTOROUTES DE L
INFORMATION
 
En des temps quasi pré-historiques, au vu dudéveloppement de l’Internet, on s’interrogeait sur lagénéralisation du protocole IP (l’Internet), sur l’intérêt denumériser la connaissance et le savoir, sur la convergencedes industries des télécommunications, de l’audiovisuel etde l’informatique pour organiser et diffuser le contenunumérisé. On s’interrogeait sur les
Autoroutes del’information
. C’était … il y a une quinzaine d’années !Le concept renvoyait principalement à des questions dedéveloppement d’infrastructures, et supposait uneimplication forte du politique pour assurer le déploiementde cette architecture complexe censée diffuser et véhiculerles services et contenus produits dans le cadre d’unassemblage de réseaux interconnectés. La notiond’autoroute de l’information était née ; avec elle denouvelles opportunités apparaissaient conséquemment àl’augmentation des capacités de débit pour assurer latransmission des contenus (multimédia notamment), ainsiqu’un accès plus universel à l’ensemble des contenus.Resitué dans le contexte économique et politique dumoment, c’est au vu des enjeux financiers pour assurer lesinvestissements liés au déploiement de ces infrastructures,remettre en perspective la politique publique dansl’organisation du secteur des télécommunications. Oùdéréglementation et ouverture à la concurrence deviennentles principes directeurs de la puissance publique pour
 
 organiser le déploiement de ces fameuses autoroutes del’information.Dans un contexte professionnel, l’information numériqueest encore organisée sur le principe de l’interrogation deserveurs de banques de données suivant la maîtrise d’unlangage de commandes propre à chaque serveur. Autantdire réservé à un public de professionnels avertis etrompus à l’exercice
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. L’accès à la donnée n’en était queplus confidentiel d’autant plus que l’action duprofessionnel de l’information était concentréeessentiellement sur la capture de cette information dansun état de pénurie informationnelle. Le marché était alorscaractérisé par la rareté de la matière première. Ce quirevenait à dresser l’équation suivante : détenirl’information, c’est avoir le pouvoir !La dissémination de l’Internet dans toutes les strates de lasociété au cours des années 90 a remis en causel’ensemble de ces schémas. Le marché de l’informationnumérique a été impacté de façon irréversible tant dupoint de vue de la production des contenus, que celui deleur diffusion et de leur traitement.
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E TEMPS DE L
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NTERNET
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…0)
L’internet qui rappelons-le est né d’une initiativemilitaire
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a été très largement diffusé dans la société nord-américaine par l’intermédiaire de la communautéuniversitaire (étudiants et enseignants) qui avait très viteperçue sa valeur d'usage comme étant un vecteurd’échange et donc de communication des travaux réaliséspar la communauté.Le fait que la diffusion de cette technologie decommunication alors novatrice s'est faite par les usages(internet utilisé pour l'échange de fichiers) expliqueencore aujourd’hui la dissémination des évolutions qui ontcours sur le net (on pense aux nouvelles couverturesfonctionnelles que permettent aujourd’hui les applicationsen ligne réputées “web 2.0”).En ce sens, même si le terme “web 2.0” peut paraître àbien des égards inapproprié, on notera que dans unpremier temps, le web visa à assurer l’interconnexionentre les ordinateurs avec pour principal objectif defaciliter l’accès des données disponibles. Puis, il est entré
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Pour les nostalgiques de l'avant internet, il est intéressant derappeler que le serveur Dialog a été en 1966 le premier systèmed'interrogation en ligne de serveur de banques de données et quele service est né d'une initiative du complexe militaro-industrielUS en pleine guerre froide associant la NASA à LockheedMissiles Space Company
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Début années 60 : le réseau des réseaux est envisagé par leDépartement US de la Défense de l'Advanced Research ProjectAgency pour étudier l'amélioration de la transmissiond'informations d'ordinateur à ordinateur. L’objectif est de créerun réseau de communication invulnérable à toute attaquenucléaire éventuelle
 dans une logique d’interconnexion entre les personnesavec pour objectif de faciliter l’échange entre lesindividus. On peut penser que dans une troisième étape(par ailleurs déjà engagée), son ambition estd’interconnecter les contenus et de ce fait faciliter laproduction des idées ainsi que leur circulation. On notera,par ailleurs, que la possibilité aujourd’huid’interconnecter entre eux des outils de couverturesfonctionnelles différentes (mashup) participe à cetteambition de favoriser les transferts de savoirs.Sommes-nous pour autant entrés dans un cercle vertueuxde co-production et de partage universel desconnaissances ? Rien n’est moins sûr. A tel point que lelangage des experts tend à dériver vers de nouveaux étatsde crise comme “la fracture informationnelle” ; soit ledifférentiel de consommation d’information entre lesdivers acteurs du développement économique suralimentépar la fracture numérique. Il convient dès lors des’interroger sur l'exploitation optimale – par lesentreprises - des ressources informationnelles disponiblesen ligne. De même que l’analyse doit porter surl’appropriation d’outils de veille et de gestion des fluxd’information qui aujourd’hui intègrent de plus en plus defonctions participatives et qui ce faisant favorisentl’interaction.
