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N° 1898 Mercredi 18 avril 2012
Coup d’œil
Reportage
De notre envoyéspécial en Italie :Mohamed Saâd
A
prèsdemulti-plestractationsetungrandpouvoirdeper-suasion,nousavonsréussiàarracherl’ac-corddeMarcelloLippipournousaccorderuneinterviewdestinéesurtoutauxpublicsalgérienetmaghrébin.Nonpasparcequelechampiondumonden’aimepasparleràlapresse,maisdepuisqu’ilcouleuneretraiteheureusedanssonVia-reggionatal,ilnesupportepluslapolémique.Un jeudanslequelnosconfrèresitalienssontpassésmaîtres.Lippipréfèredonclesilenceauxques-tionspièges.
Attention, il est capable d’arrêternet une interview si une questionl’irrite !
Nosconfrèresitaliensquinousontmenés jusqu’àLippinousontmisengarde:
«Faites at-tention aux questions que vous lui posez car il est capable d’arrêter net une interview, juste parcequ’une question l’a irrité».
Unamijournalisteita-liennousaracontéuneanecdoteàcesujet:
«En pleine affaire de dopage des joueurs de la Juve,dont il était l’entraîneur, j’ai réussi à décrocher uneinterview avec lui. Tout allait bien jusqu’à ce que jelui lance :
‘‘MonsieurLippi,qu’avez-vousàdiredesjoueursdelaJuvequisedoperaientdepuisplusieurssaisonsdéjà?’’
Vous savez ce qu’il a fait ? Il s’est levé, il a mis sa main sur ma tête comme si j’étais un petit enfant, il m’a souri et il est parti».
Onétaitdoncavertis.
Sa seule condition, réaliserl’interview à 150 mètres de chezlui
Pourtant,aucoursdestractationsquiontpré-cédél’interviewdesmoisdurant,Lippinenousa jamaisdemandésurquoiallaittournerl’inter- viewniréclamélalistedesquestionscommelefontbeaucoupdepersonnalitésdufootball.SaseuleconditionétaitquelarencontreaitlieuauGrandHotelPrincipediPiemonte,unpieddansl’eaufaceàlaMéditerranée.Unquatreétoilesdis-tantdequelque150mètresdechezMarcelloLippi.
«A mon âge, je n’ai pas très envie de trop medéplacer, et puis cela vous permettra de parler un peu de Viareggio, vous allez voir que c’est un coinmagnifique, si vous êtes de vrais Méditerranéens,vous allez apprécier»,
nousa-t-ilexpliquépour justifiersonchoixdefairel’interviewpasloindechezlui.
Bojan se décommande à ladernière minute, mauvais présage!
Aprèsavoirarrêtélesdatesdenostroismis-sionsenItalie,nousavonsprogramménotre voyagecommesuit:mardi,interviewàRomeavecBojanKrkic,lejoueurdelaRomapasséparlaMasiadeBarcelone,mercredi,legrandren-dez-vousavecMarcelloLippiàViareggioenTos-caneet,jeudi,reportageetinterviewàMilanelloavecnotreMesbahnational.Ondevaitrencon-trerBojanKrkicpasloindumagnifiquestadeOlimpicodeRome,maisàladernièreminute,notrecontactnousdiraquelejoueurn’avaitplusenviedeparlerenraisondesasituationcompli-quéeàl’ASRome.Onabeauessayerdeluiexpli-querqu’iln’yauramêmepasdequestionssurlaRoma,rienn’yfit.Çaseprésentaitmaletoncommençaitàimaginerunscénariocatastropheavantquenotretéléphonenecommenceàvibrer.Al’autreboutdufilElsignoreMarcelloLippi.
« Dès que vous quittez Rome,appelez-moi et on arrêtera l’heuredu rendez-vous »
Unevoixgrave,celled’un«veroitaliano»noussaluachaleureusementpournousdemanderd’abordoùnousétions.
