génération d’hommes plus subtils, amis de la paix, renonçant aux conquêtes impossibles, raffinés, et qui pourront changer une mentalité héritée des fiers-à-bras de 1871… La vie nouvelle qu’apporte Nietzsche n’a pas germé immédiatement sur la terre allemande
. » Saluons tout de suite, à la fois laperspicacité de l’interprétation mirbellienne de Nietzsche etl’infléchissement de sens qu’il lui fait pourtant subir.Perspicacité : car loin de voir dans l’exaltation nietzschéennede la Volonté de Puissance la soif nationaliste de conquêtes etde domination que prétendirent y trouver les pangermanistes,et loin de conclure du procès nietzschéen de la morale judéo-chrétienne du ressentiment à un prétendu antisémitisme deNietzsche dont se réclameront abusivement les Nazis, Mirbeaua compris que Nietzsche nous appelle en réalité à épouser lavie en nous dépassant nous-mêmes, appelle l’homme à sevaincre lui-même, pour l’emporter sur le nihilisme, et que laseule guerre qui soit désirable est la guerre contre des formesculturelles figées, mortes et mortifères ; que la seule victoirequ’il nous invite à remporter est la victoire sur la médiocrité, lafaiblesse, la stérilité de l’esprit, la victoire sur nous-mêmes.Mirbeau a recueilli le vrai message de Nietzsche, pour qui ceuxqui jouissent de dominer les autres ont une âme d’esclavequ’ils s’efforcent de «
draper dans un manteau royal
».Nietzsche déplorait que «
la bétise aryenne
»
ait «
corrompu le monde
», et dénonçait dans l’antisémitisme le ressentimentd’imbéciles envieux du génie juif. Mirbeau fait allusion à cette«
vie nouvelle
» que Nietzsche nous presse d’inventer, parexemple dans
Les 21 jours d’un neurasthénique
,
où il qualifiel’un de ses personnages, Clara Fistule, d’«
intermédiaire entre l’homme et Dieu, un interhomme, comme pourrait l’appeler Nietzsche
». Très net renvoi à ce que Nietzsche appelle lesurhomme, qui assumera la mort de Dieu, créera une nouvelletable des valeurs, pour nous éviter de dégénérer en cet êtreveule, vil, répugnant, fuyant l’effort et la douleur dans de petitsplaisirs faciles, cet épouvantail d’une sous-humanité à venir,que brandit devant cette foule Zarathoustra, le porte-parole deNietzsche et qu’il nomme «
le dernier homme
».Cependant Mirbeau infléchit la pensée de Nietzsche enprivilégiant son aspect négatif, lorsqu’il compare son messageà
La Ronde de nuit
. Car, pour Nietzsche, l’avenir sera lumière,lumière du Surhumain après la nuit du nihilisme. Alors que, s’ilarrive à Mirbeau d’avoir des accents nietzschéens positifs,c’est-à-dire d’inviter les hommes à développer «
leurs facultés
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