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E MARCHE DE L
INFORMATION NUMERIQUEPROFESSIONNELLE
Le marché français de l’information électroniqueprofessionnelle est évalué à près de 1,5 milliard d’euros
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.Il est en croissance constante. On y trouve une centained’acteurs : producteurs de bases de données, instituts derecherche, éditeurs de contenus, agrégateurs, serveurs,courtiers et intermédiaires, éditeurs de logiciels dont lacouverture fonctionnelle suit les étapes du cycle del’information. Une décomposition de ce marché ensegments permet de constater des tendances de fonds quise confirment sur une période récente :
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la poursuite, voire l’accélération de la numérisationdes contenus
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la montée en puissance (en termes de parts de chiffred’affaires sur l’ensemble de ce marché) du segmentreprésenté par les outils de recherche et plateformes deveille
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la confirmation de l’importance du segment représentépar l’information financière en terme de parts demarché, devant l’information presse, puis juridique
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les nouveaux enjeux sur le segment de l’information
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Source SerdaLab : L'Information électronique professionnelle -le marché en 2006 et les tendances 2007-2008
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Ce que les
anglo-saxons reprennent sous le vocableSearch, Aggregation & Syndication services, soit toutesolution qui diffuse des données qu’elles n’ont pasproduites. Typiquement, les revenus générés par GoogleInc. font partie de ce segment
 
 scientifique, technique et médicale (ISTM) dont lesmodèles classiques de diffusion sont perturbés par ladynamique en cours au niveau mondial et européen enparticulier sur “l’open access”. L’objectif étant defaciliter l’accès aux données produites dans le cadre dela recherche publique
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la poursuite de la concentration capitalistique desprincipaux acteurs du secteur avec la constitution et laconsolidation de groupes largement dominant surcertains segments
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le repositionnement de certains acteurs sur desmodèles économiques qui émergent
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la “délicate” approche du marché par les producteursde données publicsCompte tenu des tendances observées au niveau de l’offre,il n’est pas vain de s’interroger dès lors sur l’évolution dela demande et constater de la sorte que les évolutionstechnologiques actuelles redessinent les modalités deconsommation de l’information. Cette tendance de fondest aussi alimentée par une recomposition del’environnement des acteurs traditionnels sur ce marché.Les “pures players” tels que les éditeurs de contenus,agrégateurs de contenus et éditeurs de logiciels du secteurse réorganisent sur des logiques de croissance externes etdonc de concentration ainsi que sous l’impulsion denouveaux entrants qui imposent de nouveaux modèleséconomiques.
