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Cours Bernard Franco

Cours Bernard Franco

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Synthèse des conférences de Bernard Franco donnes au CUF de Moscou en Décembre 2011
Synthèse des conférences de Bernard Franco donnes au CUF de Moscou en Décembre 2011

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Cours de Bernard Franco
Femmes-écrivain(e)s
Le corpus aborde une double relation : 1) la femme comme objet de la littérature, comme thème.2) femme-auteur, existe-t-il une écriture féminine ?
A travers ces deux axes, se posent les questions de l’érotique féminine
(spécificité du désir fémininporté par des grands mythes,
comparaison de Louise Labé à Sapho) et de l’esthétique féminine, durapport de la femme à l’
art (
Corinne
est un roman de l’artiste,
L’amant 
, roman autobiographique
raconte une histoire amoureuse mais aussi la naissance d’une femme
-écrivain).Louise Labé appartient aux grands poètes français de la Renaissance, appartenant à la brillante école
lyonnaise (la ville était centre intellectuel car centre d’imprimerie).
Elle
s’illustre dans le genre lyrique. C’est un genre qui n’est pas étudié par la théorie d’
Aristote car
Aristote s’intéresse avant tout aux modes de représentations, à l’objet représenté, il se concentredonc sur l’épopée, le théâtre, où l’objet diffère du locuteur.
Dans la poésie lyrique, le « moi
» est l’objet. Il y a donc confusion entre le
 
sujet et l’objet. L’auteur estsujet et objet du chant. Ainsi la poésie de Louise Labé présente une conception féminine de l’amour.
Cette poésie est très spécifique : les poèmes de Louise Labé ont été publiés en même temps que des
poèmes d’autres auteur
s qui louent la poétesse. Ils ne nous sont parvenus que sous cette formeimprimée. Première édition en 1555. Seconde en 1556.Le volume est composé de diverses parties.Il commence par une épître (une lettre) qui porte une dédicace mystérieuse : à M.C.D.B.L.
C’est un
phénomène courant à la Renaissance (comparez aux sonnets de Shakespeare). La dédicace estéclairée dans une édition plus tardive : à Mlle Clémence de Bourges Lyonnaise.
L’épître défend leprincipe d’une activité intellectuelle de la femme.
Le deuxième texte du volume est le
Débat de Folie et d’Amour 
. Dialogue dans la tradition
platonicienne. Jupiter organise une fête où il convie les dieux. Amour s’apprête à entrer mais il estretenu par Folie. S’en suit une dispute, chacun voulant la prés
éance. Déséquilibre dès le départ :
Amour ne connaît pas Folie. C’est toujours la Folie qui a le dernier mot. Elle se rend invisible etarrache les yeux d’Amour. Celui
-
ci, rendu modeste, demande qu’on lui rende ses yeux. Folie lui
donne un bandeau. Amour la remercie : il ne sait pas que ce bandeau ne peut pas être retiré. Quand
il s’en aperçoit, il se plaint et débute un procès. Chacun des plaignants a son avocat
: Amour
 –
 Apollon, Folie
 –
 
Mercure. De manière symbolique sont représentés ici, d’un côté l’
amour rationnel,
de l’autre l’amour fou.
Les personnages du débat sont donc des allégories (figure concrète qui représente une idée
abstraite). On voit comme dans cette œuvre philosophie et poésie se combinent. Il ne s’agit pas ici
 
d’un dialogue à la Platon, mais d’un
débat 
: un face à face en présence d’un juge, cela confère au
texte une dimension dramatique, théâtrale.La troisième partie du volume, et sans doute la plus importante, est un ensemble de poèmes. Tout
d’abord des élégies, genre poétique de
forme longue caractérisé par un épanchement lyrique.
Ensuite viennent 24 sonnets, forme maîtresse durant la Renaissance pour exprimer l’amour. Ilstraitent le thème de la femme aimante, déchirée. Ici, c’est la femme elle
-même qui exprime son
rapport à l’am
our.
On voit donc que nous avons là un ensemble d’œuvres publiées en un bloc. On a beaucoup travaillépour réunir les éléments de biographie de Louise Labé car il en reste très peu de traces. C’est le cas
notamment de François Rigolot à qui nous devons une édition de référence des
Œuvres
.Mais en 2006, Mireille Huchon publie un ouvrage au titre révélateur :
Louise Labé, une créature de papier 
. La thèse de la chercheuse est radicale
: Louise Labé n’a jamais existé comme poète, elle est le
fruit de la collaboration de poètes masculins autour de Maurice Scève, unis dans la mise en place
d’une supercherie littéraire.
Cette thèse conduirait donc à déplacer notre interrogation de départ : Peut-on concevoir uneécriture féminine qui ne serait pas une écriture de femme ?
I. Louise Labé, une créature de papier ?
Pour comprendre la thèse de M. Huchon, il faut partir de plus loin : de la Renaissance en France. La
Renaissance, c’est avant tout la réactivation du modèle antique. La chute de Constantinople en 1454
a accéléré un phénomène de réappropriation du patrimoine grec en Italie. En France, la Renaissance
passe par l’influence italienne. Les grands représentants de la Renaissance en poésie, Ronsard, duBellay, s’associent dans un groupe qui s’appelle d’abord «
la brigade », puis la Pléiade, non qui lesqualifie durablement.En 1549, du Bellay publie
Défense et illustration de la langue française
. En 1550
Odes
de Ronsard eten 1552-53, les
 Amours
 