«Pour être àtemps au rendez-vous,appelez-moi demaindès que vous quittez Rome, on se verra endébut d’après-midi àl’hotel Principe di Pie-monte»,
nousa-t-ilsug-géré.Dèsqu’ilaraccroché,onaressentiunmélangedesoulage-mentetdefierté.Lafiertédepouvoirinter- viewerpourvous,lec-teursdu
Buteur,
l’undesmeilleursentraîneursaumonde.OnapasséunebonnepartiedelanuitàrédigerlesquestionsàposeràM.Lippietàenlevertoutescellesquirisquaientd’irriternotreillustrehôte.Aprèstousleseffortsconsen-tispouryarriver,ilnefallaitsurtoutpascourirlerisquedevoirl’interviewinterrompue.Unetren-tainedequestionsontétépresquetriéessurle voletafindenepasfroisserM.Lippi.
«Vous allez interviewer Lippi ? Levrai Lippi ? Quelle chance !»
LejourJ,ilfallaitimprimerlesquestionsàlaréceptiondel’hôteloùnousavionspassénotrepremièrenuititalienne.«QuestionspourLippi»,c’étaitlenomdufichierquelaréceptionnistedevaitimprimerpournous.Alavuedufichier,celle-cin’apasrésistéàlatentationdenouslan-ceravecdesyeuxgrandsouverts:
«C’est pour Lippi ? Le vrai ?».
Oui,luiavons-nousréponduaveclesourire.
«Quelle chance !»,
s’estexclaméecetteRomainesupportricedelaSquadraAzzura.Enespérantquecettechancenouspoursuive jusqu’àViareggio,nousavonsprisl’AlfaRomeolouéelaveilleàl’aéroportdeRome,pourparcou-rirles286kilomètresquinousséparaientdenotrelieuderendez-vous.Ilfallaitencoresup-portertroisheuresdestressavantlagranderen-contre.
Viareggio : il n’y a pas meilleurendroit pour couler une retraiteheureuse
Aprèsunerichissimecarrièred’entraîneurquil’amenédanslenorddel’Italieprincipalement,MarcelloLippiachoisisonViareggionatalpourcoulerunedouceretraite.Dèsnotrearrivéedanscettepaisiblevillenichéedansl’imposantPié-montenfacedel’eauscintillanteduMarenos-trum,nousavonscomprislechoixdeLippi.Peudegensdanslarue,labicyclettecommeprinci-palmoyendetransport,des
Buongiorno
quifu-sentdepartoutetuneimpressionbizarred’avoirdéjàvuçadanslessériesdeM6l’après-midi.L’endroitidéal,quoi!Poursereposeraprèsdesannéessouslesfeuxdelarampe.LeGPSnousmènerajusqu’auGrandHotelPrincipediPie-monte,lieudenotrerendez-vous.Enfacedel’hôtel,dansunjardinpublicpresquevideencedébutd’après-midi,MarcelloLippiétaitinstallésurunbanc,unemaintenantletéléphoneporta-bleetl’autregesticulantàlamanièred’unvraiMéditerranéen.Ilétaitarrivéavantl’heuredurendez-vous.
La salle des conférences et lesboissons gracieusement offertespour Lippi
AViareggio,MarcelloLippiestconsidérécommeunevraielégendegrâceàlaquellelepa-telinestconnumondialement.C’estpourquoilorsquenoussommesallésnaïvementpayerlasalledesconférencesréservéepourlesbesoinsdel’interview,lemaîtred’hôtelapriscelapresquecommeunein- jure.
«C’est déjàun honneur que Monsieur Lippi ait choisinotre établissement pour vous accueillir,comment voulez-vous qu’on vous fasse payer la salle et les boissons ? Mercid’être passé chez nous et à la prochaine»,
nousa-t-onditàlaréception.Enplusdelasalledesconférencesetdesbois-sons,nousavonseudroitàtousleségardsdelapartdupersonneldel’hô-teljusteparcequenousétionsavecLippi.UnLippiquiestaccostétouslesdixmètrespour,tantôt,échangerdespointsdevuesurlefootball,signerunautographeoujusteserrerlamaind’un vieuxToscanfanduchampiondumonde.Lippisemblaithabitué,maisaussifierdecerituelquen’ontpaspueffacerlesannéesnilapiètreprestationdelaSquadraAzzurasoussacoupeenAfriqueduSud.
«Comment se portel’Algérie du football ?» aété sa première question
Contrairementàtouteslesgrandesstarsquenousavonsréussiàintervie-wercesdernierstemps,MarcelloLippinenousapaslimitésdansletemps.