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NTRE RECONFIGURATION DES ACTEURS
La tendance la plus manifeste est l’intégration progressivedes fonctionnalités issues des applications grand publicréputées “web 2.0” aux nouvelles plateformes de veille,de travail collaboratif et de gestion des flux d’informationdans les entreprises et les organisations.Les fonctions ainsi proposées ont pour principalemotivation de favoriser l’interconnexion entre lesindividus, ce qui tend à lier régulièrement “web 2.0” etinternet participatif ou collaboratif. On peut les regrouperen divers familles de composantes fonctionnelles :
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la coopération éditoriale depuis des plateformesdédiées (wiki, weblog multi-contributeurs)
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l’identification des expertises organisée depuis lesplateformes de réseaux sociaux dont les membresinteragissent entre eux
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la rétroactivité par ajout de commentaires à desarticles
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l’enrichissement de contenus collectés dans le cadred’un processus de veille par annotations d’experts
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la mutualisation de la ressource informationnelle parsyndication de contenu
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le développement des interconnections d’applications(mashup) qui permettent de lier un contenu à un outil(à l’exemple de ce que permet Googlemaps)
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le développement des modules de syndication(widgets), paramétrables et personnalisables, quipermettent d'embarquer des contenus et fonctionsproduites par des tiers. Ces contenus sont dynamiques,c'est à dire qu'ils sont réactualisés automatiquement enfonction des mises à jour de l’éditeur.Au-delà des outils qui permettent à ces fonctionnalités dese répandre dans les organisations, il est intéressantd’observer les changements dans les modalités deconsommation de l’information, ainsi que l’impact surl’évolution des métiers qui traitent l’information. Une desexpressions les plus répandues actuellement sur ce thèmeest le glissement terminologique en cours d’une logiquede veilleur professionnel à celle de travailleur du savoirplus communément appelé “knowledge worker”.Un des exemples les plus emblématiques actuellement estl’approche du marché que propose l’agrégateur decontenus Factiva DowJones dont l’objectif affiché estaujourd’hui de fournir une infrastructure technologiqueconçue pour les travailleurs du savoir. Dans ce contexte,l’individu est déchargé des tâches (fastidieuses doncchronophages) de collecte qui sont assurées par des agentsintelligents intégrés aux portails d’information.C’est l’avènement des plateformes intégrées qui proposeun repositionnement des principaux acteurs sur le marchéde l'information professionnelle. La donnée - qui devientabondante et consommable en quasi temps réel vianotamment le développement de la syndication - n’estplus l’enjeu. La présence sur le poste client et le réseau del’entreprise s’y est substituée. En d’autres termes, les grosacteurs du secteur ont intégré à leur nouveau schéma dedéveloppement le fait qu’il leur faut être présent surl'infrastructure. Cette présence passe par la fourniture àl'utilisateur des services à valeur ajoutée tels que lacartographie et les outils de visualisation de l’information,le traitement automatique des contenus, la gestion dumultilinguisme, la catégorisation des contenus, les outilsd’aide à la décision, etc… Ils trouvent de la sorte lameilleure assurance contre le risque de perdre le client quia de plus en plus tendance à se fournir en données brutesauprès d'une multitude de sources. Ce faisant, on peutaffirmer que la valeur n’est plus dans la donnée, maisdans le flux. Ce qui en soi concoure avec l’idée émergentequ’avec le déploiement des applications réputées “web2.0”, nous serions passé d’une culture du stock à uneculture du flux. Il fait donc sens de dire que larationalisation de la gestion des flux d’informationorganise “l’entreprise apprenante”, voire “l’entrepriseétendue” qui intègre son réseau de clients, de fournisseurset de partenaires. On comprend mieux le rapprochementqui s’opère actuellement entre le knowledge managementet l’intelligence économique et stratégique toute dédiée àl’optimisation de la prise de décision. De même quel’impact sur l’organisation n’en est que plus manifeste.Pour illustrer le propos, il est intéressant d’observer lesmutations en cours quant au “core business” de LexisNexis. D’un métier d’éditeur, agrégateur de contenus dansle domaine juridique, le groupe s'oriente vers une logiquerecombinatoire des savoirs où l'information brute, soit la jurisprudence est analysée, commentée par les expertspour être ensuite diffusée selon des modes opératoires

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