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Les Eglises et Le génocide dans la région des Grands Lacs

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Les Eglises et le Génocide dans la région desGrands Lacs est-africains
Charles de Lespinay (
1
)Au Nom de Dieu? Non, le génocide de 1994 au Rwanda, les crimes contre l'humanité et autresactes génocidaires dans la région des Grands Lacs depuis plus de 30 ans, n'ont pas été commis aunom de Dieu. Cependant, la propagande des criminels a insisté pendant toute la durée dugénocide au Rwanda sur le fait que Dieu était avec le peuple.(
2
) Est-ce pour cela que lesmeurtriers se sont cru autorisés d'utiliser les églises, lieux de refuge pour les Tutsi exclus du peuple et traqués, comme abattoirs humains?Depuis l'indépendance du Rwanda et du Burundi, des massacres touchant des civils - dontfemmes, enfants, bébés - n'ont cessé de se répéter à l'intérieur de ces deux pays selon des processus différents, obligeant une partie de la population à fuir. Ils touchent principalement unecatégorie de citoyens considérée comme une ethnie étrangère, les Tutsi, et se sont souventaccompagnés au Burundi d'une répression sanglante contre une autre catégorie de citoyensconsidérée comme autochtone, les Hutu (il existe d'autres catégories oubliées par tout le mondemais prises elles aussi dans les massacres). Un seul de ces massacres, celui de 1994, ayant pour  but de faire disparaître complètement les Tutsi, a été qualifié de génocide par l'O.N.U., probablement à cause de son étendue: près d'un million de personnes. Les autres massacres, dontcertains (au Burundi en particulier) qui touchent systématiquement les cadres hutu sontnettement des actes de génocide, peuvent être qualifiés de crimes contre l'humanité. Pour la plupart, ces massacres sont restés impunis, consacrant ainsi en quelque sorte leur légitimité.Le Rwanda et le Burundi étant christianisés à 90 %, beaucoup de personnes se sont interrogéessur le rôle des églises chrétiennes dans la propagation des idéologies d'exclusion et dansl'explosion génocidaire qui en est aujourd'hui la conséquence à travers toute la région des GrandsLacs est-africains. Mais il ne faut pas négliger pour autant l'action courageuse de nombreuxhommes d'église (dont plusieurs ont été massacrés) et de chrétiens au cours des massacres etaprès ceux-ci. Divers travaux de spécialistes (entre autres les Français J.P. Chrétien, D. Franche,Cl. Vidal) montrent bien la part
 principale
prise par les missionnaires chrétiens dansl'officialisation et l'enseignement de mythes raciaux d'origine biblique, ceci tout au long del'époque coloniale et de la période de l'indépendance, sans parler de la participation directe decertains prêtres à des actes de génocide.Il apparaît d'entrée que, s'il ne faut pas rendre globalement les institutions religieusesresponsables au même titre que les pouvoirs politiques en place des actes de génocide et desmassacres, par contre de nombreux cadres des églises chrétiennes appuyés par leur institution ontune responsabilité directe, soit par complicité, soit par incompétence, en propageant desidéologies criminelles. Cependant, on est toujours en attente d'une condamnation claire par leséglises chrétiennes, en particulier par l'église catholique, de tous les massacres quels qu'ils soientet sans l'amalgame trop répandu entre les assassins et les victimes.La publication récente de plusieurs livres par des chrétiens engagés nous amène à reposer laquestion pour le temps présent du rôle des hommes d'église dans la situation catastrophique de
 