du même auteur. Dans ces œuvres, une certaine tradition pétrarquiste est
revisitée.Mais un groupe précis de poètes nous intéresse particulièrement
: l’école lyonnaise.
Les imprimeries sont un facteur déterminant pour la définition de lieux de culture au XVI
e
siècle. Or,les deux plus grands centres sont Lyon et Paris. Lyon tire aussi sa richesse des fabriques de soie. Elleconnaît quatre grandes foires annuelles, elle est au croisement de routes importantes, vers
l’Allemagne, vers l’Italie.C’est donc à Lyon que sont publiées en 1555 les
Euvres de Louise Labé Lyonnoise
(orthographeancienne) par Jean de Tournes.
Le grand poète lyonnais de l’époque est Maurice Scève qui a publié en 1544 la
Délie
, recueil dedizains. Lui et ses proches sont influencés par la poésie italienne et par la pensée néoplatonicienne.Dans un ouvrage publié chez Jean de Tournes en 1549,
Il Petrarca
, Scève prétend avoir découvert le
tombeau de Laure (la muse de Pétrarque) à Avignon, ainsi qu’un sonnet inédit du poète. Cela susci
teun grand retentissement. La falsification est rapidement éventée.
 
Cette légende organisée par Scève nous montre à
quel point l’amour est au fondement de la poésie
au XVI
e
siècle et surtout au fondement du genre du
canzoniere
hérité de Pétrarque. L’amour est unerencontre des âmes. Selon la vision platonicienne, âmes féminines et masculines étaient d’abord
unies et le
s hommes étaient alors hermaphrodites. L’amour serait donc la volonté de retrouverl’unité originelle. A ces idées antiques viennent se superposer des notions chrétiennes
: la beauté de
l’amante est reflet de la beauté divine. Au travers du christianisme e
t de la philosophie platonicienne,
la femme a donc été placée sur un piédestal, même si l’on sent déjà à l’époque de Louise Labé, des
tendances à la parodie de la mode pétrarquiste, tendances qui culmineront dans les
Sonnets
deShakespeare.Cette vision se fonde sur la hiérarchisation des sens
: la vue, l’ouïe
puis les autres sens jugés
inférieurs et est liée à l’accès au monde des idées. Plus les sens sont «
clairs », plus ils facilitent
l’accès à l’essence des choses.Dans l’école lyonnaise, trois fem
mes-écrivains ont joué un rôle important : Pernette du Guillet,Jeanne Flore et Louise Labé.
Le problème c’est qu’on dispose de très peu d’informations sur leur
existence.
Jeanne Flore est presque à coup sûr une invention d’un groupe de poètes lyonnais. E
lle publie en1531 :
Contes amoureux par Madame Jeanne Flore : touchant la punition de ceux qui contemnent et mesprisent le vray amour 
, puis, en 1540,
La punition de l’Amour contemné extrait de l’Amour fatal de
madame Jane Flore
. Ce sont des contes qui dé
fendent l’amour physique et le mariage d’amour. Ils’agit en réalité d’une répons
e à un texte de Jean de Flores
traduit de l’espagnol
,
La déplorable fin deFlamette
, pour leque
l Maurice Scève avait inventé un huitain où il chante la cécité de l’amour. Al’inverse, Jeanne Flore prétend que l’amour est sensé. On a donc une femme Jeanne Flore qui répond
à un homme Maurice Scève / Jean de Florès. Ce qui a poussé beaucoup de chercheurs à mettre en
doute l’existence du personnage qui est sans doute l’incarnation
 
d’un ou de plusieurs hommes.
Tournons-
nous vers ce qu’
on a longtemps dit de la biographie de Louise Labé. Fille de Pierre Labé,
cordier de profession. D’où l’apparition d’
un paradoxe : elle aurait reçu une éducation raffinéeapprenant latin, italien, espagnol, broderie, musique, escrime, équitation. Une formation qui suit les
normes humanistes. Elle aurait repoussé l’amour d’un vieux poète romain, puis serait tombée
amoureuse
d’un homme de guerre, le futur Henri II. En 1542, alors dauphin, il avait traversé Lyon
pour assiéger Perpignan. Louise Labé aurait même participé à cette campagne ce qui aurait justifiédes comparaisons avec des femmes guerrières : amazone, Sémiramis. Elle épouse Ennemond Perrin,un riche marchand de cordages. Mais comment dans un milieu si modeste a-t-elle pu atteindre uneculture si riche
? Le bruit a couru qu’elle était
une célèbre courtisane, connue sous le nom de « bellecordière » dont beaucoup
d’auteurs, parmi eux Jean Calvin, ont parlé. D’où un rapprochement avecDidon (allusion à l’Enéide), et une note dans le débat d’Amour et de Folie où Louise Labé
mentionnerait sa mauvaise réputation à Lyon. Elle aurait donc vécu une vie intellectuelle etmondaine avant de mourir en 1566.
Etudions maintenant le paradoxe de l’édition des œuvres de Louise Labé. Elles apparaissent commeun ensemble en 1555, 1556 à Lyon, à Rouen la même année, à Lyon en 1562 puis ça s’arrête pendant200 ans. L’édition suivante date de 1762. Retour d’intérêt fin XVIIIe siècle
: 1767-1776-1815. Ce sont

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