«Posez toutes les questions que vousvoulez, je suis un vieux retraité, j’ai tout mon temps»,
nousa-t-illancéenrefu-santnéanmoinsdenouslaisserprendredesphotosdeluiauborddelaMédi-terranéetouteproche.Avantdenousdonnerlefeuvertpourcommencerl’interview,Lippinousalancé:
«Com-ment se porte l’Algérie ?»
Lorsqu’onacommencéàdissertersurlasituationsécuritairequis’estsensiblementamé-lioréeetladémocratienaissantecheznous,Lippicomplètementdésintéressé,nousaprécisé:
«Jevoulais parler de l’Algérie du football».
«Halilhodzic, je le connais trèsbien, c’est un très bon entraîneur»
Onaessayédeluirésumerlasituationenluiparlantnotammentdel’éliminationdesVertsdelaCAN-2012suiviedelanominationdeVahidHalilhodzicàlatêtedelasélection.Là,Lippisemblaitplusattentif.
«Après une qualificationhistorique en Coupe du monde, il fallait s’attendreà une baisse de régime, le choix d’Halilhodzic est bon, c’est un entraîneur que je connais très bien, il pourra faire de belles choses avec l’Algérie si vousl’aidez dans sa tâche. Vous savez, la réussite d’unesélection n’est pas l’apanage du seul entraîneur,tout le monde doit tirer dans la même direction, ycompris vous la presse, si vous voulez que l’Algériesoit une habituée des grandes manifestations foot-ballistiques.»
«Halilhodzic a passé 15 jours avecmoi à la Juventus»
LippiadéfenduHalilhodzicenconnaissancedecause.BeaucoupnelesaventpasparcequeHalilhodzicn’enaja-maisparlédumoinsdepuisqu’ilestlesélec-tionneurdel’équiped’Algérie,maisaudébutdesacarrièred’entraîneur,leBos-nienestallés’abreuverdusavoirdeLippilorsquecedernierétaitl’entraîneurdelaJuve.C’estLippienpersonnequinousl’aappris.
«Il est venu assister aux entraînements de la Juventus pour voir com-ment ça travaillait en Italie, il était très attentif pendant les quinze jours qu’il a passés avec nous»,
nousaracontéLippi.«Ilsembleavoirapprisbeaucoupavecvous,M.Lippi»,avons-nouslancé.Presquegêné,Lippiprécisera:
«Ce fut uneexpérience enrichissante pour lui sans doute, maison ne peut pas tout apprendre en quinze jours».
«Depuis que j’ai acheté unemaison à Ibiza, je me débrouilleen espagnol»
Lorsquenousavonsarrêtéladateetlelieudel’interviewavecLippi,notrecontactitaliennenousavaitjamaisditquelechampiondumondeitalienparlaitunelangueautrequel’italien.Nousavonsdoncprislesoindenousfaireaccompa-gnerparuninterprèteespagnol-italien.Or,de-puisqu’ilnousarejointsàlasalledesconférencesdel’hôtelPrincipediPiemonte,Lippis’exprimaitdansunespagnolmélangéàdel’italien,maisunespagnoltoutcequ’ilyadecor-rect.L’enviedeluidemandercommentilsedé-brouillaitautantdanslalanguedeCervantèsétaittropforte.Voicil’explication:
«Il y a deux ans, j’aiacheté une maison à Ibiza. Depuis, je n’arrête pasde progresser en espagnol en raison de mes dépla-cements permanents dans l’île».
Les questions en espagnol, lesréponses en italien
SurconseildeLippi,l’interprèteaétélibéré.
«Vous me posez les questions en espagnol et je ré- pondrai en italien car c’est la langue où je m’ex- prime le mieux, je ne veux pas dire des choses quidépasseront mes pensées et si l’un de nous a un problème, monsieur l’inter- prète est là pour cor-riger»,
nousasuggéréLippiavantquel’interviewcommence.Unein-terviewquiafailliêtrestoppéeàdeuxreprisesàcausededeuxquestionsquiontirritéleduràcuiretoscan.
M.S.
ord ina ire
Lippi,unhommeextraet…