cette région et de l'éventuelle
responsabilité juridique
de certains d'entre eux
comme propagateurs, peut-être involontaires, d'informations tendancieuses entretenant un climat de peur, de méfiance et de haine, niant la réalité d'un génocide et pouvant conduire à de nouveauxmassacres
. Au préalable, il est nécessaire de résumer l'implication passée des missionnaires dansles conflits actuels.
I - Le passé missionnaire de pays massacrés
Dès les premiers contacts des missionnaires européens avec la région des Grands Lacs, à la findu 19
e
siècle, ceux-ci reprennent à leur compte l'interprétation toute biblique du peuplement localfaite par les premiers explorateurs des décennies précédentes (comme J.H. Speke en 1863). Pour leur politique de conversion, il leur fallait déterminer qui étaient les peuples, puis qui étaient leschefs de ces peuples afin de les convertir avec l'espoir d'entraîner à leur suite tous leursadministrés. Pour cela, ils avaient une grille de lecture toute simple, inspirée à la fois de la Bibleet de l'histoire de l'Europe de l'Ouest.(
3
)Déterminer qui sont les chefs pour convertir leurs sujetsPour eux, les Tutsi, catégorie de population dont une minorité détient alors le pouvoir au Rwandacentral (mais pas au Burundi), sont des Hamites, éleveurs nilotiques à la peau «claire»,(
4
)«arrivés» au 15
e
siècle, aristocrates, êtres supérieurs, parents des Juifs et cousins des Blancs. Onles reconnaît, parait-il, à leur grande taille! Joseph-Arthur de Gobineau, dans son
 Essai sur l'inégalité des races humaines
, en 1853-1855, livre qui inspira Hitler, ne parlait-il pas de lamigration des Chamites (les Hamites), descendants de Cham et de Noé, peuples blancs venusd'Asie septentrionale par l'Arabie jusque dans l'Est de l'Afrique. Tous les peuples de pasteursd'Afrique devaient être les descendants un peu africanisés de ces Hamites.A côté d'eux, la catégorie des Twa serait composée d'artisans et de chasseurs pygmées (de «petitetaille», malgré leur moyenne anthropométrique de 1m 59), autochtones, dont les Hutu, catégoriede population dite «bantu» arrivée il y a 2000 ans, auraient hérité de la légitimité sur le sol. CesHutu, les plus nombreux, seraient uniquement agriculteurs, de taille «moyenne», à la peau«sombre», de vrais Africains. On attend toujours aujourd'hui un commencement de preuve sur ces mythes forgés de toutes pièces. Les missionnaires (Français et Belges surtout), imprégnésd'une théorie des invasions successives comme celles des Gaulois puis des Francs dans l'histoirefranco-belge, ne pouvaient envisager l'histoire de la région des Grands Lacs qu'à travers desmigrations dont celle des Hamites tutsi aurait été le couronnement civilisateur.De même que le colonisateur allemand, insuffisant en nombre et en moyens, le colonisateur  belge(
5
) qui lui succède à la fin de la première guerre mondiale laissa les missionnaires plusnombreux prendre en charge l'enseignement et les services de santé, en s'appuyant de plus en plus exclusivement sur les supérieurs des missionnaires catholiques (Mgr. Hirth, Classe, Gorju).Ceux-ci vont se charger tout d'abord de la conversion et de la formation de ceux qu'ils appellentles «élites», c'est-à-dire l'aristocratie tutsi. Leur enseignement va insister sur l'identification descatégories de populations en terme raciaux.(
6
) Ils ajouteront à cela une lecture féodalisante des phénomènes socio-politiques: tous les Tutsi, des plus grands aux plus petits de l'échelle sociale,sont des «seigneurs féodaux», alors que tous les Hutu, y compris les chefs et les descendantsd'anciens rois, sont des «serfs» voués à la domination. Ce sera par la suite une des causes del'introduction de la lutte des classes dans la compétition pour le pouvoir. Cette analyse,d'influence européenne, des royaumes rwandais et burundais comme entités féodales estanachronique, non transposable, et en outre fausse puisque le terme «féodalité» implique un
 
 pouvoir faible et divisé, ce qui n'est pas le cas ici. Elle permettait d'insister sur le «retard» des populations locales par rapport aux pays européens et sur la mission «civilisatrice» conjointe dela colonisation et du christianisme.Tous les missionnaires n'étaient pas dupes. Bien informés des réalités locales, de l'existence derois «hutu» au début du 20
e
siècle à la périphérie du Rwanda central, de principautés «hutu» etd'une monarchie non tutsi au Burundi, mais aussi des exactions de certains grands chefs et princes de la cour royale et de leur résistance à la conversion, certains Pères Blancs s'opposèrentau mythe idyllique du Tutsi hamite civilisateur et à l'alliance avec les Tutsi. Mais ils ne remirent pas en cause la réalité des distinctions raciales instaurées, acceptant ainsi le regroupementarbitraire de toute la population en deux ethnies vouées à une haine réciproque.
catégorie
cultureélevage bovinchassepêchepoterieforgepouvoi
Twa
HF
****-(*
)
**-*--**---
 Hutu
HF
*****-*-*-*-*-
religion, politique
non
H
Tutsi
F
*****-**-**-*-*-
religion, politique
Tutsi
HF
*******-*---(*)-...-
 prestige, politique
Ganwa
HFgestiongestion
**-----...-
 politiquerituel(H= homme, F= femme) (in: Mageza & Lespinay,1990)
 Les catégories du Burundi et leurs activités au début du XX 
e
siècle
(les rares distinctions se sont estompées aujourd'hui)L'affaiblissement de la religion locale et du pouvoir royal sacréLes
bami
(rois) du Rwanda et du Burundi, voyant le risque que peut engendrer l'expansion de lanouvelle religion sur leur royauté sacrée, fondement de la société et des institutions politico-foncières, garante de l'équilibre politique et social, se méfient des missionnaires et du nouveau pouvoir qu'ils sont en train d'installer. Ceux-ci ne se privent pas d'ailleurs de défier le pouvoir royal et la religion des habitants, en s'installant sans autorisation près ou sur des sites sacrés ouroyaux. N'étant pas jugée digne de respect, la religion locale du
kubandwa
est considérée commeune superstition à extirper et non comme une religion.En 1931, les «Pères blancs» entreprennent l'évangélisation massive de la région. C'est unevéritable conquête religieuse qui commence. L'église catholique conquérante ne va pas supporter la concurrence, que ce soit de la part de la religion locale ou des autres confessions chrétiennes.Elle ira jusqu'à encourager par voie d'affiche la dénonciation des mauvais convertis (c'étaitencore le cas au Burundi, à Mpinga dans le Nkoma, en 1980), faisant aussi des autodafésd'instruments du culte du
kubandwa
.Les Pères blancs jettent leur dévolu au Rwanda sur Rudahigwa, fils du
mwami
(roi) Musinga, leconvertissent, puis obtiennent du pouvoir colonial la destitution du roi, à l'instigation deMonseigneur Classe, et la
nomination de chefs de l'aristocratie tutsi à la place des chefs hutu
en poste. Leur pupille sera intronisé
mwami
, sous le nom de Mutara III et, après une très longue

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