n’aime pas. En revanche, cette dernière possède tous les critères “kabyles” pour faire uneépouse respectable : la famille et l’argent ajouté à un zeste de beauté.Sans amour, ce mariage est acariâtre cependant. La nuit de noce, décrite par Mouloud Feraounest un supplice pour les deux conjoints. C’est le visage de Dahbia que voit Mokrane. Quant àOuiza, elle ne réalise même pas ce qui lui arrive. Des mots violents sont utilisés dans ce passagepour faire état de la psychologie des deux personnages lors de cette nuit décisive : “L’image deDahbia surgit subitement dans son esprit. A vrai dire, il n’avait pas oublié la petite chrétienne etmême, la veille, à côté de Ouiza, il y avait pensé comme malgré lui. Il avait revu son beausourire et songé une seconde que, ci ç’avait été elle, là, sur le lit, il aurait été peut-être pluséloquent”. Cet épisode du roman montre comment un homme peut passer à côté du bonheurrien que par manque de courage à même de lui permettre de faire face à la société. Si Mokranene peut pas être heureux c’est parce qu’il ne peut pas épouser Dahbia par peur du qu’en dira-t-on. Le lendemain de sa noce, Mokrane rêve déjà de rencontrer, par hasard, Dahbia “pour luimontrer avec son regard qu’il lui est demeuré fidèle”. Mokrane, par dépit, devient un êtreméchant une fois son amour est hors de portée.Devant la lâcheté de Mokrane, Dahbia donne libre cours à son ire : “Fumier”, lui lance-t-elle,quand elle le croise. Mokrane pense qu’elle est jalouse suite à son mariage.Dahbia reste au village la femme que tout le monde désire pour sa beauté et son caractère maisque personne ne peut épouser pour les raisons précitées. Elle s’en moque éperdument. Elleaime Amer bien qu’elle sache que celui-ci est inaccessible à cause de son tempérament. QuandAmer meurt, Dahbia ne rêve que d’une seule chose, le rejoindre. Tout comme Dahbia, Amer estl’objet de la convoitise de plusieurs filles du village qui, intérieurement savent qu’Amer ne peutfixer l’œil que sur Dahbia. Amer est irrésistible. Paradoxalement, Dahbia a peur de Ouiza ; cettedernière pourrait séduire Amer grâce à son audace ainsi qu’à sa beauté, appréhende-t-elle lorsde ses méditations solitaires. Le fait que Ouiza soit mariée à Mokrane ne constitue pas unhandicap. Dahbia pense que Ouiza ne craint pas le scandale. Ce que Dahbia appréhende seproduit : “Tantôt, elle interceptait un geste de l’un auquel l’autre répondait clairement, tantôtc’étaient des sourires fugitifs, imperceptibles, après quoi, toujours, Ouiza s’épanouissait,devenait loquace, heureuse, tandis que Dahbia se renfrognait”. Ouiza finit par être répudiée. Larumeur court. On dit même que les amants ont été surpris par le mari. Comme pour se venger,pour exprimer son désespoir, pour voler un moment de plaisir obscur à la vie ou carrément sansbut aucun, Dahbia finit par se jeter dans les bras de Mokrane, un jour qu’elle tombe sur lui àcôté d’un grand frêne.Tout finit mal dans ce roman. Un peu comme dans la vie réelle. Les rêves innocents de la tendreadolescence s’effilochent au fil des ans, quand l’amer dureté de la vie et son caractèreéphémère commencent à devenir palpables. La deuxième partie du roman, présentée sousforme de journal d’Amer, rend le récit plus éloquent. L’image d’ange qu’avait Dahbia d’Amern’existe pas. Amer aussi, et c’est lui-même qui l’écrit, désirait Dahbia et ne l’aimait pas, encorefaut-il qu’il croit à l’existence de l’amour. Ceci confirme la démarche de Mouloud Feraoun,adoptée dans toute son œuvre, tendant à présenter les choses et les êtres humains tels qu’ilssont. C’est à dire ni tout à fait bons, ni tout à fait mauvais. C’est le cas d’Amer, de Dahbia maisaussi de Mokrane. Mouloud Feraoun confirme surtout la faiblesse de l’homme devant l’inexorablemarche du destin.Par la Dêpeche de KabylievBulletin® v.3.6.5, Copyright ©2000-2008, Jelsoft Enterprises Ltd.Tous droits réservés - Version française vbulletin-fr.org
Mouloud Feraoun