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Le temps et le mode de l'événement circulant

Le temps et le mode de l'événement circulant

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LE TEMPS ET LE MODEDE L’ÉVÉNEMENT CIRCULANT
I - Prolégomènes
Prétendre qu’un événement n’existe qu’en fonction de sa médiatisation c’est ignorer lecroisement des dynamiques sociales les plus élémentaires. Supposons un village qui n’a jamais attiré l’attention des médias, qui n’a jamais mérité les manchettes d’unquelconque journal, qui n’a jamais été aperçu ou qui ne s’est jamais aperçu dans unécran de télévision. Qu’est-ce que cela signifie? Qu’aucun événement ne s’est jamaisproduit dans le village en question? Demandez-le aux habitants du village. Ceux-ci nemanqueront, sans doute pas, de dénoncer l’absurde…Il faut, donc, définir le concept d’ «événement» avant d’aborder le processus demédiatisation: condition indispensable à son éventuelle internationalisation.
1. De l’occurrence à l’événement
Toutes les occurrences ne sont pas des événements.Sociologiquement, une occurrence prend le statut d’événement selon le potentield’actualité, de saillance et de prégnance qu’elle pourra manifester
1
.L’occurrence a plus de probabilités d’être considérée comme un événementlorsqu’elle se produit dans notre espace et dans notre temps. D’où son potentield’actualité.L’occurrence a plus de probabilités d’être considérée comme un événementlorsqu’elle provoque une rupture dans notre cadre de vie. Une rupture dans nos cadresd’expérience (Goffman, 1991). D’où son potentiel de saillance.L’occurrence a plus de probabilités d’être considérée comme un événementlorsqu’elle nos incite à reconstruire ce cadre de vie momentanément perturbé parl’occurrence inattendue. D’où son potentiel de prégnance.
1
Les concepts de saillance et de prégnance ont été introduits par René Thom dans sa théoriesémioticienne de la régulation biologique et repris par Patrick Charaudeau dans son ouvrage
 Le discoursd’information médiatique
 
 
 2
2. Discontinuité et recherche de sens
«Une grande partie des événements importants sont inattendus» estime Louis Quérédans un article qui a ouvert un dossier sur ce thème, publié dans le Numéro 6 de laRevue portugaise
Trajectos
. «Lorsqu’ils se produisent», poursuit Louis Quéré, «ils nesont pas connectés à ceux qui les précèdent, ni aux éléments du contexte: ils sontdiscontinus par rapport à eux, excèdent les possibilités préalablement données; ilsrompent la sérialité de la conduite ou celle du cours des choses». Mais, souligne lemême auteur: «Cette discontinuité est source de surprise, et elle affecte la continuité del’expérience parce qu’elle a prise sur cette dernière. C’est pourquoi nous faisons toutpour réduire les discontinuités, et pour socialiser les surprises que provoquent lesévénements: nous reconstruisons par la pensée les conditions qui ont permis àl’événement de se produire et d’avoir les particularités qu’il présente, nous restauronsde la continuité là où une rupture s’est manifestée.» (2005:61)Résumons: l’événement provoque une rupture inattendue dans l’ordre deschoses. Selon Claude Romano, l’événement ouvre «une faille dans ma propre aventure»(1998: 45). Il provoque une coupure dans la trame de nos habitudes, de nos routinesquotidiennes, de nos projets, de nos souvenirs, écrit Paul Ricoeur dans un article deréférence, intitulé «Événement et sens», qu’il a publié dans la revue
 Raisons Pratiques
 (1991: 41-55).Coupure, donc désordre.Coupure et désordre qui poussent le sujet à une recherche de sens qui n’est, enfin de comptes, qu’une recherche de contrôle. Contrôle de la nouvelle situation àlaquelle le sujet se voit confronté.En instaurant un nouvel ordre où l’événement sera compris, le sens ainsiretrouvé réduit «l’irrationalité principielle de la nouveauté», ajoute Paul Ricoeur(1991:43).Comment se matérialise-t-elle, alors, cette recherche de sens? A travers laconstruction de récits sur l’événement.C’est pourquoi Paul Ricoeur fait la distinction entre trois phases quiinterviendraient dans la genèse et le développement de l’événement. La première phasecorrespondrait à l’émergence de l’occurrence proprement dite. La deuxième, à la
 
 3recherche de sens. La troisième, à la dilution de l’événement dans le récit construit à sonpropos
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.Récits médiatisés, les uns. Récits non médiatisés, les autres. Les uns et les autrespermettant le passage du possible imprévisible au possible prévisible, expliqueArquembourg- Moreau dans son livre
 Le temps des événements médiatiques
.Passage du possible imprévisible au possible prévisible. C’est-à-dire,apprivoisement de l’imprévisible. Dépassement de l’incertitude. Restauration d’unmonde.Fixons-nous sur les récits médiatisés ou médiatisables: les seuls susceptibles detransporter l’événement au-delà de la communauté d’où il a émergé. Et, parmi cesderniers, fixons-nous sur les récits médiatisés ou médiatisables, par les moyensd’information de masses, des événements qui, par l’extension de leurs effets, par lafaçon dont ils nous affectent, peuvent être considérés comme étant des mega-événements
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.Dans le numéro 104 de la revue
 Dossiers de l’Audiovisuel
, sortie en juillet 2002et consacrée à la couverture médiatique du 11 septembre, ce processus de
 prévisibilisation
est profondément analysé.À juste titre, Jocelyne Arquembourg-Moreau revient sur l’expression qu’onentend en fond des images qui nous donnent le premier choc du premier avion avec lapremière tour: «Oh my God !». Des images occasionnelles, obtenues par un cinéasteamateur. Pour l’instant, il n’y a pas encore de récit médiatique. Il n’y a pasd’explication. L’expression «Oh my God !» est dépourvue de toute valeur d’ancrage. Nefixe aucun sens à ce que les images nous montrent. Seulement «Oh my God !».Rapidement, pourtant, une multitude d’opérateurs de caméra arrive sur les lieux.À temps d’enregistrer le deuxième choc, d’un deuxième avion avec une deuxième tour.Coïncidence en trop. D’emblée, l’hypothèse d’un accident est écartée.Il arrive, alors, ce que Santos Zunzunegi appelle la «suspension de l’incroyable»(2002: 16-21).
2
José Manuel Santos (2005) parle d’un
effet de perle
: «face à la perturbation provoquée par un intrus (unparasite ou une simple poussière) le bivalve ne réagit pas par un geste physique d’écartement ou de fuite,mais par la production de nacre qui enveloppe cet intrus, lui ôtant l’agressivité et faisant cesserl’irritation»
3
Niklas Luhmann admet, aussi, l’existence de micro et de macro événements. Les premiers font partie denotre quotidien, reflètent le degré de contingence à l’intérieur des systèmes et sont, en conséquence,automatiquement digérés par\ eux. Les seconds, sans atteindre la dimension et les effets des mega-événements, se manifestent à l’intérieur des systèmes en les obligeant à réagir.

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